LE THEÂTRE

Publié le par THIERNO LY

I.Essai de définition
Depuis Aristote qui le définit comme « un art qui se sert seulement du discours » jusqu'à Hegel qui le classe parmi « Les genres du langage verbal [qui se servent de] la parole, le langage », le théâtre a longtemps été considéré comme un discours textuel. Mais au 17ème siècle certains dramaturges commencent, en dehors de l'Europe, à soumettre le texte à la scène. Toujours est - il que le théâtre est un genre qui a toujours été placé entre le discours et la scène. Cet équilibre entre le texte et la scène est une illusion, une contradiction même du spectateur qui feint de comprendre une histoire qu'elle n'a pas lue et, qu'il aurait dû lire. A ce propos Bernard Dort pense : « Le théâtre fait de l'action une illusion et transforme, parfois, l'illusion en action. Son fonctionnement repose également sur le texte et sur la scène. Le texte est, par définition, durable, il s'offre à la relecture et à la répétition, il raconte; la scène, elle, est éphémère, elle reproduit mais ne répète jamais de façon identique, elle représente».
La définition la plus particulière, c'est Gordon Graig qui la donne au 20ème siècle ; Pour lui : le théâtre n'est « ni le jeu des acteurs, ni la pièce, ni la mise en scène, ni la danse [...], mais il est formé [...] du geste qui est l'âme du jeu ; des mots qui sont le corps de la pièce ; des lignes et des couleurs qui sont l'existence même du décor; du rythme qui est l'essence de la danse ». A partir de ce moment la théâtralité d'un texte ne s'apprécie plus que par la représentation scénique qui donne au discours tout son sens. Seulement le théâtre, au-delà de sa bivalence Texte/Scène, est avant tout un art de la « mimésis » du grec miméomai qui signifie imiter.
En réalité, l'étymologie du mot permet mieux de régler le problème de définition. En effet, le mot théâtre vient du grec Théaomai qui signifie « regarder avec attention, avoir des visions ». Ce qui confirme que la base du théâtre est la représentation scénique qui reflète le réel par la ponctualité des actions ; or le texte ou le discours en constitue l'aspect fictionnel ou imaginaire. Le théâtre est donc un genre qui implique un spectateur qui regarde (un regardant) et un acteur qui imite, agit, et qui est regardé. Le spectateur et l'acteur communiquent à travers les éléments suivants : un langage verbal et non verbal, une intrigue ou action dramatique qui constitue la structure interne de la dramaturgie, les actes, les scènes et les tableaux qui en constituent la structure externe.
II.Le théâtre : écriture et spécificité
Parce que le théâtre est une écriture indépendante, il se distingue par son langage particulier qui s'appuie sur une double énonciation : oral/écrit, et une double réception : lecteur/Spectateur.
1.Le langage théâtral
On peut l'étudier à travers le langage verbal, non verbal et paraverbal
a.Le langage verbal
La dramaturgie se fondant d'abord sur l'oral et l'écrit, le dramaturge ne peut s'abstenir d'un code verbal pour écrire ou représenter son texte. Et le caractère double de son énonciation fait qu'il est avant tout un système de communication qui répond aux conventions de la langue de production. Ce discours verbal se présente souvent sous forme de dialogues entre le lecteur et le dramaturge, ou l'acteur et le spectateur ; Un dialogue perceptible aussi à travers les didascalies (ou indications verbales à propos de la représentation scénique). On note deux types de didascalies : les didascalies internes qui renvoient à l'espace, au temps et à la psychologie des personnages et les didascalies externes constituées d'un ensemble d'indications en dehors du texte.
b.Le langage non verbal
L'une des caractéristiques du théâtre étant la représentation scénique, le langage de la scène (non verbal et paraverbal) diffère du langage du texte (verbal). C'est pourquoi le théâtre par le jeu de la scène ou de l'acteur utilise un langage codé qui se distingue par l'absence d'un code verbal. C'est ainsi que les échanges entre le spectateur et l'acteur peuvent se faire par le regard ; L'acteur peut alors s'exprimer par des gestes, des signes, des accessoires comme les costumes, le décor qui peut faire l'économie de la description des lieux, ou le mimétisme, etc..
c. Le langage paraverbal
Si le regard peut-être considéré en théâtre comme un langage non verbal, les sons qui alertent le sens auditif du spectateur lui permettent aussi de recevoir un message transverbal, voire paraverbal. Il s'agit surtout des déclamations, des indices vocaux (rires, pleurs, cris, etc.) et le décor sonore (bruitage, musique en sourdine).
2.Les formes du discours théâtral
Le dialogue est la principale forme du langage théâtral. Il est souvent considéré comme un ensemble de répliques qui peuvent être opposées (Stichomythie) ou présentées sous forme de tirade (longue réplique). Lorsqu'une action d'un personnage ne peut pas être représentée, le dramaturge peut se servir du récit, notamment par le monologue (lorsqu'un personnage parle seul sur la scène) ou l'Aparté (lorsqu'il tient un discours que les autres n'entendent pas sur la scène). Il est aussi possible qu'un personnage s'adresse directement aux spectateurs, on parle alors d'adresse directe au public.
3.La structure de la dramaturgie
Elle peut-être constituée de la structure interne au texte et de la structure externe au texte ou la composition scénique.
a.La structure interne au texte
Le théâtre est essentiellement composé des éléments suivants :
L'exposition : elle peut être considérée comme la situation initiale de la pièce. Elle donne des indications sur les personnages, les lieux, le temps, et parfois même sur l'intrigue.
L'action : elle se caractérise par les entraves au nœud de l'intrigue qui relèvent ou non du gré du héros, les évènements ou péripéties, les coups de théâtre qui sont des changements brusques et imprévus qui relancent le suspens. Elle est divisée en actes qui regroupent un ensemble de scènes ; une Scène est définie en fonction de l'entrée ou de la sortie des personnages.
Le dénouement : il correspond à la situation finale de la pièce où la dernière entrave est supprimée et fixe le sort du héros.
Nb : dans le théâtre moderne les actes et les scènes sont remplacés par des tableaux
b.La structure externe au texte : le lieu théâtral
Le lieu théâtral est constitué des éléments suivants:
L'espace est le lieu principal où se déroulent toutes les actions. Il est au moins composé d'une scène, du décor, des acteurs et du public.
La scène est le lieu particulier où se déroule le jeu des acteurs qui peuvent s'y succéder. Elle varie selon les actions et le décor.
Le décor est constitué d'un ensemble d'ornements sur l'environnement de la scène. Il peut-être constitué de sons, de lumières, etc.
Les acteurs sont des personnes qui représentent des personnages du texte théâtral pour donner à la fiction une illusion de la réalité. Bernard Dort dit à propos de l'acteur : « Au moment même où il est sur le point de se dissoudre dans la fiction scénique, son corps et sa voix sont là pour nous rappeler qu'il est irréductible à toute métamorphose achevée.»
Le public est composé des spectateurs de classes sociales diverses, même si jusqu'au 17ème les spectateurs appartenaient à la haute classe : l'aristocratie et la bourgeoisie.

III.Les principales formes théâtrales
Dans son évolution à travers les siècles le théâtre a connu plusieurs formes dont les principales sont : la tragédie et la comédie, ainsi que d'autres formes tirées de celles-ci.
1.Les formes archaïques
Le théâtre grec est intimement lié à un espace et un thème sérieux (cf. le théâtre joué dans un temple), de même que le théâtre au moyen âge (cf. intérieur d'église puis parvis). Cependant on pourra constater que ces formes archaïques vont progressivement abandonner leur aspect religieux pour être fondé sur la simple représentation d'une fiction fabuleuse qui a plus une fonction socio-politique que religieuse. Le théâtre romain tentera de reprendre les formes de la tragédie grecque, mais les spectateurs retiendront plus leurs caractères exotiques que leurs aspects dramatiques.
2.La tragédie
a.Essai de définition
L'origine du terme est incertaine ; On fait remonter le mot tragédie à l'étymologie du grec tragos qui signifie « le bouc » et ôïdé qui renvoie au « chant », le terme peut donc se comprendre comme « le chant du bouc » littéralement. Mais au 4ème siècle avant J.C, le philosophe grec Aristote le définissait comme une « imitation d'une action de caractère élevé et complète {...] faite par des personnages en action et non au moyen d'un récit, et qui suscitant pitié et, crainte opère la purgation (purification) propre à de pareilles émotions ». Au 17ème siècle Pierre Corneille la considère comme un théâtre qui « se propose de soulever l'admiration du spectateur par l'étalage de la forme morale de l'homme supérieur qui s'affirme dans les victoires répétées de la volonté sur les passions »
b.Les principes
Les principales règles de la tragédie sont :
La vraisemblance : la tragédie doit préserver l'illusion de la réalité en faisant correspondre le temps de la fiction à celui de la représentation ; Car l'imitation de la réalité doit être proche de la vérité.
Le respect de la règle des trois unités : l'unité de temps (la pièce ne doit pas dépasser 24 h), l'unité de lieu (l'action se déroule dans le même espace), l'unité d'action (une seule action est possible).
La bienséance : le héros doit être vertueux, le langage précieux, la représentation de certaines actions indécentes est bannie (sexualité, violences physiques, injures, etc.) pour ne pas choquer le public.
Les personnages et le public : ils sont issus de l'aristocratie ou de la haute bourgeoisie. Dans la fiction du texte théâtral, ils peuvent être tirés de l'histoire ou de la légende.
Le temps de l'histoire ; il se situe dans l'époque de la mythologie grecque ou l'antiquité romaine. Il peut parfois faire allusion à un référent biblique.
c.Sa composition
L'action dramatique comme comique est composée de 3 étapes :
L'exposition : elle présente les personnages et l'histoire dramatique. Elle doit être concise, précise et vraisemblable.
Le nœud de l'action : l'action se déroule généralement en trois phases : obstacles au héros, péripéties ou enchaînements des actions, et les coups de théâtre.
Le dénouement : il est souvent malheureux et douloureux (mort, folie, tentative de suicide, etc., suscitant ainsi la pitié et la compassion du public. Il doit être rapide et est considéré comme l'aboutissement logique de l'action dramatique.
NB : la pièce tragique est composée de cinq actes constitués d'un nombre indéterminé de scènes.
d.Sa fonction
Racine dégage le but principal du théâtre en ces termes : « la principale règle est de plaire et de toucher ». Mais elle a aussi une valeur morale qui vise à instruire le public par l'exemple de la terreur, la pitié, l'honneur, le courage, le vertu, etc.. En outre, la véritable fonction du théâtre est Cathartique, c'est-à-dire purgatif ou libérateur ; Le spectateur en prenant l'exemple d'un personnage, victime mortelle de sa propre passion, apprendra sans doute à maîtriser les siennes.
3.La comédie
a.Essai de définition
Pratiquée pour la première fois en Grèce, l'origine du terme remonte à l'étymologie Comœdia qui renvoie au « chant du Cômos (nom donné Dionysos dans la mythologie grecque) ». Aristote l'oppose à la tragédie et la définit comme « l'imitation des hommes de qualité morale inférieure, non en toute espèce de vice, mais dans le domaine du risible, lequel est une partie du laid ». Déjà le dramaturge grec, Ménandre l'appréciait comme le genre de la peinture des comportements psychologiques de l'homme. Au 5ème siècle avant J.C, Aristophane le classait parmi les genres politiques et satiriques. Au 17ème, elle conserve plus ou moins les mêmes principes que la tragédie.
b.Les principes
La comédie conserve les mêmes règles que la tragédie avec les différences suivantes :
Les personnages et le public : ils appartiennent à la basse ou moyenne classe sociale. Ce sont des hommes du peuple et de la bourgeoisie
Le temps de l'histoire : il se situe dans l'époque contemporaine. Il fait allusion à une histoire inventée ou tirée de la vie quotidienne.
c.Sa composition
Voir la composition de la tragédie.
d.Sa fonction
Molière pense que le but principal de la comédie est de plaire : « Je voudrais bien savoir si le grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire ». Elle a aussi un but moral et didactique, car les latins disent « Castigat ridendo mores » (« corriger les mœurs par le rire »), On présente aux hommes leurs vices pour les pousser à mieux les corriger.
NB : Vers la fin du 17ème siècle, certains dramaturges ont tenté de réconcilier la tragédie et la comédie en donnant naissance à la tragi-comédie. Ce sous - genre obéit à la fois aux principes des deux genres, mais se distingue par le fait que l'action dramatique reste grave (tragédie) alors le dénouement est heureux (comédie).
4.Le drame bourgeois
Diderot est le créateur du drame bourgeois. Avec Le Fils naturel (1751) et Le Père de famille (1758), il vise l'idéal et cherche « à rendre la vertu aimable et le vice odieux ». Pour lui, le théâtre doit être une représentation simple et naturelle des choses. Et le jeu des acteurs doit être contrôlé par la raison et non par les sens. Il pense que le drame bourgeois est considéré comme un théâtre qui est fait « pour attendrir et moraliser la bourgeoisie et le peuple en leur présentant un tableau touchant de leurs propres aventures et de leur propre milieu »
5.Le drame romantique
a.Essai de définition
Dans la préface de Cromwell, Victor Hugo définit le drame romantique comme un théâtre « qui fond sous un même souffle le sublime et le grotesque ». Il dira même que «le drame c'est la vie, qu'il est vaste et variée comme elle, qu'il est fait de rire et de larmes [...] ».
b.Les caractéristiques du drame romantique
Les principes du drame romantique sont : l'abandon des unités de temps et d'espace, et la conservation de l'unité d'action. Le langage prosaïque s'il peut - être utilisé doit l'être de manière simple et naturelle. L'innovation apportée à l'unité d'action par les romantiques, c'est qu'on peut désormais joindre à l'action principale des actions secondaires.
Le drame romantique est avant tout un théâtre historique ; il tire donc sa source du passé ; Les péripéties de l'action doivent donner l'impression de la vie ou du vécu ; Leur durée n'a pas de limite, car les évènements peuvent se dérouler sur des années. Il permet le mélange des sujets tragiques et comiques.


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Commenter cet article

latifa 03/04/2009 16:05

salut a tous je voulais juste avoir des informations sur le theatre du 19éme siecle.