La dépravation du personnage féminin face à l’hostilité de l’espace : l’exemple de Faatu dans un Bouquet d’épines pour elle de Cheik Aliou Ndao

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P L A N

 

                                                                                 I.      INTRODUCTION…….....................……….……..…;;….1

                      II.      L’espace d’évolution de la femme………………………………….…...…4

                 a.   L’espace conjugal : la famille…….……………………….….4

- La maison……………..…………………………………………4

- La chambre………………………………………………………6

                 b.  l’espace extra-conjugal…………………………….....……...6

- L’espace moderne : la ville………………………………………6

- L’espace traditionnel : le village…………………………………8

                   III.      CONCLUSION ……………..…………………………………………………..……...10

                  IV.      BIBLIOGRAPHIE……………………………………...……..…………12

I.       INTRODUCTION

S’il est vrai que toute conception littéraire se réalise à l’intérieur d’un univers réel ou fictionnel au sein duquel se meuvent des spécimens humains qui assument la vision du monde qu’elle exprime, il n’en est pas moins important de rappeler que tout personnage, à fortiori le personnage féminin, ne peut être représenté que par rapport à l’espace à l’intérieur duquel il évolue. L’espace d’évolution c’est donc le cadre où le personnage féminin s’exprime dans des situations contextuelles bien définies et spécifiques. Il peut-être diversifié et délimité quand il est réel et vaguement désigné quand il est référentiel. L’espace est dit réel quand, choisi dans la réalité (la ville, la maison, etc.) il fait système dans le texte, et référentiel lorsque, choisi à partir de repères imaginés : il se justifie hors du texte. Ce qui est sûr c’est que l’espace d’évolution du personnage féminin est choisi à l’intérieur de la société où il évolue selon des caractéristiques ambivalentes et déterminantes dans sa représentation ; car selon Pius Ngandu Nkashama :

« Le romancier institue des relations privilégiées entre son héros et l’univers culturel, spirituel, social, anthropologique qui l’entoure. »[1]

Il s’agit donc d’analyser les relations entre le personnage féminin et ces espaces-là, en mettant l’accent sur les influences du milieu sur le comportement du personnage féminin ; il faut alors se demander : comment ces espaces peuvent modifier négativement l’évolution de la femme ou déterminer sa psychologie ?

Dès lors, Cheik Aliou Ndao dans Un bouquet d’épines pour elle va véritablement accorder une place significative à son héroïne, Faatu, en la faisant évoluer davantage dans des espaces particulièrement difficiles pour elle. C’est que l’itinéraire sinueux et tortueux de celle-ci dans l’univers fictionnel du roman de cheikh Aliou Ndao va nous orienter dans notre analyse. Il faut donc noter que la femme est de plus en plus dépravée par les multiples hostilités de l’espace  dans lequel elle évolue. Ce qui pose un problème de relation conflictuelle entre Faatu et les différents espaces au sein desquels  il évolue dans Un Bouquet d’épines pour elle. Traiter un tel sujet relèverait d’un travail délicat, mais il ne s’agit pas pour nous d’analyser, de manière exhaustive, le comportement de la femme face aux tentations multiples et hostiles de l’espace, encore moins des enchaînements chaotiques de celui-ci sur elle. Seulement faudrait-il circonscrire, catégoriser les limites de notre analyse afin de mieux la cerner. Quoi qu’il en soit, elle devrait rester purement littéraire dans le cadre où s’inscrit l’évolution de Faatu dans Un bouquet d’épines pour elle, à titre d’exemple. Mais au-delà, la quintessence c’est qu’au travers d’elle s’expriment et se meuvent la personnalité, l’identité et les facettes différentes du seul et même personnage dans ses attitudes particulièrement inconstantes. Elle ne saurait se soustraire aux exigences du milieu à l’intérieur duquel elle évolue. Son évolution dans l’espace romanesque suscite alors plusieurs paramètres liés aux aspects sociologiques, c’est-à-dire ceux de l’espace qui influent sur sa  psychologie et ses conditions d’existence.

Notre étude implique donc celle des espaces modernes et traditionnels et leur impact sur Faatu. Il s’agit de réfléchir autour de la question : Quelles sont les relations de la femme avec son environnement, son espace d’évolution, c’est-à-dire le village, la ville, la famille, la maison, etc. ?

II.    L’espace d’évolution de la femme

     a.   L’espace conjugal : la famille

La famille est un maillon important de la société. C’est même l’élément de base à partir duquel le personnage féminin acquiert l’éducation, la formation et l’initiation qui vont déterminer le cours de son itinéraire dans la littérature africaine. Sans elle l’existence n’a aucun sens selon Cheikh Hamidou Kâne dans les Gardiens du temple :

 « L’homme n’existe pas sans la famille, sans la société. Je crois maître qu’il n’est (…) pas de monde possible sans la famille, sans la communauté solidaire, sans la chaîne des générations »  ( Les G T, p. 53)

Plus que d’étudier les éléments qui composent la famille, il s’agit pour nous d’analyser l’évolution de Faatu à l’intérieur des espaces en miniature que sont la maison, la cuisine et la chambre, notamment les conditions et les situations dans lesquelles elle y vit.

          -   la maison

L’espace de la maison dans Un bouquet d’épines pour elle est varié. En réalité le personnage féminin est mobile et évolue dans différentes maisons où à chaque fois il adopte un comportement spécifique au milieu. La maison apparaît comme un espace clos et restreint pour Faatu qui y subit ses peines. C’est pour elle le lieu où elle affronte le premier drame de sa vie. C’est dans cet espace plus précisément dans la cuisine que Faatu sera victime du viol qui va bouleverser son existence. C’est le début du gouffre existentiel  dans lequel Faatu s’enlise, écartelée et désorientée dans cet espace où la femme est considérée comme un objet à tout faire surtout lorsqu’elle occupe des fonctions aussi dépréciatives que celles de ménagère. Le narrateur affirme :

 « Elias se leva brusquement de son divan, pénétra dans la cuisine. (…). Lorsqu’elle se réveillera, elle eut l’impression d’étouffer. (…) faatu sentit son bas-ventre se déchirer, elle perdit connaissance » (Un B E E, p. 109)

Cela lui donne sans doute l’image désagréable d’une femme réduite à de strictes conditions de vie, ravalée à la situation d’un personnage de seconde zone, soumise et exploitée, voire condamnée à vivre comme une simple domestique. De ce point de vue, l’espace de la cuisine révèle le véritable statut concédé au personnage féminin qui doit assumer un rôle aussi dégradant que celui de domestique. Pour Faatu la cuisine est tout, à la fois un espace de labeur et de repos ; en effet, dit le narrateur :

« Faatu, qui pourtant ne dormait que sur un matelas posé à même le sol dans la cuisine (…) » (Un B E E, p. 47)

L’espace de la maison est étouffant et éprouvant pour elle ; c’est un milieu où il lui est difficile de s’affirmer, encore moins de s’épanouir. De plus, il y a la mésestime des autres personnes qui composent cet espace ; Faatu ne jouit même pas de la moindre considération de leur part, à la limite elle n’est considérée que comme une « bonne », stricto sensu, taillable et corvéable à merci. Le personnage féminin évolue dans ce milieu, obligé de subir le poids d’un complexe de supériorité qu’exercent sur elle ses employeurs. Ecrasée et diminuée, Faatu n’a d’autres alternatives que d’accepter les réalités de cette maison où elle est consciente qu’elle devrait subir en silence le poids des autres. Le narrateur ajoute : 

« Elle avait à exécuter des ordres, sans prérogatives ni initiative » ( Un B E E, p. 48)

La maison est aussi pour la femme mariée un lieu de soumission, d’obéissance à l’autorité maritale. Elle y perd sa liberté, ses responsabilités et ses capacités d’entreprendre seule sans l’injonction du mari. Marié, le personnage féminin est à la limite condamné à se conformer aux humeurs de son homme qui le tient par le cou  à travers l’excès de ses prérogatives que lui a attribuées la société. Aucune marge de manœuvre pour la femme mariée, aucune liberté ne lui est concédée. Elle peut même parfois y subir des sévices des brimades et des mauvaises conditions de vies ; et son droit le plus élémentaire est souvent bafoué à dessein par l’homme.

Dans un autre contexte, la maison Faatu est un espace de liberté, plus exactement de libertinage où tous les excès sont permis et accomplis à l’insu de la société. Dans cet espace privatif parce qu’étroit et étouffant, elle mène une vie libérée aux goûts et aux plaisirs simples, aux escapades et aux soirées folles et excessives, le tout dans la discrétion. L’auteur d’Un bouquet d’épines pour elle nous apprend :

« (…) le va-et-vient de nombreuses femmes qui bourdonnaient de chez Faatu cachait consommation d’alcool, adultères, trafics d’influences et interventions politiques, (...) » (Un B E E, p. 136)

 

            -  La chambre

L’espace où peut-être, le personnage féminin peut se sentir le plus assujetti c’est la chambre conjugale. Faatu, à l’intérieur de la « baraque » de Paa Diallo vit le calvaire, l’angoisse d’une femme obligée de se coucher sous le même toit avec un mari à qui tout la lie sauf l’amour, paradoxalement. Elle va y subir les lois d’un mari vieux, dépassé, intransigeant et autoritaire. Ses moindres mouvements et gestes sont surveillés et décriés par celui-ci. La « baraque » de Paa Diallo est pour la jeune adolescente qu’elle fut, un espace de privation, de harcèlement constant et de repli sur soi. La nature coercitive de l’espace l’oblige à ne pas se découvrir, à inhiber sa personnalité et à s’effacer au profit du mari à qui elle se soumet en subissant ses lois. A cela s’ajoute la pauvreté des lieux. En plus de la misère qui y règne et qui l’installe dans l’ennui, le besoin, la monotonie et l’angoisse, Faatu ajoute :

« Diallo avait meublé sa baraque où trônaient deux lits adossés aux murs et se faisant face, une table recouverte d’une toile cirée portant bols, assiettes, cafetières et différentes boîtes, un plateau avec une théière et des verres.» (Un B E E, p. 182)

C’est dans cet espace sobre et précaire où règne une pauvreté certaine que commence la vie de débauche de Faatu révoltée par le comportement inadmissible d’un mari qui appartient à un autre âge. Ce qui à la fréquentation de milieux peu recommandables, d’espaces où tout se fait autour de la bouteille d’alcool, des simples discussions aux transactions les plus sérieuses ; elle sera entraînée avec la complicité de son concubin, Grégoire,  dans des vices inextricables pour elle. C’est le début pour la jeune villageoise d’une vie amorale fondée sur la jouissance. Cheik Ndao explique :

« Grégoire emmenait Faatu dans les boîtes des quartiers périphériques presque chaque samedi soir. C’est là que Faatu prit sa première bière. » (Un B E E, p. 267)

La chambre de Grégoire, plus qu’un espace d’évasion pour Faatu qui voulait échapper à l’emprise de Paa Diallo, est pour elle un lieu de perdition où elle adopte « (…) tout ce qui « était » rejeté par son milieu. » (Un B E E, p. 268)

Dans son évolution Faatu ne reste pas seulement confinée dans des espaces clos ou conjugaux, elle peut aussi évoluer dans des espaces ouverts que nous avons identifiés comme étant extra-conjugaux.

        b.  l’espace extra-conjugal

           -   L’espace moderne : la ville

D’une manière générale, la ville a toujours été pour le personnage romanesque dans la création littéraire un gigantesque espace d’évolution dont la fascination risque de le dévier de ses objectifs premiers. Carrefour incontournable où se rencontrent toutes les cultures, toutes les civilisations et toutes les spécificités du pays, et où se croisent aussi tous les spécimens humains, la ville apparaît pour Faatu comme un haut lieu de perdition qui s’ouvre sur l’immensité du vide dans lequel il se sent isolé et solitaire, face à cette multitude et ses grandeurs inconnues susceptibles de l’engloutir et de l’enchaîner dans le gouffre insoluble du vice. Dans  ce vaste espace, elle donne l’impression d’un personnage déboussolé, perdu dans ses rêves, ébloui par cette incommensurable étendue de bâtisses en dur. Elle y perd alors tout ce qu’elle a de sacré : sa dignité, sa personnalité et son honneur de femme, dans l’indifférence totale des citadins mus par un individualisme qu’elle n’a jamais compris.

La ville dès lors l’écrase de son poids démesuré et de sa force de séduction. Elle devient pour elle un bourreau infatigable qui l’assaille sans cesse en créant les conditions de sa souffrance et de son anéantissement. L’héroïne d’Un bouquet d’épines pour elle en subit passive, naïve et impuissante, le poids. Cheik Aliou Ndao explique comment Faatu au premier contact de la ville était apeuré :

« La ville lui paraissait un monstre insensible prêt à écraser tout être qui n’accepterait pas de lui faire des concessions.» (Un B E E, p. 53)

Néophyte, elle est désorientée et elle nourrit, par rapport à cet espace qui lui paraît infini, un complexe né de la fascination de cette immensité compacte qui semble s’ouvrir vers l’inaccessible. En ville toutes les certitudes, l’assurance et l’éducation acquises au village s’estompent et cèdent la place aux impostures, aux tromperies et aux manigances de la cité qui favorise chez Faatu le doute et la remise en question de ses propres valeurs inhibées et murmurées au plus profond de soi, par crainte d’être jugée négativement. Il s’opère alors chez elle un bouleversement profond et tacite qui l’expose à toutes sortes de tentations, de dangers propices à la débauche. Elle devient vulnérable parce qu’elle n’est pas suffisamment armée pour affronter les exigences de la vie remuante de la ville ; car dit Cheik Aliou Ndao :  « Les femmes avaient conscience de leur échec dans la jungle dakaroise.» ( Un B E E, p. 161).

La ville, à la lumière de ce constat, déprécie sans aucun doute le personnage féminin. En plus de l’anéantir, elle dépouille la femme de son identité et de  sa personnalité, en bousculant ses propres certitudes, et constitue pour elle un lieu de négation par excellence ; négation de sa liberté de mouvement, de décider et de prendre ses propres initiatives face aux assauts répétés de la cité. Et le sentiment d’être perpétuellement devant l’inconnu verse le personnage féminin dans une angoisse existentielle quotidienne. Faatu se contente alors de voir la ville se déployer et répandre sur elle ses excès sous son regard impassible ; Car :

« Elle se réfugiait dans la contemplation nocturne de la ville, dans ses scintillements, ses néons, ses bruits étouffés, ses éclats de voix et de klaxons, ses jurons d’ivrognes, ses bagarres entre prostituées. » (Un B E E, p. 50)

C’est aussi cette fascination de la ville qui fige la femme dans l’inertie, l’expectative et l’impassibilité qui la rendent vulnérable et accessible face à ce que, dans un autre contexte, Philippe Berthier a appelé, dans l’introduction qu’il consacre aux illusions perdues d’Honoré De Balzac:

 « (…) un sentiment si baudelairien de la monstruosité de la ville. (…) ses abysses infinis d’horreur et de merveilles, de sainteté et de souillure. Tout s’achète et se vend, les degrés de gloire sont mesurés par les degrés de prostitution. »[2]  

C’est sans conteste, le désespoir qui habite Faatu, celui de voir son univers s’écrouler autour d’elle et de nourrir le sentiment du sacrifice vain, avec la complicité de l’espace moderne qui, avec ses complications, anéantit tout, y compris le personnage féminin. Ken dans Le Baobab fou tombe dans le même piège de la vie moderne, car dit-elle :

« J’avais découvert L.S.D. et ses angoisses. L’alcool et ses humeurs. L’amour libre. Rapidement je m’étais trouvée affublée d’une étiquette. (…). Je traînais dans les cafés et les bars, (…) ; mes compagnons étaient les marginaux et les intellectuels d’une société en décadence »[3]

La ville est donc un espace, certes ouvert à plusieurs horizons et perspectives mais paradoxalement plein de contraintes pour le personnage féminin qui, s’il n’y prend garde, risque de tout y perdre. Faatu y a tout abandonné, sa personnalité, sa dignité et l’honneur de sa famille : sa floraison, le « symbole de son adolescence.»

                     -   L’espace traditionnel : le village

Généralement conçu sur le pouvoir de l’homme qui exerce sa prééminence et son hégémonie sur la femme, l’espace traditionnel apparaît à priori pour celle-ci comme un lieu où elle n’évolue que par rapport à un certain nombre de contraintes. Mais, à la différence de la ville, ces contraintes sont érigées en règles auxquelles la femme est obligée de se soumettre. Il apparaît, dès lors, que l’espace traditionnel est un lieu où la conduite de la femme est surveillée et réglée de très près. Mouhamadou Kâne écrit que pour la femme :

« La tradition n’apparaît plus dans les romans que comme un obstacle à la liberté, comme l’instrument par lequel les nantis préservent leur position. »[4]

L’inexcusable pour Anta, cousine de Faatu, parfaitement ancrée et imprégnée des enseignements et de l’éducation du village, c’est comment Faatu jeune fille du village en est arrivée à ce stade de débauche. L’explication se trouve assurément dans les propres termes de  Faatu qui murmure :

« Un jour, je (…) raconterai peut-être comment une fille de la brousse, élevée dans des traditions presque intactes, en est arrivée là où j’en suis.» (Un B E E, p. 12)

Elle se trouve aussi, sans aucun doute, dans l’impossibilité pour elle de choisir parmi un ensemble des valeurs rurales et modernes à priori distinctes les unes des autres, donc forcément ambivalentes, qui se disputent la primauté de la même personne.  La réalité c’est qu’en elle s’embrouillent les valeurs délaissées de l’espace traditionnel et qui sont bousculées par les tentations nouvelles de l’espace moderne.

III.  CONCLUSION

Au terme de notre étude, il apparaît clairement que le personnage féminin modèle son comportement par rapport à l’espace qui exerce sur la femme des influences certaines. En effet, le comportement de la femme diffère selon les espaces où elle évolue. La ville installe Faatu dans une vie infernale qui l’oblige soit à se replier sur elles-mêmes pour préserver ses traditions, soit à sombrer dans une vie de débauche succombant ainsi aux tentations multiples de la modernité. Nous avons montré comment les différents espaces entraînent la dépravation du personnage de Faatu.

La maison contribue à la dépersonnalisation et à la dépréciation  du personnage féminin à qui on attribue des rôles qu’il incarne dans des conditions particulièrement épouvantables. Le choix de Cheik Aliou Ndao de faire vivre son héroïne dans des maisons où tout contribue à l’anéantir, aussi bien l’austérité du milieu que les exigences de convenances sociales qui y ont trait, explique son désœuvrement. Faatu habituée au milieu traditionnel a du mal à évoluer brusquement dans des maisons où les cultures et les mœurs sont occidentalisées.

La cuisine fut aussi pour elle l’espace où pour la première fois elle versa dans la souffrance, celle de l’adolescente meurtrie et dépouillée de sa jeunesse, mais aussi souffrance de l’adolescente violée, violentée pour l’assouvissement du seul plaisir d’un homme veule.

La chambre est un espace étroit et exigu où la moindre déconvenue est pour Faatu source de pression, ce qui la mettrait au sein de cet espace déjà invivable, dans une situation de suspicion et de tension latente. Il apparaît alors que la chambre est un espace où le personnage féminin subit ses peines et vit un drame quotidien. C’est aussi un espace dans lequel elle laisse libre cours à ses fantasmes, par les vices et la promiscuité de tous ordres. Faatu, par exemple, en fuyant la chambre de Paa Diallo s’est retrouvée dans celle de Grégoire, pour y vivre en concubinage et dans l’adultère. C’est certes pour elle un espace de refuge et de fugue, mais un refuge incommode par rapport aux normes de la société et où, pour la première fois, elle goûte à l’alcool avant de sombrer dans une conduite pire. L’espace de la chambre donne l’image d’un lieu de passe mais, dans le contexte d’un bouquet d’épines pour elle, il s’agit plus d’un espace où Faatu est abandonnée à elle-même. La constante c’est que, dans cet espace clos, la femme, livrée à elle-même, à ses sensations et désirs incontrôlés et, à l’abri de tout regard indiscret, se laisse entraîner dans l’innommable.

L’espace moderne est, quant à lui, celui de toutes les contradictions, de tous les contrastes où le personnage féminin se démène et tente vainement de résister aux assauts répétés de l’inconnu. Un espace impitoyable et injuste dans lequel la femme se perd dans les marécages des vices imposés par l’immoralité et la déperdition des mœurs de la cité ; tout ce qui peut choquer ailleurs, devient banalité en ville sous le poids d’un modernisme démesuré. Dans cet espace infini, austère et cruel, Faatu ne semble pas suffisamment armée pour ne pas abdiquer. elle est réduite, au premier contact de la ville, à la domestication asservissante sans quelque forme de reconnaissance que ce soit : Faatu est violée par Elias, son employeur. C’est que la ville espace lointain et chimérique d’une virtuelle réussite pour la villageoise, est malheureusement pour elle source de désenchantement et de désillusion, celle d’un espoir vain. Dans cette quête de l’ailleurs, un ailleurs meilleur que la vie difficile de leur village, elle bute contre de multiples obstacles que la fragilité de sa personnalité, son impréparation à la souffrance et à la misère que lui impose cet espace moderne insupportable et impitoyable pour eux, ne lui permettent pas de surmonter. Sa déception est donc grande une fois en ville où la solidarité est quasi inexistante, l’inégalité accrue, et où enfin, l’opulence côtoie la misère dans une indifférence méprisante. Elle se rend à l’évidence qu’il faut, soit abdiquer et succomber aux tentations chaotiques de la ville, au renoncement de soi, soit se battre pour triompher malgré tout de la vie.

L’espace traditionnel pour une part importante et, au-delà de toutes ses contraintes, ne représente pas pour Faatu un espace aussi chaotique que celui de la ville. Cependant, l’espace d’une manière générale a été dramatique pour Faatu et même pour le personnage féminin en général dans la littérature sénégalaise : les exemples des personnages de Ken Bugul dans le baobab fou, de Joahana Simentho dans les tambours de la mémoire etc., et d’autres personnages féminins attestent cela.

III.             BIBLIOGRAPHIE

1.      CORPUS

Ndao, Cheikh Aliou. Un bouquet d’épines pour elle. Dakar : Présence Africaine, 1988

2. ŒUVRES

Balzac, Honoré De. Illusions perdues. Paris : Flammarion, 1990, pour cette Edition

Kâne,  Cheikh Hamidou. Les Gardiens du temple. Paris : Stock, 1995

Ken Bugul. Le Baobab fou. Dakar : N.E.A., 1986

3.        ETUDES CRITIQUES

a.      OUVRAGES

Bachelard, Gaston . Poétique de l’espace. Paris: PUF, 1960

Bourneuf, Roland et Ouellet, Real, L’univers du roman. Paris : PUF, 1975

Kâne, Mouhamadou. Roman africain et tradition, Dakar : NEA, 1982

Mauriac, François. Le romancier et ses personnages. Paris : Buschet-Chastel, 1933

Pius Ngandu Nkashama.  La littérature africaine écrite. Issy-les Moulineaux : Les classiques africaines, p. 51

b.     ARTICLES

 

Cabakulu, Mwamba. « Femmes africaines-ecrivains : une écriture de revanche ? ». Cahier de l’IPAG, n°5, 1989

Joubert, Jean Louis. « La parole aux femmes ». Notre Librairie, n° 117, avril-juin, 1994, p. 4

Kesteloot, Lilyan. « La percée des femmes ». Environnement africain un double combat, n° 39-40, vol x, 3-4, Enda-Dakar, 1997, pp. 1-11

 



[1] Pius Ngandu Nkashama. La littérature africaine écrite. Issy-les Moulineaux : Les classiques africaines, p. 51

[2] Honoré De Balzac. Illusions perdues. Flammarion, 1990, Paris,  p.  37

[3]  Ken Bugul. Le Baobab fou. Dakar : N.E.A., 1997, pp. 97-98

[4] Mouhamadou kâne. Roman africain et tradition. Dakar : NEA, 1982, p. 32

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