biographie d'Albert Camus et l'étude de quelques textes de l'étranger

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Camus, Alb ert    

                                       1913-1960

 

Ecrivain français, auteur de l’Étranger et de la Peste, qui fut un des principaux acteurs de la vie intellectuelle de l’après-guerre.

Un intellectuel engagé

Né en Algérie au sein d’une famille modeste, orphelin de père, Albert Camus commença des études de philosophie pendant lesquelles il subit l’influence de son ami Jean Grenier (qui lui fit notamment découvrir Nietzsche) mais qu’il dut interrompre pour raison de santé (il était atteint de tuberculose). Parallèlement, il commença à participer à des projets dramatiques en adaptant ou en jouant des pièces de théâtre.

Pendant son bref passage au Parti communiste (1935-1936), il fonda et anima la troupe du Théâtre du Travail afin de mettre les œuvres dramatiques classiques et contemporaines à la portée du public défavorisé. Il anima ensuite une autre troupe, le Théâtre de l’Équipe, et publia sa première œuvre, l’Envers et l’Endroit (1937), une série d’essais littéraires variés où apparaissent déjà les grands thèmes de sa maturité : la mort, le soleil, la Méditerranée, l’isolement, le destin de l’homme, le rapprochement entre désespoir et bonheur, etc.

À partir de 1938, Camus exerça une activité de journaliste, d’abord à Alger (Alger républicain, Soir républicain) puis à Paris (Paris-Soir), où il s’installa définitivement en 1942. C’est là que parurent simultanément et dans la clandestinité le roman l’Étranger et l’essai le Mythe de Sisyphe (1942), deux œuvres remarquées qui exposaient la philosophie de Camus et qui s’inscrivaient dans ce que lui-même appela le «!cycle de l’absurde!» (cycle complété ensuite par les pièces de théâtre le Malentendu, 1944, et Caligula, 1945). Alors qu’il avait été réformé à cause de sa maladie en 1939, Camus fut très actif dans la Résistance au sein du mouvement Combat. À la Libération, il devint le rédacteur en chef du journal Combat, aux côtés de Pascal Pia, et se mit au service des grandes causes humanitaires internationales.

Cependant, il poursuivait son œuvre littéraire à un ryhtme soutenu avec, notamment, la création de ses pièces le Malentendu et Caligula et la publication de son roman la Peste (1947) qui inaugurait le cycle de la révolte et de la solidarité, où s’inscrivent l’État de siège (1948) et les Justes (1949) mais surtout l’essai l’Homme révolté (1951). Ce dernier ouvrage fut à l’origine de la rupture définitive entre Camus et Jean-Paul Sartre, car elle soulignait clairement les divergences entre la pensée du premier et l’existentialisme du second.

En 1952, Albert Camus démissionna de son poste à l’Unesco pour manifester sa réprobation devant la passivité de cette institution à l’égard de l’Espagne franquiste (voir Franco, Francisco). Par la suite, en 1956, il s’engagea de nouveau en tentant d’intervenir en faveur d’une trêve dans la guerre d’Algérie.

Il publia ensuite la Chute (1956), où il revenait sur sa rupture avec l’existentialisme, ainsi qu’un recueil de nouvelles, l’Exil et le royaume (1957). La même année, il reçut le prix Nobel de littérature pour «!avoir mis en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes!». Le 4 janvier 1960, en pleine gloire, alors qu’il travaillait à un autre roman, le Premier Homme (posthume, 1994), il se tua dans un accident de voiture.

Philosophie de l’absurde

Les romans, les essais et les pièces de théâtre de Camus sont marqués par sa réflexion philosophique et politique.

L’Étranger (1942), l’un de ses premiers ouvrages, se caractérise avant tout par un style extrêmement neutre — ce que l’on appelle une écriture «!blanche!» — et méthodiquement descriptif. Le héros et narrateur, Meursault, un employé de bureau, y semble «!étranger!» à lui-même!; dépourvu de sentiments vis-à-vis des êtres et des situations, il agit comme de manière machinale. La lumière, le soleil, la chaleur semblent être la cause d’une soudaine précipitation des événements : sur une plage, à la suite d’une bagarre, il tue un homme de cinq coups de revolver sans pouvoir fournir lui-même de véritable raison à son acte. C’est précisément dans ce décalage entre l’individu et le monde que se situe la dimension absurde de la condition humaine.

L’absurde comme réalité inhérente à la condition humaine est le thème central de la philosophie que Camus développa dans un premier temps. Le Mythe de Sisyphe, essai sur l’absurde, publié la même année que l’Étranger, aborde cette même idée d’un point de vue théorique : comme Sisyphe, condamné à pousser éternellement son rocher, l’Homme est voué à subir un enchaînement automatique d’expériences absurdes. Mais c’est paradoxalement dans la prise de conscience de cette situation qu’il est libéré car, délivré de toute illusion, il peut alors chercher le bonheur en goûtant le présent. Ainsi, à la fin de l’Étranger, alors qu’il se trouve dans sa prison la nuit qui précède son exécution, Meursault, devenu conscient et libre, profite intensément des derniers instants de sa vie.

L’homme révolté

Même si le monde n’a pas de sens, l’Homme ne saurait se passer d’une éthique ni renoncer à l’action. C’est donc l’engagement que Camus a exploré dans un second temps, en particulier dans son roman la Peste (1947). À Oran, dans les années 1940, des rats porteurs de la peste sont découverts et, dès la mort des premières victimes, les habitants placés en quarantaine et confrontés à leur sort présentent différentes formes de réaction : panique, indifférence, mysticisme ou résignation. Le docteur Rieux, bientôt rejoint par d’autres volontaires, décide de résister!; son petit groupe s’organise alors pour soulager la souffrance et combattre le fléau. Dans ce récit symbolique, la peste est naturellement un emblème du mal sous toutes ses formes!; mais elle agit aussi comme un révélateur qui met l’Homme face à lui-même, l’incitant au renoncement ou à la révolte.

La réflexion sur le thème de la révolte, commencée dans la Peste, est développée dans l’essai l’Homme révolté (1951). Camus y explique que la révolte naît spontanément dès que quelque chose d’humain est nié, opprimé!; elle s’élève par exemple contre la tyrannie et la servitude. Parce que la révolte n’est pas un principe abstrait mais l’action nécessairement limitée d’un individu, elle représente, pour Camus, la seule «!valeur médiatrice!» grâce à laquelle l’absurde peut être provisoirement dépassé.

  • Résumés de quelques oeuvres :
    • L'étranger 1942

L'homme nu devant l'absurde. Ce n'est qu'à sa révolte devant l'aumônier que le condamné à mort Meursault, le héros-narrateur, se sent vidé d'espoir, donc libre."Je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde"

{immense succès, en écho à l'absurdité de la guerre}

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    • Le mythe de Sisyphe 1942

{Pendant philosophique de L'étranger} Nous nous heurtons aux murs du labyrinthe de la vie. Pour supprimer l'absurde, il faudrait supprimer le problème, c'est à dire nous-même (suicide). Camus propose la révolte, qui n'abat pas les murs de l'absurde, mais les repousse.

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    • La peste 1947

Oran dans les années quarante ? IL y a une Epidémie de peste; ceux qui refusent de se résigner (Dr Rieux, Tarrou) s'organisent, prennent des risques. Après l'épidémie, ils retourneront à leur quotidien anonyme. {peste = absurdité de la vie, contre laquelle il n'y a que des victoires provisoires} Les héros sont"ceux qui se suffisent de l'homme et de son pauvre et terrible amour".

Albert Camus : L'Étranger

Achevé en mai 1940 et publié en même temps que Le Mythe de Sisyphe en 1942, L'Étranger est en partie la traduction romanesque des idées contenues dans cet Essai sur l'absurde. Meursault, le narrateur, est un modeste employé de bureau, à Alger. Il retrace son existence médiocre, limitée au déroulement mécanique de gestes quotidiens et à la quête instinctive de sensations élémentaires. Il vit dans une sorte de torpeur, une étrange indifférence : au moment d'agir, il note d'ordinaire qu'on peut faire l'un ou l'autre et que « ça lui est égal ». Il représente l'homme avant la prise de conscience de l'absurde, mais déjà préparé à cet éveil lucide : sans illusion sur les valeurs consacrées, il se comporte comme si la vie n'avait pas de sens. L'effet produit sur le lecteur par une telle narration, objective et déprimante, est cet écœurement, qui selon Camus, est une bonne chose, car il nous conduit au sentiment de l'absurde.

Thèmes importants : Une réflexion sur la condition humaine. La satire sociale. La technique narrative.

                         Etude de l'incipit : « Aujourd'hui, maman est morte ... pour n'avoir plus à parler. »

I. L'originalité de ce début de roman

·       Traitement du temps : Pas de moments antérieurs à l'histoire, le passé est dans le flou. On n'a pas vraiment d'avant. Par exemple, on annonce l'enterrement de sa mère mais on ne sait pas de quoi elle est morte. L'avenir va jusqu'à demain voire après-demain, il est extrêmement limité. On a le sentiment d'une quasi-simultanéité de la narration et de son contenu. Meursault raconte les faits les uns après les autres comme dans un journal, le récit est chronologique.

·       Traitement des lieux : C'est nous lecteur qui supposons qu'on est à Alger (l. 8). Le paysage est complètement gommé, on a l'impression qu'on se déplace sur une ligne géométrique. C'est purement narratif.

·       Traitement des personnages : On n'a aucune description, aucun portrait de son patron. Le restaurateur et Emmanuel ne sont pas décris non plus. Camus a écrit sobrement, sans aucun portrait psychologique.

·       Le point de vue : La situation narrative est celle de la focalisation interne : la perception de l'univers du récit se fait par le regard ou la conscience de Meursault. Le narrateur ne rapporte que ce que voit le personnage-témoin, et ainsi personnage et narrateur se confondent. Les « je » sont prédominents au fil du récit et, comme dans un discours, on a l'utilisation de « aujourd'hui », « hier », « demain », « après-demain », « pour le moment »qui nous situent par rapport à Meursault, le narrateur aurait très bien pu employer des expressions comme ce jour-là, la veille, le lendemain ou le surlendemain. Les temps utilisés sont le futur, l'imparfait et le passé composé, temps qui se situent par rapport au temps du personnage, ceci montre que l'on colle pratiquement à l'histoire, le temps de la narration est tout près du temps de l'histoire. Meursault n'a donc pas beaucoup de recul par rapport à l'histoire, celà lui permet de ne pas faire part de ses sentiments mais uniquement des évènements, de ses pensées, de ses sensations qui à divers moments occupent sa conscience. On épouse le point de vue du narrateur.

II. Qui est cet homme ?

Meursault marque un extrême détachement à l'égard de la mort de sa mère. L'expression du télégramme est l'expression de ce détachement. Lorque l'on est avant l'enterrement de sa mère, c'est comme si elle n'était pas morte pour lui, Meursault semble ne pas en prendre conscience. Ce qui frappe ensuite, c'est que Meursault fait de l'enterrement une simple formalité : « Après l'enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle. » Le deuil se fera par l'aspect extérieur, c'est-à-dire par son habillement. Cette mort peut passer pour une raison valable de prendre des congés : « excuse pareille ». Quelque part, c'est comme si cette mort était de la faute à Meursault. On a l'impression que la mort n'est pas grand chose pour lui, que cette mort est vécue comme un accident qui dérange le cours des choses : Meursault a recours au calcul pour préparer son voyage. Dans tout son récit, on n'a aucune marque du champ lexical de l'affection, donc pas de chagrin de la part de Meursault. Le seul terme utilisé est dit chez Céleste : « Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi », la seule compassion vient de l'entourage de Meursault, qui a choisi de dire les choses telles qu'il les a vécues. Ses sensations l'emportent sur ses sentiments : Meursault est plus sensible à ce que produit le voyage sur ses sens qu'à l'émotion de la perte de sa mère. Cet état d'abscence est lié à des évènements ponctuels qu'il vit. Ce personnage est étranger à des sentiments, à une émotion, qui vit dans la solitude et qui refuse la communication, il répond par monosyllabes : « J'ai dit "oui" pour n'avoir plus à parler ». Mais ce n'est pas un personnage blamable pour autant : il fait ce qu'il faut à l'égard de sa mère, ce n'est pas de la provocation, c'est dans son être.

Étude du meurtre de l'Arabe (I, Ch. VI) : « C'était le même éclatement rouge ... sur la porte du malheur. »

Nous sommes le dimanche où Meursault a été invité au cabanon de Masson et sa femme, par Raymond, l'ami de Masson. Meursault et Raymond rencontrent à plusieurs reprises l'amant de l'ancienne femme de Raymond seul ou en groupe. Après le déjeuner, Meursault, Masson et Raymond retournent sur la plage qui est déserte, la chaleur est insoutenable, au loin, ils voient les Arabes, dont le « type » de Raymond, les deux groupes se rapprochent et Raymond frappe « son » type, Masson frappe l'autre Arabe, mais le premier sort un couteau et blesse Raymond, les adversaires se séparent, Raymond va se faire soigner chez un médecin. A son retour, Raymond regagne la plage, malgré l'inquiétude de Meursault, qui décide de le suivre en direction d'une source occupée par les deux Arabes ; soleil et silence à peine troublé par le bruit de la source et des notes que l'un deux tire d'un roseau. Raymond, excité, cherche à provoquer « son » Arabe, mais Meursault l'oblige à lui remettre son revolver pour éviter le pire. Au moment où tout peut basculer, les Arabes se dérobent. Les deux amis retournent au cabanon, mais Meursault qui n'a pas envie d'entrer, repart sur la plage...

Des éléments d'accusation ont déjà pris forme : le port du revolver, la lettre, la décision de retourner vers la plage... qui conduisent au drame. Le texte est situé à un point stratégique de l'œuvre : la vie de Meursault va basculer à cause du meurtre de l'Arabe, c'est pourquoi ce passage est situé à la fin de la première partie.

Nous commencerons par étudier l'importance (grâce aux sensations, au vocabulaire et aux images) et le rôle du soleil, de la chaleur par rapport aux actions puis nous analyserons le comportement de Meursault à travers ses attitudes, ses mouvements, et sa propre analyse après le meurtre ce qui nous permettra d'en déduire la signification de cette page de la vie de Meursault.

Tout d'abord, on est dans un long récit où Meursault raconte comment des circonstances indépendantes de ses volontés l'ont amené au meurtre. Meursault est revenu vers la source parce qu'il avait trop chaud : en effet, il vit au niveau de son corps et donc au niveau de ses envies. Meursault a personnifié la chaleur pour souligner le fait que la chaleur était atroce : « son grand souffle chaud », « triomphait », « toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi. », « s'opposait », « s'appuyait », « respiration », « haletait ». (La mer est elle-même prise par la chaleur.) La personnification donne l'idée de quelque chose de vivant qui peut avoir une influence néfaste sur Meursault. La personnification peut être complétée par le terme « épée de lumière » comme il concerne l'armement. Il « hyperbolise » la chaleur : « air enflammé » pour montrer à quel point, le soleil le brûle.

D'autres images et hyperboles sont employées pour bien nous faire ressentir ce que ressent le personnage : « plage vibrante de soleil », « brûlure du soleil », « océan de métal bouillant », « la mer a charrié un souffle épais et ardent », « l'ivresse opaque qu'il me déversait », « le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu », on a quelque chose des Enfers, de l'Apocalypse, de fin du monde et une espèce de démesure. Le mélange du feu, qui symbolise les Enfers, et de l'eau, qui connote au déluge, appuie cette notion d'Apocalypse. L'expression hyperbolique « océan de métal bouillant » montre que l'eau aussi est touchée par cette chaleur infernale. L'espace perd ses points de repère : avec ce mélange chaleur-eau, on a l'impression que la mer et le ciel se confondent avec la chaleur alors qu'auparavant, avant de déjeuner, la mer le rafraîchissait.

Le personnage perd le sens de la vue : on a deux fois le verbe « devinait », ce qui montre que Meursault perd la perception de l'espace. De plus, on a l'impression que le temps est suspendu, or, lorsque l'on parle de fin du monde, le temps est bloqué : on a tout d'abord des expressions qui marquent un ralentissement du temps : « même soleil », « plus paresseux plus étal » puis on a des expressions qui marquent qu'il s'est arrêté complètement : l'expression « deux heures qu'elle avait jeté l'ancre », qui est paradoxale puisqu'on a une indication de temps (« deux heures ») ; l'expression « c'était le même éclatement (idée de violence et notion d'éclatement du temps et de l'espace) rouge (notion de feu, de chaleur) », qui marque un phénomène de répétition du temps : même scène qui se répétait mais en plus atroce pour le héros.

Etudions maintenant, comment réagit Meursault en face de ces éléments naturels qui écrasent le personnage. Dans un premier temps, il essaye de combattre la chaleur, on a une réaction de tension du personnage déjà exprimée par l'expression « son front se gonfle sous le soleil » qui est une réaction de défense. Seconde étape dans les sensations physiques avec le début de la perte de perception visuelle : lorsqu’il voit l'Arabe, il y a en même temps une perception et un espèce de voile qui la rend difficile. Tout est centralisé sur le visage, autour des yeux, et ainsi, on remarque beaucoup mieux la croissance de sa souffrance, de l'hostilité du monde.
Les expressions « au même instant » et « d'un coup » montrent qu'il perd d'un seul coup et complètement sa conscience. On retrouve les notions précédentes d'eau avec la sueur et de chaleur avec la sueur. Parallèlement, on a la restriction des perceptions du monde et une insistance sur l'attaque du regard (« ronger » ... « sel »). L'image de l'épée marque la confusion de Meursault entre l'agression des éléments naturels et celle du couteau. L'expression « la lumière a giclé » met en évidence un mélange eau et lumière que ressent le personnage : Le soleil prend le relais du couteau qui n'est pas encore agressif : l'Arabe n'a fait que de le sortir de sa poche. Finalement, cette confusion entre le couteau et le soleil marque que pour Meursault le soleil a pris la responsabilité du danger du couteau.

Mouvements du personnage, différentes étapes qui vont le conduire à tuer. Au début, on a des expressions n'exprimant pas d'objectif. Au moment où Meursault a vu le « type » de Raymond, il constate seulement qu'il était revenu par le fait du hasard. Il a été un peu surpris : il était venu là sans y penser. Normalement, rien n'aurait du se produire mais Meursault a une réaction naturelle d'auto-défense et l'Arabe est comme dans son imaginaire et Meursault a une conscience vague. L'expression « j'ai pensé » montre qu'il y a d'un côté la conscience de Meursault et de l'autre la plage qui l'entraîne à continuer d'avancer. On peut noter également qu'à cause de la chaleur, Meursault a une perception fausse de l'Arabe : « il avait l'air de rire », et ceci peut être perçu comme une provocation pour Meursault. L'expression « brûlure que je ne pouvais plus supporter » montre que c'est le climat et la chaleur qui a provoquée ce drame : Meursault fait les choses malgré lui. On peut voir que d'un côté, il avance sans le vouloir et que de l'autre l'Arabe l'agresse, ce qui présente Meursault en légitime défense.

Les gestes ultimes de Meursault, qui viennent après l'agression sauvage, mettent dans un climat de guerre. L'expression « la gâchette a cédée » confime que la responsabilité ne lui appartient pas. C'est à cause des éléments naturels qui le crispent, cet acte lui a échappé complètement. Une fois qu'il en a pris conscience, Meursault a l'impression de quelque chose d'immatériel, d'irréel. L'expression « alors tout a vacillé ... heureux » montre qu'avant tout était bien, qu'il avait une vie bien tranquille, il n'avait pas encore conscience de sa vie absurde, la notion de vacillement est reprise par l'expression « équilibre du jour et de la nuit » : Meursault s'était construit un petit bonheur. L'expression « quatre coups brefs sur la porte du malheur » nous fait penser à une annonce que le théâtre de la comédie humaine, se met en scène. Il y a comme une espèce de fatalité mais qui n'est pas artistique, qui a pris la forme du hasard. Meursault a une pulsion de mort envers sa mère.

Ce texte souligne à travers Meursault que le monde et les comportements n'ont pas de sens, c'est une illustration de l'absurde. Meursault va le révéler par son souci de sincérité. Camus dit à propos de Meursault qu' « il y a quelque chose en lui de positif et c'est son refus jusqu'à la mort de mentir »

                                             Etude de la plaidoirie de l'avocat (II, chapitre IV) : « L'après-midi ... j'étais trop fatigué. »

La plaidoirie de son avocat précède celle du procureur, qui a eu lieu le matin. La première phrase du chapitre suggère déjà une mise à distance, du fait que d'autres parlent de lui. Pour Meursault, les deux plaidoiries ne sont pas très différentes, les deux plaidoiries sont proches mais sont tranchées par l'avis du procureur, l'avocat général. On a l'impression qu'il se sent étranger à son procès (« taisez-vous ... je n'avais rien à dire »). Le procureur reconstitue toute la première partie du roman tente de démontrer que Meursault a prémédité ce crime et qu'il a tué en pleine connaissance de cause, son attitude envers sa mère prend le pas sur le crime lui-même : Meursault est un monstre moral qui représente un danger pour la société. Le procureur assimile son crime à celui du parricide jugé le lendemain, et il s'enhardit à avancer qu'on peut juger Meursault coupable de ce même crime. Fort de sa démonstration, il demande la tête de Meursault. Le président demande à l'accusé s'il a quelque chose à dire, et, pour la première fois, Meursault demande la parole, parce qu'il a « envie de parler ». Il dit qu'il n'a pas eu l'intention de tuer l'Arabe, et, conscient du ridicule de son affirmation, que c'est à cause du soleil sans mentionné que c'était quelque chose qui le dépasse : des rires se font entendre dans la salle.

I. La satyre sociale

1. Comédie sociale

« L'après-midi, les grands ventilateurs brassaient toujours l'air épais de la salle, et les petits éventails multicolores des jurés s'agitaient tous dans le même sens. », cette phrase dévalorise la scène : les jurés sont rapprochés ironiquement avec les ventilateurs, avec l'opposition « grands » et « petits ». L'adjectif « multicolores » fait penser à un caractère enfantin. Les éventails nous donnent une impression d'automatisme des jurés : « s'agitaient tous dans le même sens », et aussi l'idée que les jurés forment un groupe homogène ayant le même point de vue. De plus, on a l'impression que leur bien-être l'emporte sur la gravité de la situation. Ils ont une attitude critique sur l'accusé : ils représentent la société. « brassaient ... l'air » : on a l'impression que tout ça est superficiel et que c'est un peu du vent, que c'est une comédie, ceci est également apparent dans le sens où ceci intéresse assez peu Meursault et ceci apparaît aussi dans l'attitude des collègues de son avocat à la fin de sa plaidoirie : on a la même impression d'automatisme de la réaction : c'est dans leur habitude de venir féliciter l'avocat de l'accusé à la fin d'une longue plaidoirie, ils répondent à un rituel et disent des paroles convenues qui virent dans la caricature. Et cela a quelque chose de cruel pour Meursault que de lui demander son impression sur le discours de son avocat : on s'adresse à lui sans retenue comme si il n'était pas concerné par le jugement.

2. L'avocat et son discours

La remarque de Meursault (« beaucoup moins de talent ») souligne le caractère artificiel des félicitations. Meursault prend soin de citer de manière directe son discours, sinon il utilise le mode indirect. Son discours a quelque chose de pénible, en dehors du réel : « heures interminables ». L'avocat prétend dire la vérité : « Moi aussi ... ouvert » et son discours a des marques de prétention : « je me suis penché » et il a une position de supériorité comme si Meursault était un simple objet à analyser. On a une espèce de suffisance qui était déjà perceptible auparavant, l'avocat est quelqu'un de fier de son âme. En fait, l'avocat est dans le faux : l'expression « pour lui » signifie selon l'avocat et il modalise son discours : « finalement », le terme « vieille femme » au lieu de « maman », on est loin de l'idée du « fils modèle ». Ce qui est dit est vrai mais Meursault a ce comportement par habitude, ce qui fait que la plaidoirie ne correspond pas vraiment à la réalité : ce qui pourrait être défavorable à Meursault lui devient favorable, ceci vient infirmer que l'avocat n'a pas compris qui était Meursault. L'avocat rentre dans l'éloge de l'institution : il adopte le style du discours politique et le vocabulaire de l'institution. Pour Camus, c'est un système qui tourne à vide. Le procès est un procès envers quelqu'un qui ne veut pas rentrer dans la norme. L'avocat fait une grande éloquence de l'asile grâce à une phrase ampoulé : il emploie le système conditionnel, on a une emphase (une insistance par l'usage excessif de mots de vocabulaire pour appuyer une idée). A la fin du discours, l'avocat fait une péroraison, la péroraison est souvent un moment de bravoure des avocats : « s'écrier », il essaye de faire plaindre Meursault en attirant la pitié des jurés, au fond, il leur souffle l'attitude qu'il faut adopter. L'avocat utilise un vocabulaire d'expressions stéréotypes : « honnête homme », « travailleur régulier, infatigable, fidèle à la maison qui l'employait... » et il utilise une expression hyperbolique, cliché, qui est retrouvée souvent dans ce genre de discours : « remords éternel », ce vocabulaire caricature la péroraison. Cette satire est d'autant plus sensible parce qu'on a des expressions fleuries.

II. Meursault étranger à son propre procès

On insiste sur l'ennui de Meursault envers son procès, ce qui signifie que le fait qu'on parle de lui ne l'intéresse plus. Il ne s'y retrouve même plus puisque son avocat dit « je » pour Meursault à la place de« il ». Beaucoup d'expressions marquent le fait que le procès est étranger à lui : « j'étais très loin de cette salle d'audience » ; « j'ai été assailli des souvenirs d'une vie qui ne m'appartenait plus », il ne s'occupe plus de son ancienne vie ; « m'écarter encore de l'affaire », « me réduire à zéro » ; « se substituer à moi », en fait, la société lui substitue un autre moi qui est plus en harmonie avec la société, plus social, elle en fait quelqu'un qui rentre dans les normes, qui rentre dans leur shéma habituel, tout ce qui est dérangeant chez Meursault est gommé, ce qui le fait rentrer dans la norme est d'imaginer qu'il est pris de remords, le moi social est le moi accepté par tout le monde ; « c'est à peine si j'ai entendu mon avocat s'écrier », Meursault est écarté de son procès comme si on jugeait un autre Meursault, il est comme expulsé de lui-même. L'expression « eau incolore » marque que tout ce qui constituait son caractère est effacé, on peut faire un rapprochement avec « zéro » qui signifie l'absence et l'adjectif « incolore » qui signifie une absence de couleurs. Ce n'est plus le Meursault, meurtrier de l'Arabe, mais un Meursault présenté comme quelqu'un d'honnête. Il n'est jamais compris comme il l'était autrefois. Le vrai Meursault se sent estomper.

III. L'émotion et le lyrisme

« je me souviens seulement que [...] la trompette d'un marchand de glaces a résonné jusqu'à moi », « où j'avais touvé les plus pauvres et les plus tenaces de mes joies ... sommeil » : dans ces phrases, on ressent de l'émotion : Meursault exprime des sentiments personnels par rapport à une vie qui ne lui appartient plus. Ce souvenir de la plage est perçu comme lointain par Meursault (dans une vie antérieure, avant le meurtre) : le son vient de dehors : « jusqu'à », « à travers tout l'espace », espace relativement ample, la structure « pendant que ... -ait » a pour but de montrer que c'est un son qui met du temps à lui parvenir, la sonnette du marchand de glace symbolyse ses anciens souvenirs. Ici on retrouve la notion de vacillement et de bonheur dans le passé : joie simple mais qui reste tenace, là encore, Meursault nous évoque des sensations olfactives, auditives et visuelles (on a déjà vu que Meursault est un être fait de ces sensations). L'émotion est exprimée également par le participe passé « assailli ». L'expression « remonté a la gorge » est l'expression d'un sanglot ou d'une nausée devant l'absurde, devant ce monde qu'il ne comprend pas. L'avocat bâti un nouveau personnage de Meursault qui soit acceptable. En fait, Meursault a besoin de retrouver sa solitude dans sa cellule parce qu'au fond, c'est un homme qui depuis le départ était seul : lyrisme de Meursault ( = expression des sentiments personnels). Le rythme avec des phrases assez longues, qui sont plus longues que d'habitude avec des subordonnées, expriment cette lente remontée du souvenir. Meursault exprime sa libération de la parole : ici, on a une expression plus libre de ses sentiments.

En fait, Meursault fait l'expérience de l'absurde, qu'il n'est pas compris avec autrui, que le monde lui échappe : « eau incolore » : il n'a plus que des souvenirs. Déféré à la justice, Meursault, qui n'a pas conscience d'être un criminel, est un objet de scandale pour le procureur, pour les juges et même pour son avocat. Il leur apparaît comme étranger à leur univers, parce qu'il ignore les valeurs conventionnelles qui donnent un sens à leur propre vie. Plutôt que le meurtre, le procureur lui reproche d'avoir paru insensible à l'enterrement de sa mère, puis de s'être baigné et d'être allé au cinéma le lendemain : tous ces incidents sans lien sont interprétés comme la preuve qu'il n'a « rien d'humain » et n'est accessible à aucun des « principes moraux qui gardent le cœur des hommes ». On l'accuse d'avoir « enterré sa mère avec un cœur de criminel », et il est condamné à mort.

 

 

 

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