La représentation du personnage féminin dans la littérature sénégalaise

UNIVERSITE CHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR

FACULTE DES LETRRES ET SCIENCES HUMAINES

DEPARTEMENT DE LETTRES MODERNES

 

  SUJET :LA REPRESENTATION DU PERSONNAGE FEMININ DANS LA LITTERATURE SENEGALAISE, LES EXEMPLES DE : UN BOUQUET D'EPINES POUR ELLE DE CHEIK ALIOU NDAO, LES TAMBOURS DE LA MEMOIRE DE BOUBACAR BORIS DIOP ET L'AVENTURE AMBIGUË DE CHEIKH HAMIDOU KANE.

 

MEMOIRE DE MAÎTRISE présenté par THIERNO LY

Sous la direction de Falilou NDIAYE, Maître Assistant, Docteur d'Etat

ANNEE UNIVERSITAIRE 2001/2002

 

ABREVIATIONS

L’A.A = L’Aventure ambiguë.. Paris : Union Générale d’Editions, 1979

Un B.E.E = Un Bouquet d’épines pour elle. Dakar : Présence Africaine, 1988

Les T.M = Les Tambours de la mémoire. L’harmattan, décembre 1990

 

SOMMAIRE

INTRODUCTION……………………..………………………………………………………………..6

Chapitre I : Etude typologique du personnage féminin…………………………..…………..…....13

I. Etude de quelques personnages féminins……………………………………………………14

1. Les personnages principaux…………………………………………………..……………14

a. Johanna Simentho………………………..……………..…………………….…..……14

b. Faatu……………………………………………………………..………………...…..17

c. La Grande royale…………………..………………………………………….………..21

2. Quelques personnages féminins secondaires……………………..………………………..22

a. Anta…………………….………………………………………………………………23

b. Ndella…………………………..……………………………………………...……….25

II. Etude comparative de quelques personnages féminins……………………………………26

a. Johanna Simentho et Faatu………………………………………………………….…27

b. Faatu et Ndella……………………………………………………..……………..…..30

Chapitre II : Etude sociologique du personnage féminin……………………………….……....32

I. L’espace d’évolution de la femme……………………………………………………………33

1. L’espace physique………………………………………………………..…………………..33

a. L’espace conjugal : la famille……………………….……………………………..….33

b. l’espace extra-conjugal………………………………………….……………………..46

II. Le temps d’évolution du personnage féminin…………………………….……………….61

a. Le temps dans la représentation du personnage féminin………………...……………63

b. Les anachronismes dans la représentation du personnage féminin………...……..….67

c. Les rapports temporels dans la représentation du personnage féminin…..…...……...71

Chapitre III : Etude des situations du personnage féminin……………...………………………….75

I. Conditions du personnage féminin……………………………………...……………………76

II. Mouvement ou itinéraire du personnage féminin…………………………………………...79

III. L’expression du féminisme……………………..……………………………………………..82

Chapitre IV : Etude psychologique du personnage féminin………………….………………..84

I. Un personnage autoritaire……………………………………………………………………85

a Johanna Simentho….…………......……..……….……...……………………….…85

b. La grande royale…………………………………………………………………….88

II. Un personnage mitigé : faible et autoritaire………………………………………………..89

CONCLUSION ……………..…………………………………………………………………………92

BIBLIOGRAPHIE…………………………………………..…………………………………………95

 INTRODUCTION

La littérature sénégalaise, dans son évolution, a connu plusieurs étapes. Tout en traitant de plusieurs thèmes différents les uns des autres, selon la marche du temps, de l’histoire, de l’évolution des idées, des mentalités et des expériences, elle s’est surtout distinguée par son engagement, son refus de l’oppression, bref par sa ferme réaction contre toutes formes de spoliation, d’asservissement et d’exploitation.

Si nous structurons cette évolution, nous distinguerons trois étapes essentielles :

• une première génération de littéraires acquis aux thèses colonialistes dont ils sont imbus, génération que les spécialistes de la critique littéraire ont qualifiée de dithyrambique parce qu’elle s’est faite la caisse de résonance de la colonisation : c’est une littérature de consentement. C’est la génération de Bakary DIALLO avec son roman controversé Force bonté, qui s’est révélé un excellent panégyriste du colonisateur,

• une deuxième génération mue par une volonté ferme et un refus sacerdotal, qui dresse la pointe de sa plume contre l’injustice, l’entreprise de vassalisation des impérialistes venus d’ailleurs; C’est la génération des écrivains sénégalais révoltés de la négritude comme Léopold Sédar Senghor à côté de ses pairs africains. Makhily Gassama dans KUMA dit d’eux :

« Quel que fût leur tempérament, nos poètes de la première génération (ceux que nous avons classés en deuxième génération dans l’évolution de la littérature sénégalaise) étaient des poètes révoltés. On sent cette révolte sourdre ou éclater d’un bout à l’autre de leur œuvre ; les thèmes les plus anodins recevaient des développements dramatiques à la grande surprise du lecteur. Ils avaient compris très tôt, (…), qu’au sein d’un monde hostile, aveuglé par la routine et les préjugés, rien de durable et de proprement humain ne peut s’obtenir sans la révolte. » , et

• une troisième génération va abonder dans le même sens que la deuxième mais, en s’insurgeant cette fois-ci contre l’ordre nouveau instauré par les colons dans leur nouvelle forme de domination : le néocolonialisme.

Au regard de ce bref rappel rétrospectif de l’évolution de la littérature sénégalaise, il est établi que – hormis la première génération qui du reste est moins prolixe et intéressante que les autres – ce qui est apparu récurrent c’est le caractère incisif et réactionnel qui se décèle à travers toute la littérature sénégalaise. Pour l’exemple, nous pouvons citer quelques auteurs comme Sembène Ousmane, Boubacar Boris Diop, Cheik Aliou Ndao, etc.

Or, il semble que le type de personnage qui se prête le mieux à l’entreprise de revendication et de dénonciation dans laquelle ils s’investissent pour la plupart d’entre eux, requerrait des prédispositions indispensables à l’engagement physique, à la détermination sans limites et à une capacité de résistance inestimable, par exemple. Et le personnage le plus apte et qui s’y approprie le mieux du fait de sa promptitude, de son aptitude et de sa puissance naturelle, c’est vraisemblablement l’homme. C’est pourquoi, pour une large part, le personnage masculin est le plus prisé, le mieux représenté dans la littérature sénégalaise pour l’interprétation des rôles prépondérants, du moins cela jusqu’à une période récente. De ce point de vue, devenue plus sociale en traitant de problèmes liés à la famille, aux valeurs traditionnelles, à la déchéance, à la prostitution etc., et de tout ce qui a trait à la société, la littérature sénégalaise va s’intéresser de plus en plus à la femme et à son évolution dans la société. La conception littéraire va intégrer davantage, dans le traitement de ces sujets, la question de la représentation du personnage féminin. Ce qui favorise une représentation beaucoup plus significative de la femme dans la littérature africaine en général et sénégalaise en particulier ; voici ce qu’en dit Mwamba Cabakulu :

« (…) Grâce à la démocratisation de la culture et des voies d’accès à l’instruction, s’est accéléré le mouvement de la valorisation de la femme et de son intégration au développement du pays : (…) .

Dès lors, des écrivains comme Cheik Aliou Ndao dans Un bouquet d’épines pour elle vont véritablement accorder une place significative à la femme dans la littérature sénégalaise, en la représentant davantage et en lui accordant des rôles de choix, sinon prééminents. De même Cheikh Hamidou Kâne dans L’Aventure ambiguë et Boubacar Boris Diop dans Les Tambours de la mémoire, vont surtout promouvoir la femme autoritaire et puissante, d’où les personnages, respectivement dans les deux romans, de la Grande Royale et de Johanna Simentho. C’est que Faatu dans Un bouquet d’épines pour elle, Johanna Simentho dans Les Tambours de la mémoire et la Grande Royale dans L’Aventure ambiguë, vont s’affirmer par les rôles prééminents et décisifs qu’elles tiennent. Le caractère sinueux et tortueux de leurs itinéraires respectifs va nous orienter dans notre analyse de la représentation du personnage féminin dans la littérature sénégalaise où, au regard des conditions d’évolution du personnage féminin, il semblerait que la femme est représentée de manière péjorative et négative, arpentant généralement les sentiers battus de la souffrance et de la misère qui relèvent d’un sort quasi programmé. Cependant il faut noter que la femme si prépondérante dans le milieu social et le cercle familial, source féconde de vie, est reléguée à l’arrière plan par certains écrivains sénégalais ; de l’avis d’Irène d’Almeida :

« La femme est rarement un personnage central aussi bien dans la trame que dans la thématique où elle occupe une place tout à fait secondaire, se situe à l’arrière plan et ne se trouve définie que par rapport aux hommes. »

Ce qui pose le problème de la représentation de la femme dans la littérature sénégalaise. Traiter un tel sujet relèverait d’un travail colossal et délicat. Mais il ne s’agit pas pour nous de traiter de la représentation de la femme dans toute la littérature sénégalaise. Seulement faudrait-il circonscrire, catégoriser les limites de notre analyse afin de mieux la cerner.

Que faut-il retenir de la représentation de la femme dans la littérature sénégalaise ? A quels types de représentation de la femme devons nous faire allusion ? Quels aspects de la représentation de la femme importe-t-il de retenir ? Quoi qu’il en soit, notre analyse devrait rester purement littéraire dans le cadre où s’inscrivent nos œuvres choisies, à titre d’exemples, dans l’interprétation et l’étude de la représentation des personnages féminins et surtout l’analyse des traits fondamentaux sous lesquels ils s’expriment, assument leur identité et se font valoir à juste titre par le poids qui est le leur dans la création littéraire sénégalaise et que leur concèdent leur parfait ancrage et leur niveau de représentation dans le milieu. Mais au-delà, la quintessence c’est qu’au travers d’eux s’expriment et se meuvent la personnalité, l’identité et les facettes différentes d’un seul et même personnage : la femme dans sa multitude et ses attitudes particulièrement inconstantes.

Seulement l’étude de la représentation de la femme, pour lever tout équivoque, ne signifie pas l’analyse de la littérature féminine sénégalaise si tant est qu’elle est littérature faite par les femmes ; Mais surtout il s’agit de traiter de la femme représentée dans la littérature sénégalaise, y compris dans la littérature féminine qui en est une composante.

Plutôt que de prétendre alors à une étude exhaustive de la représentation de la femme dans toutes ses dimensions et dans toute la littérature sénégalaise, qui s’appuierait sur une exégèse du personnage féminin de manière générale, il s’agira ni plus ni moins que de relever les traits essentiels que suscite la représentation de celui-ci dans les œuvres du corpus et, in extenso, dans la littérature sénégalaise entière.

De même que la représentation de toutes choses se dessine à travers les traits, les aspects explicites ou implicites sous lesquels elles s’expriment, de même celle de la femme ne saurait s’y soustraire. Elle suscite alors plusieurs paramètres liés aux aspects typologiques, sociologiques et psychologiques de la femme et des situations de celle-ci liées à ses conditions d’existence, etc.

Une étude typologique renverrait, de prime abord, à l’analyse de quelques personnages féminins les plus représentatifs des œuvres ici choisies. Elle consisterait aussi à faire une étude comparative entre certains personnages en dégageant notamment leurs ressemblances et leurs dissemblances dans la mesure où elles peuvent témoigner de la représentativité de la femme en tant que personnage réellement existant réduit à l’échelle de la fiction ou tout simplement personnage de fiction qui porte l’image d’une personne qui n’existe pas dans la réalité. Il s’agit de la femme réellement existante représentée par un personnage de fiction comme Johanna Simentho qui représente Aliine Sitoe JAATA dans LesTambours de la mémoire et/ou de la représentation d’une femme imaginée d’une certaine façon dans la fiction et qui recoupe tous les traits de telle ou telle personne qu’elle ne représente pas vraiment. Il y aurait aussi cet autre type de personnage féminin qui serait la symbiose de plusieurs expériences, de plusieurs natures qu’on a voulu fondre ensemble (l’exemple de Faatu dans Un bouquet d’épines pour elle ).

Ensuite pourrait-on parler de la sociologie de la femme : quelles sont les relations de la femme et de la tradition, du modernisme ? Quelles sont les relations de la femme avec son environnement, son espace d’évolution, c’est-à-dire le village, la ville, la famille, la maison, etc. Sous cette rubrique il serait surtout question de réfléchir sur son comportement social sous les influences de ces éléments-là.

Qui parle d’espace pense parallèlement et surtout au temps d’évolution du personnage féminin circonscrit dans la durée des évènements vécus et des expériences accomplies. La difficulté de l’étude du temps réside dans son caractère évanescent. C’est pourquoi nous tenterons de l’analyser dans la mesure où elle a un impact sur le comportement de la femme et de manière subsidiaire par rapport à l’environnement. Car, l’expression du temps et son utilisation par le personnage féminin n’est pas la même en ville qu’au village, par exemple. Bien sûr ne s’agit-il pas du temps dans sa structure syntaxique comme l’analyse des temps de la conjugaison dans la structure narrative ou romanesque et leurs impacts sur le personnage féminin, mais du temps dans sa globalité entre le passé, le présent et le futur. C’est pourquoi nous parlerons plutôt d’espace-temps.

Au-delà de la sociologie de la femme, il est tout aussi important de parler de la psychologie du personnage féminin. Cela ne nous commande pas de faire une étude scientifique ou spécialisée du comportement de la femme, auquel il faut trouver un remède. De la psychologie de la femme nous essayons simplement, tout en restant dans le domaine strictement littéraire, de comprendre la mentalité, le comportement et la personnalité du personnage féminin face aux différentes situations auxquelles il est confronté. Notons les exemples de la femme autoritaire, la femme partagée entre autorité et faiblesse, etc., tout cela en rapport avec la place que lui concèdent les rôles qu’elle incarne. Il est question de dégager l’attitude mentale de la femme par rapport aux paramètres cités ci-dessus. Comment la femme exprime-t-elle son autorité ? Comment vit-elle sa féminité ? Cette féminité est-elle un handicap psychologique pour elle ? Entres autres voilà des questions que peut soulever l’étude de la psychologie de la femme.

Nous ne pouvons pas faire l’étude de la psychologie du personnage féminin sans penser aux conditions d’existence de celui-ci. Conditions qui renvoient à sa situation liée aux différents modes de vie que lui impose son milieu d ‘évolution. Nous pensons aux difficultés et au bonheur de la femme et aux différentes étapes qui vont ponctuer son évolution. Nous essayerons de faire, à ce propos, une synthèse schématique de ce mouvement en prenant comme références les personnages de Faatu et de Johanna Simentho.

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