Partager l'article ! LA POESIE: Première Partie: I. Essai d ...
| Mai 2012 | ||||||||||
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I. Essai de définition
La tâche qui consiste à définir la poésie est une entreprise à la fois difficile et redoutable. En vérité, le terme « poésie » est un vaste champ polysémique dont l’étude requiert la maîtrise de certains rapports qui sous-tendent toute création et, plus particulièrement la création poétique ; Il s’agit des rapports étymologiques, langagiers, esthétiques, musicaux, voire métaphysiques.
A l’origine, le mot « poésie » émane d’un registre technique du langage grec; en effet, le verbe « Poiein », qui lui donne son premier sens, signifiait « fabriquer » ou « produire ». Pour autant, la poésie ne se résume pas à une création technique, mais elle est d’abord un art du langage qui permet au poète, par sa créativité, de représenter intuitivement les beautés réelles qui l’environnent.
Dans la mythologie grecque, la poésie relève du mythe des muses qui transmettent, par l’intermédiaire de CALLIOPE (muse de la poésie épique), à Orphée le pouvoir magique de soumettre par sa Lyre et sa musique mystique de sa cithare toutes les créatures de la nature. La poésie devient alors une musique sublime et magique qui rétablit l’harmonie entre les choses et les êtres, le visible et l’invisible. A ce sujet, Daniel Vaillant dans La poésie : Initiation aux méthodes d’analyse des textes poétiques, affirme : « Orphée donne au poète trois de ses attributs traditionnels : la puissance magique, l’aptitude à ressentir et à exprimer les sentiments les plus intimes (notamment l’amour), et la solitude maudite ».
Dans sa Poétique, Aristote (4ème siècle avt JC) pense que la poésie repose sur l’art de la mimèsis. Cependant, à l’imitation Aristote convient qu’il faut ajouter le rythme qui relève de la nature humaine ; Il affirme : « l’instinct d’imitation étant naturel en nous ainsi la mélodie et le rythme (car il est évident que les mètres ne sont que des parties des rythmes) dans le principe ceux qui étaient le mieux doués à cet égard firent petit à petit des progrès et la poésie naquit de leur improvisation ». ce qui fit du langage le lien entre les choses et les êtres, celui qui rompt l’incommunicabilité de l’univers. Par le jeu du langage , du signifiant et des signifiés, la poésie dévoile et révèle les mystères du monde.
La poésie nécessite l’usage d’un langage peu banal, voire supérieur; car de l’idée du philosophe Alain, le langage unit «le corps à l’idée» dont la sublime rencontre est pour le poète une merveilleuse source d’inspiration. C’est que le langage confère à la poésie sa beauté, par les sonorités des signifiants et, aussi, par la polysémie des signifiés. Reprenant une idée de Ronsard, Daniel Vaillant explique : «la beauté du langage choisi représente au poème ce qu’une bague précieuse est à la main d’un seigneur». C’est donc le langage, par sa richesse, qui éclaire les points obscurs de la création poétique; dans son Art poétique (1674), Boileau résume la fonction médiatrice du langage en deux vers: «Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement / Et les mots pour le dire arrive aisément». le poète est donc l’artiste qui rend audible l’usage du langage qui fait renaître et sortir le langage de sa banalité quotidienne. Le mot ou le signe qui est le constituant fondamental du langage réfère à une réalité concrète dont le poète s’inspire pour transfigurer ou transformer le langage en réalités abstraites. C’est ainsi que Shelley dans Défense de la poésie, dit: «Parce que le langage est lui-même de la poésie, être poète, c’est saisir le vrai et le beau, en un mot le lien qui existe dans la relation établie d’abord entre l’existence et la perception, puis entre la perception et l’expression». Paul Valery , lui, ne pense pas le contraire quand il dit que le poète « boit aux sources du langage»
L’idée que la poésie est un chant relève d’un dogme primitif qui voudrait qu'elle fût cette extraordinaire musique qui éveilla le monde. En effet, comme le préconisait Victor Hugo : «la première parole n’est qu’un Hymne»; de même, Stéphane Mallarmé soutiendra : «(…) la poésie, proche l’idée , est Musique, par excellence» dans quant au livre, 1885. Il faut noter que la musique poétique repose sur le rythme qui dépend de «la parole» et de la transcription langagière des silences, des sonorités, des vibrations et, des souffles des êtres et des choses de la nature. En réalité, la musique donne à la poésie une dimension surnaturelle (cf: le surnaturalisme baudelairien) et supérieure; «Car, ce n’est pas de sonorités élémentaires par les cuivres, les cordes, les bois, indéniablement mais de l’intellectuelle parole (…) que doit résulter en tant que l’ensemble des rapports existant dans tout, la musique », ajoute Stéphane Mallarmé (Crise de vers, 1896). La musique est donc pour la poésie une expression métaphorique de sonorités d’harmonies et de mélodies qui donnent à la création poétique la possibilité de représenter les vibrations de la Nature, le souffle de nos cœurs, ainsi que le silence de l’univers; Elle permet ainsi au poète d’entendre l’inaudible. Néanmoins, on ne peut mieux comprendre, ni saisir la musique qu’à travers les sonorités que nous offre l’usage mélodique et harmonique des mots; d’où l’importance de l’étude de la versification.
Pour mieux comprendre la relation entre la poésie et la versification, il est important de connaître certaines notions de base qui relèvent de la versification et fondent la poétique d’un texte.
Ex1: On – cher – chait – un – guer – rier, - tu – ne – fus - qu’un – bou - cher
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
Ma – gloi - re est – de – chan – ter – le – char – me – de - l’ab – sen - te
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 0
Léopold Sédar Senghor
Ces vers composés de 12 syllabes sont dits alexandrin ou Dodécasyllabe
Remarque: Dans le décompte des syllabes, chaque voyelle prononcée distinctement est considérée comme syllabe, excepté le « e » muet, au contact d’une voyelle ou d’un « h » aspiré et en finale de vers, qui n’est pas décompté comme syllabe.
Ex2 : En – sai - son – sè - che, - tels – des – a – ca – ci - as
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
J’ai - mé - moi - re - de - Lan - za - le - trou - ba - dour
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
Ces vers composés de 11 syllabes sont dits Hendécasyllabes
Ex3 : Je – pen – se à – toi – Prin – ces – se – de – bel - borg
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Tu – fleu – ri – ras – au – jar – din – de – mon - cœur
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Léopold Sédar Senghor
Ces vers composés de 10
syllabes sont dits Décasyllabes
Ex4 : Sor – ci – er – qui – di – ra – la – vic – toi - re
1 2 3 4 5 6 7 8 9 0
Dia – lo – gue – à – u – ne – lieue - d’hon - neur
1 2 3 4 5 6 7 8 9
Ces vers composés de 9 syllabes sont dits Ennéasyllabes
Ex5 : Com - ment?- Pas – un – mot – de – re - gret
1 2 3 4 5 6 7 8
Je - n’ai – ha - ï – que - l’op – pres - sion
1 2 3 4 5 6 7 8
Ces vers composés de 8 syllabes sont dits Octosyllabes
REMARQUE : lorsque l’unité métrique (nombre de syllabes dans le vers) du vers est brisée par le prolongement du souffle poétique, notamment la césure finale au-delà de douze syllabes, on parle de versets.
Ex1 : De – gran – des – pau – mes – a – ve – nan – tes - m’ou – vrent – les – voies - du
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14
Son – ge in – sa – tia - ble
15 16 17 18 0
Saint-John Perse, « Amers », 1957
Ex2 : Je-vo-yais-dans-un-son-ge-tous-les-pays-aux-coins
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
De - l’ho - ri- zon – sou – mis – à - la- rè – gle à - l’é - quer – re et- au- com - pas
13
14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26 27 28
Léopold Sédar Senghor, Chaka
Pour bien maîtriser le décompte du vers il est important de tenir compte du cas du « e » muet ou atone, placé entre une voyelle et une consonne, et celui de diérèse ou synérèse.
ü le « e » muet ou atone
Lorsque le « e » muet ou atone est placé entre une voyelle et une consonne, il est élidé et ne compte pas comme une syllabe puisqu’il n’est pas prononcé.
Ex : il – es – sai – e - ra
1 2 3 0 4
ü la diérèse et la synérèse
Lorsque deux voyelles contiguës ou diphtongue sont prononcées distinctement et compte pour deux syllabes pour le respect de l’unité métrique de la strophe, on parle de diérèse; Lorsque, au contraire, elles sont prononcées en une seule émission de voix, on parle de Synérèse.
Ex : Et – pu – is - que – vous – vo - yez – mon – â - me – tout – en – ti – è – re (Synérèse)
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 0
Sei - gneur, - ne – per – dez - plus – me – na – ce – ni – pri – è – re (Diérèse)
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 0
C'est un ensemble de deux ou plusieurs vers séparés des autres par un espace blanc et partageant la même idée. Les principales strophes sont : le distique (deux vers), le tercet (trois vers), le quatrain ( quatre vers), le quintil ( cinq vers), le sizain (six vers), le septain (sept vers), l'Octain (huit vers), le Neuvain (neuf vers), le dizain (dix vers).
Elle peut être définie comme le retour de sonorités finales de deux ou plusieurs vers; On peut même dire qu’elle est le retour à la fin de deux ou plusieurs vers d’un même phonème ou plus.
Ex : bu et lu, placé à la fin de deux vers distincts ont en commun le phonème [y] qui peut en constituer une rime.
Remarque: Certains critiques littéraires pensent que le retour du même son consonantique ne peut pas constituer une rime.
Ex : Balle et Bulle, ayant en commun le son consonantique [l], ne peuvent pas rimer.
Une rime se distingue par son genre, sa qualité et sa disposition :
ü Le genre de la rime
Lorsqu’une rime se termine par un e muet, on dit qu’elle féminine, dans le cas contraire on parle de rime masculine.
ü La qualité de la rime
Ø Une rime est dite pauvre lorsqu’elle n’est composée que d’un seul son vocalique.
Ø Une rime est dite suffisante, lorsqu’elle est composée de deux sons
Ø une rime est dite riche lorsqu'elle contient trois sons et plus
Remarque: Certains parlent de rime plus que riche lorsque qu'elle contient plus de trois sons.
ü La disposition des rimes
Les rimes sont disposées de trois manières:
u Elles sont dites plates ou suivies lorsqu'elles sont disposées comme suit: AA/BB
u Elles sont dites embrassées lorsqu'elles sont disposées comme suit : ABBA/ABBA
u Elles sont dites croisées lorsqu'elles sont disposées comme suit : ABAB/ABAB
5. Poésie et rythme
Le rythme est généralement défini comme le retour à intervalle régulier de l'accent tonique; Or, chaque accent tonique du groupe grammatical correspond à une coupe syllabique à l'intérieur du vers; d'où la notion de rythme métrique.
a. Rythme et mètre
lorsque le vers compte plus de 8 syllabes; il peut être divisé par une coupe métrique qu'on appelle Césure.
Ex: L'alexandrin binaire
Ma – gloi - re est - de – chan – ter // la – beau – té – de – l'ab – sen - te
1 2 3 4 5 6 + 7 8 9 10 11 12 0
HEMISTICHE Césure HEMISTICHE
Commentaires: Dans cet alexandrin de Senghor, composé à la manière des classiques, l'accent tonique d'intensité porte sur la dernière syllabe du verbe chanter et celle du vers. Le vers est ainsi divisé en deux parties égales par la Césure ; chaque partie est appelée Hémistiche. On parle alors de rythme binaire.
Ex : La césure dans le décasyllabe
è Le rythme majeur
Le – vent – se – lè - ve!... / Il – faut – ten – ter – de – vi - vre (Paul Valery)
1 2 3 4 0 5 6 7 8 9 10 0
4 + 6
è Le rythme mineur
Et – l'a – mer – tu - me est – dou – ce, // et – l'es – prit - clair (Paul Valery)
1 2 3 4 5 6 0 7 8 9 10
6 + 4
è Le rythme médiane
J'ai – dit – à – mon - coeur , // à – mon – fai – ble - coeur (Alfred de Musset)
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
5 + 5
Nb : On peut aussi parler de rythme binaire
è L'enjambement
Lorsqu'un groupe grammatical déborde l'unité métrique d'un vers ou d'un hémistiche, on parle d'enjambement.
EX1: L’enjambement final
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime (Paul Verlaine)
EX2: L'enjambement interne
(...) Si que, pour arracher // à mon frère la vie, (...)
Césure
è Les types d'enjambement: le rejet et le contre rejet
Lorsque dans un enjambement la plus petite partie du groupe grammatical déborde le vers on parle de Rejet. Par contre, s'il s'agit de la grande partie de l'unité grammaticale on parle de Contre Rejet
EX1 : Le Rejet
Qu'à tire – d'aile elles fuient les chaleurs de nos querelles
Intestines
EX2: Le contre rejet
Douces colonnes, aux
Chapeaux garnis de jour (Paul Valery)
REMARQUE : Au 19ème siècle, certains poètes, notamment romantiques et symbolistes, vont bouleverser le rythme binaire de l'alexandrin en créant des rythmes particuliers ou en décalant la césure.
EX1: Le trimètre : quand l'alexandrin est divisé en trois coupes égales
Sa – brez – le - droit, - sa – brez – l'hon - neur, - sa -brez – la – loi
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
4 + 4 + 4
je – fais – sou - vent - ce – rê - ve é – tran - ge et – pé – né - trant (Victor Hugo)
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
4 + 4 + 4
EX2 : Le décalage de la césure : elle ne divis pas l'alexandrin en deux parties égales (les symbolistes).
Ja – mais – nous – ne – tra – vail – le – rons, - Ô – flots – de – feux (Rimbaud)
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
8 + 4
b. Rythme et mètre
Le rythme peut, au delà du mètre, être déterminé par l'accent d'intensité qui porte sur la dernière syllabe du noyau du groupe grammatical ou sur l'avant dernière syllabe si le noyau du groupe grammatical se termine par un « e » muet. Chaque accent tonique correspond à une pause légère qu'on appelle souffle ou coupe, ou forte qu'on appelle Césure.
EX1: Le rythme symétrique
Pleu – rez, -/ doux – al – cy – ons, -// Ô - vous, -/oi – seaux – sa - crés// (Chénier)
1 2 3 4 5 6 // 7 8 9 10 11 12
2 + 4 // 2 + 4
EX2 : Le tétramètre
Ah! - Tout – doux, - / lais - sez – moi, // - de – grâ – ce,/ - res – pi – rer /
1 2 3 / 4 5
6 / 7 8 9 / 10 11 12 /
Nb: Ce vers peut aussi être considéré comme un rythme binaire dans le cas où on le lit en marquant uniquement une pause à la sixième syllabe.
par Thierno Ly
Professeur de lettres modernes au Lyc ée Cheikh Omar Foutiyou Tall de Saint-Louis
Doctorant à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis
Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.
Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.
La Page No-9; VIRTUEL !
THÉORÈME PUISSANCES VIRTUELLES.
JÉSUS ET LA SAMARITAINE ?
Cordialement
Clovis Simard