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  • THIERNO LY
  • Le blog de thierno ly
  • Homme
  • 09/02/1974
  • France Marseille 13001
  • littérature Poésie théâtre roman Education
  • ancien professeur de français au lycée cheikh Omar foutiyou tall de saint-louis du Sénégal. Actuellement en deuxième année de thèse SHS, Sciences de L'EDUCATION, mention Education et formation à L'université de Provence (Aix marseille I)
Jeudi 30 septembre 2010 4 30 /09 /Sep /2010 20:26

U.F.R Psychologie, Sciences de l'Education

Département Sciences de l'Education

Centre de Lambesc

 

FICHE DE LECTURE SUR

Morin, E. (2005). Introduction à la pensée complexe.

Morin, E. (2000). Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur.

Jodelet, D. Les représentations sociales.

Jorro. A. (2002). Professionnaliser le métier d'enseignant. ESF

 

PRESENTE PAR  LY THIERNO, MR2 Science de l'Education, mention Education formation

ANNEE UNIVERSITAIRE 2009-2010

 

SOMMAIRE

INTRODUCTION........................................................................................................................................................................1

I. LA DÉCOUVERTE DE L'OEUVRE : MORIN, E. (2005). La pensée complexe.Éditions du seuil, Réédition.....................1

A) QUELQUES NOTES SUR L'AUTEUR........................................................................................................................1

B) LA NOTION DE COMPLEXITE....................................................................................................................................2

1. Les difficultés de la connaissance humaine.........................................................................................................2

2. Qu'est-ce que la complexité?...............................................................................................................................3

3. L'axe paradigmatique de la complexité.................................................................................................................3

4. La dialogique de l'ordre et du désordre................................................................................................................4

5. La complexité du Sujet : entre son autonome et son action................................................................................5

6. La complexité comme unité et diversité...............................................................................................................6

C) LA NOTION DE THÉORIE SYSTÉMIQUE.................................................................................................................7

1. Le système ouvert................................................................................................................................................7

2. Information et organisation...................................................................................................................................7

a) La notion d'information................................................................................................................................7

b) La notion d'organisation..............................................................................................................................8

3. Le système auto-organisé....................................................................................................................................8

a) Méta et auto-organisation dans un système organisé................................................................................9

b) La notion d'auto-éco-organisation...............................................................................................................9

II. LA PENSEE COMPLEXE ET LES THEORIES D'APPRENTISSAGE.............................................................................10

III. LA DECOUVERTE DES AUTRES OEUVRES................................................................................................................11

1. Jodelet, D. (2003). Les représentations sociales. Paris : PUF;Collection sociologie.d'aujourd'hui, 7 éd texte....11

a) La représentation et le champ social.................;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;..........................................12

b) La représentation et l'éducation............................................;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;.......................14

c) La représentation et l'anthropologie.................;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;...........................................15

2. Jorro, A. (2002). Professionnaliser le métier d'enseignant. ESF........;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;......................16

a) Qu'est-ce la professionnalité..........................................;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;..............................16

b) Professionnalité et compétences..............................;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;....................................17

c) La professionnalité : «une logique d'action et un agir professionnel»...;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;......17

IV. LA MISE EN RELATION......................................................................................;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;............18

1. Synthèse de notre problématique de recherche.................................;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;.....................18

2. La complexité et la représentation des enseignants dits «émergents»...;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;................18

3. Approche sociale de la représentation des enseignants dits «émergent».....;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;..........20

4. La professionnalité et la représentation des enseignants dits «émergents»....;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;.......21

CONCLUSION..................................................................;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;:::..............................................................22

BIBLIOGRAPHIE …...........................................;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;...........................................................................23

  

INTRODUCTION

Ce travail est la synthèse de la lecture de quatre oeuvres principalement : Morin, E. (2005 & 2000), Jodelet, D. (2003) et Jorro, A. (2002). Il est structuré en quatre grandes parties : Ladécouverte de l'oeuvre de Morin, E. (2005 & 2000), la relation entre la pensée complexe et les théories d'apprentissage, la découverte des oeuvres de Jodelet, D. (2003) et de Jorro, A. (2002), et la

mise en relation de ces oeuvres avec notre problématique de recherche. Pour découvrir la pensée complexe nous essayerons de comprendre la notion de complexité à travers les difficultés de la connaissance humaine, la définition de la complexité; l'axe paradigmatique de la complexité, la relation de l'ordre et du désordre, la complexité d'un sujet entre l'autonomie et l'action, la complexité comme unité et diversité, et l'approche systémique. Il s'agira, ensuite, de les mettre en rapport avec les théories d'apprentissage. Nous tenterons aussi de comprendre la notion de représentation par le biais de Jodelet, D.(2003) en l'étudiant en rapport avec le champ social, éducatif, anthropologique, après avoir tenté de lui dégager une définition. De même, la notion de professionnalité sera analysée à travers l'oeuvre de Jorro, A. (2002); On commencera par essayer de trouver une définition de la professionnalité, le rapport entre professionnalité et compétences, et la professionnalité comme une logique et un agir professionnels. Enfin, la mise en relation consistera a montré l'apport de cette synthèse de lecture comme problématique épistémologique dans notre recherche qui sera investie dans la représentation et la professionnalité des Enseignants dits «émergents» au Sénégal, c'est-à-dire les volontaires, les vacataires et les contractuels de l'Education.

1. LA DÉCOUVERTE DE L'OEUVRE : Morin, E. (2005). La pensée complexe. Éditions du seuil, Réédition.

A) Quelques notes sur l'auteur

Sociologue et philosophe français, Edgar Morin, de son vrai nom Edgar Nahoum, est né le 08 Juillet 1921 à Paris. Fils unique d'un commerçant juif et orphelin de sa mère à 10 ans, il est licencié en histoire et géographie, et en droit. Durant l'invasion de la France il entre clandestinement dans la résistance comme lieutenant sous le pseudonyme de Morin qu'il a décidé de garder définitivement. A la libération, il publie l'an zéro de l'Allemagne consacré aux conditions d'existence du peuple allemand sous le magister d'Hitler et, fait des publications dans la revue Les lettres françaises. Exclu du parti communiste en 1949, il s'insurge contre la guerre d'Algérie avant d'entrer au CNRS grâce à Georges Friedmann. Il y conduit, en 1965 notamment, une étude pluridisciplinaire sur une commune en Bretagne publiée sous le nom de La Métamorphose de Plozevet en 1967. Il publie tour à tour L'Esprit du temps (1960), La Rumeur d'Orléans (1969) après avoir cofondé la revue Arguments en 1956. En 1969, il rencontre Jacques Monod, l'auteur du Hasard et La Nécessité? et construit les premiers rudiments de la pensée complexe et de ce quideviendra sa Méthode. Aujourd'hui, directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin exerce une forte influence sur la réflexion contemporaine, En outre, il a écrit plusieurs ouvrages qui reviennent sur son passé, dont Autocritique en 1959, Vidal et les siens sur son père en 1989 et Itinérance publié en 2006. Profondément athée, il considère le monothéisme comme un «fléau de l'humanité» et apprécie le Bouddhisme parce que c'est une religion sans dieu. Il définit sa façon de penser comme "co-constructiviste" en précisant : «c’est-à-dire que je parle de la collaboration du monde extérieur et de notre esprit pour construire la réalité».

B) LA NOTION DE COMPLEXITE

1. Les difficultés de la connaissance humaine

La connaissance est inhérente à «l'erreur, l'ignorance, l'aveuglement (...)» (Morin, E, 2005, p.15), pourtant le rationalisme occidental réfute l'idée que le monde n'est pas uniquement constitué de connaissances scientifiques, susceptibles d'être vérifiées par une démarche «empirique et logique», c'est-à-dire expérimentale. C'est justement, dans ce contexte épistémologique de vouloir tout expliquer et vérifier qu'il faut aller trouver l'explication à l'aveuglement de la connaissance, dès

lors que l'on s'avoue incapable de mouvoir l'idée dans un système organisationnel, théorique, voire idéologique. Ce qui implique, sans doute, une fausse perception de la connaissance assujettie à «l'usage dégradé de la raison» (Morin, E, 2005, p. 16). En vérité, ce que Morin appelle «la cécité de la connaissance», qui rejette l'idée que «toute connaissance comporte en elle le risque de l'erreur et de l'illusion» (Morin, E. (2000). p. 17) s'explique par la simplification du réel ou par l'ignorance de

«la complexité du réel» (Morin, E. 2005, p. 16); D'où, la nécessité d'organiser la connaissance en se fondant; selon Morin, sur la dualité : Disjonction/Unité. Il faut comprendre que, dans cette relation duelle, deux choses importent le plus : ce sont la sélection et le rejet de deux visions ambivalentes, dont l'une explique les phénomènes sur la base de «principes occultes» ou «super-logiques» (Morin, E. 2005, p.16), et l'autre, rejette systématiquement toute vision qui soit conçue en dehors de la

logique empirique. Ce point de vue renvoie à l'idée que la connaissance relève à la fois de données inexplicables et explicables. Moriu, E. (2005) pense que pour que la connaissance soit considérée comme telle, il faut éviter de réduire son objet à un jugement partiel qui ne tienne pas compte de la totalité des phénomènes, de le «disjoindre» en parties distinctes qui n'auraient, à priori, aucun lien. C'est de cette «disjonction», de cette simplification de l'objet de la connaissance qu'émane l'erreur de l'épistémologie occidentale rationaliste qui soutient l'idée que tout mode de pensée qui ne subit pas l'épuration de la raison, c'est-à-dire, ne disjoint, ni ne réduit, n'est pas source de connaissancevraie. On en arrive alors à réduire la complexité du réel à un mode de connaissance simplifié et parcellaire qu'il appelle «l'hyper - spécialisation». En réalité, cette simplification du réel ignore complètement la notion de complexité comme mode de connaissance, dès lors qu'elle semble incapable d'associer l'un au multiple. A défaut, elle les pose l'un par rapport à l'autre, ce qui n'est pas encore «l'unité» puisqu'elle les «dissocie» plus qu'elle ne les «associe». Sur le fond, cette disjonction des «objets de connaissance» (Morin, E. 2005, p.18) produit leur isolement, de sorte qu'on ne puisse plus les comprendre sous l'angle de la totalité ou de la globalité, mais sous celui de parties distinctes. Il faut donc concevoir la connaissance, non pas dans une vision simpliste, mais plutôt dans une dimension complexe. Or, la complexité suppose que l'objet de la connaissance soit conçu à la fois dans «sa micro et macro-dimension», c'est à dire partiellement et globalement enmême temps. Ce qui nécessite l'étude de la complexité.

2. Qu'est-ce que la complexité?

Dans l'approche morinienne, la complexité apparaît comme la nécessité de mettre de l'ordre dans tout ce qui semble distinct, séparé et dispersé, et qui, pourtant, est «inséparablement associé» (Morin, E. 2005, p.21). Il s'agit surtout de conjoindre, voire d'associer tous les «bouts» du tissu, que représente le monde, et qui sont éparpillés dans le désordre. En effet, «(…) la complexité se présente avec les traits inquiétants de fouillis, de l'inextricable, du désordre, de l'ambiguïté, de l'incertitude» (Morin, E. Op. Cit, p. 21). Nous pouvons dire que la pensée complexe est le lien de solidarité qui unit tous les phénomènes du monde qui relèvent aussi de «la complexité anthroposociale» (Op, Cit, p.22). C'est que la notion de complexité émergeait sous plusieurs concepts. Elle pouvait même être rapprochée de la dialectique hégelienne dès lors qu'elle «introduisait la contradiction et la transformation au coeur de l'identité» (Op. Cit, p.47). En vérité, elle pourrait être d'abord comprise comme un «phénomène quantitatif» où tout système vivant, même le plus simple, est fait d'une multitude d'unités interactives et interférées qui établissent des relations complexes. Il est aussi à noter que dans toute relation complexe il y a une part d'incertitude, même si, par ailleurs, elle intègre en son sein la combinaison de «l'ordre et du désordre». Elle consiste surtout à franchir le seuil de la complexité pour chercher à atteindre le plus en plus complexe. Ce qui veut dire que la complexité est un phénomène de complexification du système vivant auto-organisé, c'est-à-dire à la fois autonome et en interaction avec son environnement. Ce qui débouche surtout sur ce que Morin appelle, plus précisément, «l'hyper - complexité» qu'il faut envisager dans un contexte social. Pour cela, il paraît utile d'explorer le paradigme de la complexité que propose Morin.

3. L'axe paradigmatique de la complexité

Dans la conception Morinienne «le paradigme établit une relation, dite logique, entre des notions maîtresses, des notions clés, des principes clés (…) [qui] vont commander tous les propos qui obéissent inconsciemment à son empire» (Morin, E. 2005, p. 79). Le paradigme de la complexité serait donc la relation entre toutes les notions essentielles à établir ce qui est complexe. On ne peut plus donc envisager la complexité uniquement sous l'angle de la science, mais elle prospère aussi dans le domaine social; car l'individu, en tant qu'être singulier et autonome a aussi un rôle à jouer dans la société où se meuvent ses multiples identités et facettes qui ne sauraient être simplifiées. Cette complexité de la vie quotidienne qui s'ignore ou n'est pas tellement connue, laisse échapper sa personnalité, sa vraie identité pour mieux faire découvrir «le mensonge à soi-même» (Morin, E. 2005, p. 78). Il y a donc dans les sociétés une entreprise de complexification de l'individu qui se transforme constamment à travers son rôle social. Seulement, pour mieux comprendre la notion de complexité nous pourrions l'étudier par rapport au paradigme de la simplicité; Car, Elle se conçoit mieux dans une relation dialogique à la simplicité. Or, la simplicité relève du domaine des lois, des principes, des maximes, etc., qui permettent d'établir un «ordre» par opposition au «désordre». Fondamentalement, le paradigme de la simplicité s'établit par la disjonction («qui sépare ce qui est lié»), la réduction («qui unifie ce qui est divers»); Analysons, à présent, la relation dialogique ordre/désordre, telle que Morin la perçoit dans tout processus de complexification inhérente à tout connaissance.

4. La dialogique de l'ordre et du désordre

Ces deux concepts, à priori distincts, sont constitutifs de la vie à travers leurs interactions qui permettent l'organisation du monde. En réalité, en se fondant sur le principe du tourbillon qui serait un «ordre organisationnel» du «flux» et du «contre flux», on peut dire que l'organisation de l'univers pourrait se concevoir à partir «(…) d'un processus qui produit le désordre» (Morin, E, 2005, p.81). En termes simples, il faut se fonder sur le principe universel que la naissance (source de la vie) et la mort (terme de la vie), même antagoniques, sont nécessaires à expliquer la vie. Mais le fait le plus remarquable de cette relation c'est, partant de la théorie du «big-bang», que l'univers serait né de la «désintégration», donc d'un désordre, avant de s'organiser ou mettre de l'ordre. Or, il y a essentiellement de la complexité dans cette désintégration qui, forcément, a suscité une intégration ou, tout au moins, une organisation, voire un ordre, seul gage de maintenir la vie. C'est pourquoi, «la complexité de la relation ordre/désordre/organisation surgit donc quand on constate empiriquement que des phénomènes désordonnés sont nécessaires dans certaines conditions, dans certains cas, à la production des phénomènes organisés, lesquels contribuent à l'accroissement de l'ordre» (Morin, E. 2005, p. 85). Nous pourrions en déduire que la relation dialogique

ordre/désordre se développe dans un système organisé, nécessairement complexe. Par ailleurs, si on applique cette réflexion à la vie quotidienne ou à tout système vivant, il faut simplement s'en tenir à la formule suivante : «(...) si on vit de mort, on meurt de vie» (Morin, E, 2005, p. 85). Ce qui laisse penser que l'ordre et le désordre inter-agissent corrélativement pour organiser la vie et l'univers. Dès lors, la complexité ne se conçoit pas comme une simplification unidimensionnelle qui transcende toutes les contradictions internes au monde comme chez les métaphysiciens qui trouvent une vérité supérieure à «l'unité fondamentale» des choses. Par contre, «la complexité est là où l'on ne peut surmonter une contradiction, voire une tragédie» (Morin, E., 2005, p.86). Elle est donc inhérente à la contradiction, la dialogique qui n'accepte pas une tentative de synthèse supérieure comme dans la dialectique de Hegel, mais se caractérise par le dépassement des notions contradictoire. De ce point de vue, nous pouvons retenir que la complexité ne peut mieux s'affirmer que dans les systèmesauto-organisés1, comme les systèmes vivants qui permettent d'appréhender la notion du sujet autonome.

5. La complexité du Sujet : entre l'autonomie et l'action

Le sujet peut être considéré comme un individu autonome qui agit pour et par lui-même en se positionnant au centre de l'univers. De plus, par un processus de complexification, le sujetindividu-autonome se mêle au groupe ou à son environnement. En effet, dit Morin «notre égocentrisme peut se trouver englober dans une subjectivité communautaire plus large; Ainsi, la conception du sujet doit être complexe» (Morin, E; 2002, p.89). En fait, l'individu, pour autonome qu'il soit, ne peut échapper à l'emprise, si négligeable soit-elle, de sa communauté socio-culturelle; En tant que sujet, il est même parfois dépendant de celle-ci, puisse que : «être sujet, c'est être autonome, tout en étant dépendant» (Morin, E. , 2002, p. 89). Au fond, ce qui le caractérise c'est l'incertitude, c'est-à-dire, le caractère fugitif et éphémère de son autonomie. Car, celle-ci est

inséparable de sa culture et de sa société, notamment «d'un langage, une culture, , un savoir (...)» afin d'affirmer encore mieux son autonomie (Morin, E. , 2002, p. 89). Or, le propre de l'action ce sont l'incertitude, les aléas, les déviations, etc., qui la rendent de plus en plus complexe. Il faut noter que l'acteur cesse d'être maître de ses actions, dès qu'elles sont lancées, car elles échappent à son contrôle et se meuvent dans un processus de complexification. Nous comprenons par là que toute action s'ouvre à d'autres orientations, d'autres trajectoires qui ne sont pas forcément les premières intentions du sujet-individu qui a choisi d'agir en toute autonomie. Il doit donc affiner des stratégies dans l'action, car il sera amener à jaillir, à bifurquer, en prenant des décisions inattendues,incertaines, et aléatoires, mais fondamentales à la relation écologique qui transforme l'individu. C'est de là qu'émerge, selon Morin, une pensée complexe qui, contrairement à la simplification programmatique, trouve une stratégie qui aiderait à résoudre les problème. Par contre, toute solution trouvée n'est jamais définitive, elle appelle toujours un autre problème à résoudre qui incite à «(…) élaborer des solutions nouvelles» (Morin, E. 2002, p.111).

Il faut entendre par là qu'il y a une complexité humaine qui réside dans le fait que l'humain est considéré comme «un mélange d'autonomie, de liberté, d'hétérononie et je dirais même de possession par des forces occultes qui ne sont pas simplement celles de l'inconscient mises au jour par la psychanalyse. Voilà une des complexités proprement humaines» (Morin, E. 2005, p. 91). Le constat qui en découle c'est qu'il n' y a pas de théories complètes, y compris celle de la complexité qui serait différente de la notion de complétude. Car elle penche plutôt vers la solidarité, c'est-à-dire, «le caractère multidimensionnel de toute réalité» (Morin, E. 2005, p. 92), contrairement à la complétude qui réduit ce qui est divers et dissocie ce qui est lié à travers son caractère unidimensionnel. Il convient toutefois de noter que «l'aspiration à la complexité porte en elle l'aspiration à la complétude, puisqu'on sait que tout est solidaire et que tout est multidimensionnel» (Morin, E. 2005, p. 92). S'il est donc vrai que la complexité n'est pas la complétude, il reste qu'elle n'est pas la complication, même si celle-ci est un des aspects de la complexité (Morin, E. 2005)..La pensée complexe serait donc le fait de disjoindre et de conjoindre en même temps les phénomènes, individuellement et collectivement, dans un même élan de solidarité; Car, il ressort de la réflexion de Morin que la réduction de la pensée par «l'hyper-simplification qui rend aveugle la complexité du réel» est «une pathologie de la pensée» (Morin, E. 2005, p. 23). La complexité éloigne donc l'humanité de la pensée unique que Morin. qualifie de barbare, qu'il faut civiliser et humaniser, à la fois dans l'unité et la diversité.

6. La complexité comme unité et diversité

Il s'agit de voir la connaissance sous les traits de «l'unité simple» et de la diversité complexe. Bien entendu, il ne s'agit pas de concevoir l'une sans l'autre, encore moins de fondre la vérité de la science qui simplifie dans la complexité humaine qui différencie et diversifie, mais surtout, de les associer de sorte que la vérité de l'une et de l'autre soit intégrée. Ainsi, «il y a complexité lorsque sont inséparables les éléments différents constituant un tout (comme l'économique, le politique, lepsychologique,...) et formant un lien d'interdépendance, interaction et d'inter-rétroaction entre l'objet de la connaissance et son contexte, les parties et le tout; le tout et les parties entre elles. La complexité de ce fait est le lien en l'unité et la multiplicité» (Morin, E. 2000, p. 39). Or, pour dépasser les antagonismes, nés de la confrontation de l'un et du multiple, afin de construire un mode de pensée complexe qui serait le gage de toute vraie connaissance, il faudrait «(…) une réorganisation en chaîne de ce que nous entendons sous le concept de science. A vrai dire, un changement fondamental, une révolution paradigmatique nous sont apparus nécessaires et proches.»

(Morin, E. 2005, p.26). Morin se fonde sur deux démarches épistémologiques de la science; D'abord, la micro-physique qui intègre dans sa démarche la notion de connaissance aléatoire et, ensuite, la macro-physique qui associe et intègre tous les objets hétérogènes. Le constat qu'il tire de cet exemple c'est que le simple est un instant transitoire qui aboutit à la complexité de la connaissance qui se conçoit comme une combinaison de tout ce qui semble disjoint, différent et dispersé, car le complexe c'est «ce qui est tissé ensemble» (Morin,E. 2000). Ce qui nécessite une organisation qui n'est possible que dans une démarche systémique.

C) LA NOTION DE THÉORIE SYSTÉMIQUE

L'idée de système renvoie à «toute association combinatoire d'éléments différents» (Morin, E. 2005, p.28). Il s'agit de mettre ensemble tous les objets de connaissance qui sont considérés souvent comme dispersés et hétérogènes. Nous avons noté trois types de système :

✔ «Le systémisme fécond» qui se fonde sur un «principe de complexité» dont la base est la conjonction de tous les objets compartimentés et dispersés de la connaissance.

✔ «Le systémisme vague et plat» qui s'appuie sur des postulats pré-établis ou des idées préconçues et peu «opérantes».

✔ «Le systémisme analysis» qui est considéré comme unidimensionnel, car il se fonde sur un mode réducteur de la pensée qui dissocie, sépare et mutile la connaissance en transformant «le systémisme en son contraire, c'est-à-dire, comme le terme analysis l'indique, en opérations réductrices.» (Morin, E. 2005. p.28-29).

Il faut entendre par réduction le fait, selon Morin, de ramener la connaissance d'un tout à celle de ses parties. En outre, l'intérêt du systémisme c'est qu'«une unité complexe» ou un «tout» ne serait pas la somme de ses parties constitutives» (Morin, E. 2005, p.29). Pour l'exemple, ce qui fait la science ce n'est pas la somme des parties de la science comme la physique, la sociologie, etc., .Le systémisme se distingue aussi par son ambiguïté, et surtout, par sa transdisciplinarité qui ne conçoit plus la sciencecomme une unité simple de disciplines scientifiques, mais comme une unité complexe, faite par le couple «Association/Organisation» des phénomènes scientifiques; d'où l'idée qu'il permet d'ouvrir tout le champ du connaissable en un Système Ouvert.

1. LE SYSTEME OUVERT

Selon Morin, tout système qui dépend de l'extérieur, pour trouver son équilibre et sa stabilité, peut être considéré comme ouvert, à l'exemple des systèmes vivants. Ce qui est aussi paradoxal, c'est qu'en même temps que le système s'ouvre, il organise sa propre clôture par son besoin constant d'autonomie. Deux constats se dégagent de le notion de système ouvert, d'abord il faut noter que l'organisation des systèmes vivants est faite de «déséquilibre» ou de «dynamisme stabilisé», ensuite, qu'elle est constitutive de ce qui l'environne. En réalité, tout système ouvert est dépendant de son écologie, c'est-à-dire, de son environnement. Cette relation du système ouvert à l'environnement est dite «écosystémique» (Morin, E. 2005, p.32). Aussi, faut-il noter que l'interaction entre les systèmes ouverts et l'écosystème produit un méta-système qui permet de manière évolutive, de les dépasser par la production d'une information et la nécessité de l'organiser.

2. Information et organisation

a) La notion d'information

La première acception de l'information chez Morin a une relation communicationnelle, liée au phénomène de transmission et de réception d'un message. A ce sujet, il parle plutôt de télécommunication, car «le premier champ d'application [de l'information] fut son champ d'émergence : la télécommunication» (Morin, E. 2005, p.38). La deuxième acception a rapport à l'organisation, notamment dans le domaine de la cybernétique où la notion de «programme» permet de relier un message à un ordinateur. Une troisième acception a aussi émergé dans le domaine biologique où la possibilité de la reproduction d'une cellule est réalisable grâce à la «(…) duplication d'un matériel génétique ou ADN» (Morin, E. 2005. p.35). En réalisant ainsi un rapport de «l'information» à «l'organisation», voire à la «complexité biologique», Morin fait émerger une dimension scientifique de l'information, mais à une nuance près, qu'elle reste plutôt une «problématique» qu'une «solution». C'est pourquoi, pour qu'elle soit plus compréhensible et accessible, elle doit être élargie au concept d'organisation.

b) La notion d'organisation

l'organisation peut être comprise comme le prolongement développé du systémisme. En termes simples, elle contribuerait à diversifier, hiérarchiser, à conjoindre, et à complexifier les différents éléments distants et distincts qu'il est désormais possible, par l'approche systémique, de combiner. Dès lors, se dégagent deux notions clés : «l'organicisme» et «l'organisationnisme». La première se justifie par l'idée que l'organisme vivant est une unité complexe qui «obéit à

une organisation complexe et riche» (Morin, E. 2005, p.40). La deuxième s'efforce d'organiser (au sens de diversifier) et de faire évoluer les phénomènes de la connaissance. Cette nécessaire complémentarité entre ces deux concepts, pour donner un sens à «l'organisation», a fait émerger un autre concept clé «l'auto-organisation».

3. Le système auto-organise

La nécessité de comprendre le vivant a permis, sans doute, de dépasser la notion «d'organisation» pour faire jaillir celle de «l'auto-organisation» qui n'est rien d'autre que l'organisation vivante elle-même, même si le concept théoriquement reste encore approximatif.Seulement, il faut retenir que le propre de l'auto-organisation» est d'intégrer en son sein la notion de «désorganisation», si contradictoire que cela puisse paraître, et de «réorganisation». Partant du principe que le désordre que suscite «la désorganisation» ou «entropie» qui rend possible la complexification des phénomènes, Morin pense qu'un système vivant ne saurait se réduire à une unité simple ou simplifiée, voire unidimensionnelle. Il faut, par contre, «une logique de la complexité» (Morin. E, 2005) qui fait que le système auto-organisé rende l'objet de connaissance autonome, d'où le concept d' «auto». Ainsi, faut-il en déduire que «l'auto-organisation» est plus qu'une organisation, c'est une «méta-organisation».

a) Méta et auto-organisation dans un système organisé

Le méta et l'auto de l'organisation s'explique dans une dialogique où «le système autoorganisateur se détache de l'environnement et s'en distingue» (Morin, E. 2005, p.47) en même temps ; Car l'objet, en tant qu'individu autonome, est intimement intéressé par son environnement, voire son écologie. Cette nécessaire ouverture de «l'auto» ou de l'individu autonome vers l'extérieur induit une transformation du système auto-organisé en une méta-organisation qui rappelle le concept de «l'auto-éco-organisation».

b) La notion d'auto-éco-organisation

Il faut se fonder sur les principes «hologrammatique», dialogique, et récursif pour mieux comprendre le système «auto-éco-organisé», notamment la relation du tout et de la partie. Le principe hologrammatique rappelle une particularité de la relation métonymique, plus précisément la synecdoque où l'on représente le tout pour la partie ou la partie pour le tout. Mais selon Morin, cette relation est beaucoup plus complexe dans une vision hologrammatique où «le

moindre point de l'image de l'hologramme contient la quasi-totalité de l'information de l'objet représenté.» (Morin, E, 2005, p. 100). Le principe dialogique est une prise de conscience, née de l'idée qu'en toute chose, il faut accepter l'existence de son antagonisme contraire, car «le monde doit tendre à la symbiosophie», c'est-à-dire la sagesse de vivre ensemble (Morin, E, 2000, p. 84). En effet, le monde de la connaissance est fait de phénomènes contradictoires qui ne s'excluent pas mais se complètent. C'est pourquoi «le principe dialogique nous permet de maintenir la dualité au sein de l'unité. IL associe deux termes à la fois complémentaires et antagonistes» (Morin, E. , 2005, p. 99). le principe récursif organisationnel existe lorsque dans un processus de connaissance, on rompt le lien linéaire que toute cause produit un effet. Or, cette rupture n'est possible que par le fait qu'un effet devienne, par la même occasion, la cause d'un nouvel effet, ainsi de suite. La récursion suppose alors «(…) un processus où les produits et les effets sont en même temps causes et producteurs de ce qui les produit» (Morin, E., 2005, p.99-100). On voit donc que les idées hologrammatiques, dialogiques, récursives, établissent une

relation complexe, car «Le tout est dans la partie qui est dans le tout» (Morin, E, 2005, p. 101). Mais, dans ce contexte-là, cette relation est complexifiée davantage par le fait qu'un élément constitutif d'un ensemble soit une partie de celui-ci, à fortiori quand «le tout» est présent dans l'esprit humain. Ainsi faut-il retenir que «(…) non seulement la partie est dans le tout; Le tout à l'intérieur de la partie qui est à l'intérieur du tout! Cette complexité est autre chose que la confusion du tout est dans tout et réciproquement» (Morin, E, 2005, p. 117). Dès lors, l'auto-éco-organisation se fonde sur la relation complexe ordre/désordre (qu'on a étudiée plus haut), «dégénérescence/regénérescence», etc., de sorte qu'il y ait une réorganisation régulière de l'entreprise. Cela veut dire que dans toute organisation, notamment vivante, il faut accepter l'idée que les individus qui la font marcher, puissent nourrir des relations contradictoires mais nécessairement interdépendantes, car «Les rapports à l'intérieur d'une organisation d'une société, d'une entreprise sont complémentaires et antagonistes à la fois» (Morin, E, 2005, p.122). Mais, pour réussir cette cohabitation dans une entreprise entre la rigidité des règles (l'ordre) et l'autonomie des travailleurs (désordre), il faut ce que Morin appelle à juste titre : «des solidarités vécues». En somme la complexité apparaît, à travers son caractère multidimensionnel et inachevé, comme un mode de pensée actuel qui pourrait servir d'alternative au mode d'apprentissage savant et unidimensionnel, réducteur de toute connaissance parce que se fondant sur la logique rationnelle ou la rationalisation. Elle pourrait même être le mode de pensée, voire d'apprentissage dans lequel on pourrait retrouver comme dans un système, un certain nombre de théories d'apprentissage.

II. LA PENSÉE COMPLEXE ET LES THÉORIES D'APPRENTISSAGE

L'idée que l'apprentissage est possible grâce à un traitement de l'information développé surtout par Atkinson et Shiffrin (1968) qui comparent les processus internes ou mentaux, notamment le cerveau, à un ordinateur, n'est pas trop éloigné de la deuxième définition possible que Morin donne de l'information qui a un rapport à la cybernétique où la notion de «programme» permet de relier un message à un ordinateur. Or, ce qui est spécifique à l'apprentissage par le traitement de l'information

c'est que le cerveau qui traite l'information «le fait un peu comme un ordinateur» (Ladage, P- C (CFMLG, 2002/2003). En d'autres termes, dans le traitement de l'information comme modèle d'apprentissage, on voit que la notion de «programme» (Morin, E, 2005) est assimilable à celle des «mémoires» (Atkinson et Shiffrin 1968). Mais la théorie d'apprentissage la plus remarquable est celle qui se construit sur les approches systémiques. En fait l'apprentissage, scolaire par exemple, est un ensemble d'éléments combinés, comme le «design d'enseignement», les objectifs, les critères

d'évaluation, les contenus et leur élaboration, qui requiert une bonne organisation. A ce sujet, Les «neuf évènements d'enseignement» (Ladage, P- C (CFMLG, 2002/2003) : attirer l'attention, informer l'apprenant de l'objectif, stimuler le rappel des préalables, présenter le nouveau contenu, guider l'apprentissage, provoquer la performance, fournir la rétroaction sur la justesse, demander la performance et, favoriser la rétention et le rappel (Gagné, Briggs, et Wager, 1988)2 qui permettent

l'apprentissage en milieu scolaire par le traitement de l'information par un processus mental, nécessitent une organisation complexe qui permettrait de combiner tous ces éléments divers, mais fondamentaux au même apprentissage et à la même activité didactique. Ladage, P- C (CFMLG,2002/2003) dit que «lorsque ces théoriciens combinèrent ces deux champs d'expertise, le produit présenta un processus constitué d'un ensemble d'étapes connu sous le nom d'approche systémique pour le design d'enseignement et design systématique d'enseignement. Lequel fut utilisé constamment dans les années 1970 et 1980». Or, Morin a toujours soutenu l'idée que la connaissance, voire l'apprentissage est un phénomène complexe. C'est que l'apprentissage est un processus qui commence par «la mise en situation» et aboutit à la globalité, c'est-à-dire la relation

du tout et de la partie qui dépasse le simple contexte d'apprentissage, Car, il s'agit désormais de «(...) l'ensemble contenant des parties diverses qui lui [le contexte d'apprentissage]] sont liées de façon inter-rétroactive» (Morin, E, 2000, p.37). Si nous prenons l'exemple de l'apprentissage en milieu scolaire, nous pourrions dire que l'enseignant agit sur l'apprenant qui rétroagit sur l'enseignant. Par conséquent, l'apprentissage, tel que le conçoit Morin, n'est pas simple, (de l'enseignant à l'apprenant,

par exemple) mais rétroactif et complexe (de l'enseignant à l'apprenant, et de l'apprenant à l'enseignant). A cela s'ajoutent d'autres paramètres, liés à l'environnement, notamment socioculturel,qui peuvent influer sur l'apprentissage. On comprend donc que Morin serait contre l'idée de développer un apprentissage à partir d'une seule théorie : emprique, cognitiviste, et les différentes écoles qu'elles ont inspirées. Mais l'apprentissage serait la combinaison ou l'association de toutes les théories possibles dont le lien commun est l'inter-rétroactivité.

III. LA DECOUVERTE DES AUTRES OEUVRES

1. Jodelet, D. ( 2003). Les représentations sociales. Paris : PUF. Collection Sociologie d'aujourd'hui, 7 éd (texte imprimé)

Partant du principe que l'individu ne vit pas en dehors du champ social où il subit, soit directement, soit indirectement les interactions du monde aux plans culturel, politique, économique, bref écosystémique, nous pouvons comprendre sa représentation comme dépendante de son environnement. C'est dire qu'une représentation est conçue, voire fabriquée socialement; «C'est pourquoi, les représentations sont sociales et si importantes dans la vie courante. Elle nous guide dans la façon de nommer et définir ensemble les différents aspects de notre réalité de tous les jours, dans la façon de les interpréter, statuer sur eux et, le cas échéant, prendre une position à leur égard et la défendre» (Jodelet, D.2003, p. 47). Sur le fond, le comportement et l'identité d'un individu sont représentés, à partir de l'observation de la réalité disponible et visible qui juge et interprète les actions individuelles et, même parfois, collectives. Car la représentation peut être comprise comme un domaine qui s'inscrit «dans les cadres de pensée préexistants, (...)» (Jodelet, D. 2003), p. 51). Ainsi, les préjugés sociaux jouent un rôle capital dans la représentation de l'individu; On peut même aller jusqu'à identifier des individus à partir de concepts et de termes subjectifs, voire stigmatisants pour les représenter de manière spécifique et catégorielle. Pour Jodelet, en effet, les mots se forgent porteurs de représentation «(…) avec un pouvoir d'évocation tels qu'ils induisent (…) à adopter et

justifier des conduites de discriminations» (Jodelet, D. 2003, p. 51). Autre aspect important de la construction de la représentation, c'est la contribution des institutions et des médias, sources d'influences majeures sur le comportement individuel. Il faut retenir que «les instances et relais institutionnels, les réseaux de communication médiatiques ou informels interviennent dans leur élaboration, ouvrant la voie à des processus d'influence, voire de manipulation sociale – et nous verrons qu'il s'agit là de facteurs déterminants dans la construction représentative» (Jodelet, D. 2003, p. 52). Ce qui veut dire que la représentation a un lien avec l'environnement social du sujet représenté.

a. La représentation et le champ social

Jodelet se réfère au caractère complexe de la société pour livrer sa compréhension de la représentation. Elle s'appuie ainsi sur ce qu'elle appelle «les interactions sociales», c'est-à-dire, la relation ou l'association d'éléments divers et différents pour définir la représentation comme un système organisé de ces éléments divers «(…) sous l'espèce d'un savoir disant quelque chose sur l'état de la réalité» ( Jodelet, D. 2003, p. 53). Mais la représentation ne se limite pas à ce que l'on sait, mais aussi et surtout, à ce que l'on fait. Ainsi, l'action occupe-t-elle une place importante dans la représentation d'un individu, car l'ensemble des «éléments divers» organisés constituent une «totalité signifiante» qui donne sens au phénomène de la représentation. Au fond, l'image que l'on se fait d'un individu pour le représenter dépend de ce que Durkheim, E. (1895) appelait «l'idéalisation collective» et que Moscovici, S. (1961) a approfondi plus tard en parlant, non sans les nommer, d'interactions sociales entre «(…) les échanges et communications, le développement de la science, la pluralité et la mobilité sociale» (In Jodelet, D. 2003, p. 53). Dès lors, la représentation d'un individu relève de la perception que les autres ont de lui, et de l'image qu'il se fait de lui-même, à partir de son savoir et de ses actions dans la société. Ce qui peut lui lui permettre de se forger une identité, voire une personnalité qui, à un moment donné, le pousse à opérer les jaillissements et les bifurcations nécessaires à sa transformation. A ce sujet, la représentation est conçue comme un «système d'interprétation» qui intervient «(…) dans des processus aussi variés que la diffusion et l'assimilation des connaissances, le développement individuel et collectif, la définition des identités personnelles et sociales, l'expression des groupes et les transformations sociales» ( Jodelet, D. 2003 , p. 53). Cette réflexion amène à croire que la représentation est un phénomène complexe qui intègre et associe tous les éléments divers et isolés dans la société qu'il faut nécessairement organiser pour comprendre l'identité et la personnalité d'un individu. On y retrouve aussi la relation du sujet et de l'objet de la représentation. Seulement, il faut noter que Jodelet ne conçoit celle-ci que de manière linéaire et, non rétroactive, c'est-à-dire du sujet à l'objet,sans que l'objet ne puisse rétroagir sur le sujet. On peut dire que : «(...), représenter ou se représenter correspond à un acte de pensée par lequel un sujet se rapporte à un objet. (…) Il n' y a pas de représentation sans objet» ( Jodelet, D. 2003, p. 54). Il apparaît alors que la représentation a dans son développement un rapport à la complexité à travers son caractère vital et transversal (elle

concerne toutes les disciplines des sciences humaines). Si nous partons du principe qu'elle est à la fois un phénomène sociologique et psychologique (Moscovici, S. 1976, p. 39)3, nous pouvons penser qu'elle est plus un phénomène multidimensionnel qui associe des réalités plurielles. C'est pourquoi, cette notion doit être appréhendée «en articulant éléments affectifs, mentaux, et sociaux et en intégrant à côté de la cognition, du langage et de la communication, la prise en compte des rapports sociaux qui affectent les représentations et la réalité matérielle, sociale et idéelle sur laquelle elles ont à intervenir» ( Jodelet, D. 2003, p. 58). Il semble ainsi difficile de représenter ou de se représenter dans une perspective unidimensionnelle sans interactions avec l'environnement, notamment social. En d'autres termes, la représentation ne peut être mieux comprise que dans une totalité ou une globalité qui interagit avec une ou des parties de la représentation d'un individu qui cherche à trouver ou à se trouver une identité ou une personnalité. Ce serait ainsi réduire la représentation à un mode réducteur de la pensée, simple et «disjonctif». Il faut alors l'étudier sous l'angle de la complexité qui apparaît comme le moyen le plus efficace de donner un sens à la représentation. Aussi, « la richesse et la variété même des travaux inspirés par cette notion [de représentation] font qu'on hésiterait même à la faire évoluer par un réductionnisme qui privilégierait, par exemple, une approche exclusivement psychologique ou sociologique. Ce serait précisément enlever à la notion sa fonction d'articulation des différents systèmes explicatifs» ( Jodelet, D. 2003, p. 59). En regardant la question de la représentation comme un phénomène qui impulse et relève le «défi de la complexité» (Jodelet, D. 2003) elle lui donne une dimension de plus

en plus complexe. Cela veut dire que, dans sa représentation, le sujet combine et associe à la fois ses savoirs et son action, en tant qu'individu autonome certes, mais surtout en «inter - relation» avec le monde. On note qu'il n' y a pas de représentation achevée parce qu'elle demeure évolutive et métamorphique en fonction du comportement imprévisible du sujet représenté. Cette idée laisse penser que la représentation intègre en son sein plusieurs éléments de type social, psychologique, institutionnel, etc, Ce serait donc une mauvaise compréhension de la notion que de penser qu'il est possible de l'appréhender uniquement à partir d'un seul domaine. Il n'y aurait pas donc de représentation exclusivement sociale ou psychologique ou politique, ou encore...; Ce qu'il y a c'est la représentation, tout court, même si Jodelet pense que l'aspect social occupe une part importante dans la représentation. Ce qui est constant et remarquable dans sa démarche c'est que la

représentation ne saurait se soustraire au phénomène de la complexité, car elle ne peut «(…) se concevoir que dans une approche respectant la complexité des phénomènes et de la notion que doit se développer la théorie, même si cela paraît une gageure» ( Jodelet, D. 2003, p. 58). Il faut ainsi noter le caractère multidimensionnel de la notion de représentation qui implique, au moins, deux éléments fondamentaux : «un objet» (le quelque chose qu'on représente) et «un sujet» (le quelqu'un

qu'on représente) ( Jodelet, D. 2003). L'objet et le sujet, nécessaires donc à toute représentation suppose une relation faite de «symbolisation» et «d'interprétation» qui permettent au sujet de se construire une identité, une personnalité ou une image ; C'est dire que son savoir et son action sont déterminants dans sa propre représentation qui peut, par ailleurs, être modelée à partir de ses expériences acquises. Au fond, ce qui paraît prépondérant c'est la combinaison de tous les éléments susceptibles de donner à la représentation du sujet un sens. Sous ce rapport, Jodelet parle «d'inter - relations» là où Morin aurait sans doute parlé «d'interactions», beaucoup plus dynamiques et gages de transformations qui sont un des enjeux de la représentation d'un sujet. Nous remarquons alors que la représentation est aussi un phénomène lié à l'action et à l'environnement du sujet. Ces interactions entre le sujet et son environnement renvoient «(...) au statut épistémologique de la représentation.(...), son caractère pratique, c'est-à-dire orienté vers l'action et la gestion du rapport au monde» ( Jodelet, D. 2003, p. 69-70).

b. Représentation et éducation

L'analyse de Gilly, M. (In Jodelet, D.2003) sur les relations entre Représentation et Éducation vient corroborer l'idée que la représentation a des liens étroits avec l'apprentissage. En effet, «elle concerne aussi des niveaux d'analyse plus fins relatifs à la communication pédagogique au sein de la classe et à la construction de savoirs» (Gilly, M. In Jodelet, D. 2003, p. 384). Elle nous installe au coeur de l'action didactique où l'enseignant, en tant que sujet représenté, pourrait mettre en oeuvres ses compétences (ce qu'il sait) et ses performances (ce qu'il fait). Nous retrouvons donc deux notions dans la représentation d'un sujet en situation éducative : Le savoir et l'action. Autre notion que Gilly a introduite dans son approche des représentations dans le système scolaire, c'est les contradictions qui la caractérisent. Or, celles-ci se traduisent en confrontations qui vont du

simple au complexe. Nous retrouvons, par exemple, des relations contradictoires entre enseignants et enseignants, enseignants et apprenants, apprenants et apprenants, et même chacun d'entre-eux par rapport à l'institution scolaire. Ce que cherche à montrer Gilly c'est que la représentation en milieuscolaire peut-être source de transformations, positivement ou négativement, de stigmatisations, voire de conflits susceptibles de peser sur les apprentissages. il faut, pour cela, noter que «le champéducatif apparaît comme un champ privilégié pour voir comment se construisent, évoluent, et se transforment des représentations (…) On comprend alors pourquoi les systèmes de représentation sont faits de contradictions» (Gilly, M. In Jodelet, D. 2003, p. 384). Au delà, ce qui est remarquable c'est que la représentation relève souvent d'une vision subjective portée sur le sujet représenté car elle ne reflète généralement qu'un aspect de la réalité. En effet, «(…) la représentation n'est pas une image - reflet de la réalité scolaire» (Gilly, M. In Jodelet, D. 2003. p. 386). Il faut retenir que dans le système scolaire, par exemple, la représentation est liée à «un système autonome», nourri de contradictions d'ordre idéologique qu'il faut nécessairement dépasser comme dans un principe dialogique (Morin, E. 2005).

c. Représentation et anthropologie

Selon Dan Sperber, trois notions sont essentielles à la représentation : «la représentation elle-même, son contenu et son utilisateur (...)» (Sperber, D. In Jodelet, D. 2003, p. 137). C'est «l'inter - relation», voire l'interaction de ces trois éléments qui permet de représenter un sujet. Si c'est ce dernier qui est le propre constructeur de sa représentation, il faut parler de «représentation mentale». Et, lorsque la représentation est liée à l'environnement, elle établit ainsi entre le sujet et les autres une relation publique; Morin aurait parlé certainement d'une relation «écosystémique» qui permet au sujet représenté, en tant qu'individu autonome, de s'ouvrir aux autres. Or, l'un des principes essentiels à la représentation est «l'interprétation» qui suppose un regard, parfois objectif, parfois subjectif des autres. On dépasse ainsi le cadre d'une représentation simple vers une représentation de plus en plus complexe, voire une méta – représentation. Or, nous savons désormais, avec Sperber, qu' «une interprétation c'est la représentation d'une représentation par un autre en vertu d'une similarité de contenus. En ce sens, une représentation publique dont le contenu ressemble à une représentation mentale qu'elle sert à communiquer est une interprétation (...)» (Sperber, D.In Jodelet, D. 2003, p. 137). Ainsi, s'établit dans le processus de représentation une

relation de type complexe où l'interprétation du sujet représenté est multidimensionnel, en ce sens qu'elle est produite, à la fois, du sujet vers le public et, du public vers le sujet. Il faut aussi noter que l'interprétation donne parfois un caractère «ordinaire» à la représentation, dès lors que tout le monde peut représenter un objet (quelque chose) ou un sujet (quelqu'un) sans avoir une connaissance fine de ce qu'il représente. Si nous nous référons à l'exemple des enseignants, dits «émergents»4 nous avons émis l'hypothèse (à vérifier dans notre méthodologie de recherche) que leur représentation généralement subjective et négative est construite aussi par des enseignants dits «titulaires» ou «professionnels», les apprenants eux-mêmes, l'institution scolaire et, même dans certains cas, par les parents d'élèves ou de simples personnes sans rapport direct à l'école. Cela s'explique «(…) parce que l'interprétation procède d'une aptitude ordinaire et non d'une technique professionnelle» (Sperber, D.In Jodelet, D. 2003, p. 137). C'est justement ce qui confère à toute représentation un caractère subjectif. Nous pouvons même aller jusqu'à parler de «non-vérité», car «plus les interprétations [qui représentent un objet ou un sujet] sont générales, plus elles sont spéculatives, et moins elle sont fidèles aux représentations mentales ou publiques particulières dont elles font la synthèse» (Sperber, D. In Jodelet, D. 2003, p. 143). Aucune représentation selon lui, ne peut échapper à l'emprise d'une interprétation qui «(…) est au moins en pratique notre seul moyen de représenter le contenu des représentations» (Sperber, D.In Jodelet, D. 2003, p. 137). Mais ce qui est plus intéressant c'est quand Sperber défend l'idée que la représentation, la plus pertinente, est «interindividuelle», car on pourrait s'appuyer sur cette thèse pour montrer que la représentation de «l'enseignant émergent» au Sénégal ne trouve sa pertinence et sa valeur que par rapport à celle des autres enseignants dits «titulaires» ou «professionnels», dans une étude comparée, par exemple, de

leurs représentations. En définitive, nous avons retenu que la notion de représentation est difficile à définir parce que, si simple qu'elle puisse paraître, elle demeure complexe. Elle est à la fois individuelle (lorsque le sujet se représente lui-même), collective, voire interindividuelle (lorsque le sujet est représenté par les autres (par le public). Il faut dire qu'elle est multidimensionnelle, c'est-à-dire à la fois, sociale (Jodelet, D. 2003), anthropologique (Sperber, D. In Jodelet, D. 2003), éducative (Gilly, M. In Jodelet, D. 2003), systémique, cognitive, etc. Cette dimension cognitive, c'est Gilly (In, Jodelet,

D. 2003) qui l'a développée plus amplement en montrant ses liens à l'activité didactique et pédagogique.

2. JORRO, A. (2002). Professionnaliser le métier d'enseignant. ESF

a) QUELQUES NOTES SUR L'AUTEUR

Après avoir exercé le métier d'institutrice à Marseille, puis celui de formatrice en évaluation, Anne Jorro est actuellement maître de conférence à l'université de Rouen. Titulaire d'un doctorat en Sciences de l'éducation, elle a publié plusieurs articles sur l'évaluation en formation et en éducation ainsi que plusieurs ouvrages dont : L'enseignant et l'évaluation, des gestes évaluatifs en question (2000), Le lecteur interprète (1999),

b) Qu'est – ce que la professionnalité?

Elle suscite beaucoup de discussion dans l'évaluation de la compétence des enseignants. En effet, elle semble jouer un rôle fondamental dans la légitimation du métier d'enseignant. Lui trouver sans doute une définition spécifique et complète c'est s'investir dans une réflexion sans issue, mais il s'agit de l'appréhender «(…) à travers les compétences professionnelles» (Jorro, A, 2002, p. 7). Mais qu'entend - on par compétences professionnelles? Cette notion n'est pas encore suffisamment interrogée, il faut dire qu'elle se rapporte à un certain nombre de concepts, liés à «un savoir - faire»

tels que : être capable de, être habile à, être précis, etc. Toutes qualités qui se rapportent à l'action et à la pratique. De ce point de vue, la professionnalité devient une notion cruciale pour les enseignants, car «désormais, il leur faut comprendre leur pratique en termes de compétences professionnelles» (Jorro, A, 2002, p. 7). Elle requiert alors qu'on élucide la notion de compétences.

b. Professionnalité et compétences

Il y a sans doute un rapport étroit entre compétence et action, plus précisément à ce que l'on fait, c'est - à - dire la pratique. A ce sujet, Jorro note quatre types de rapport possibles entre la compétence et l'action :

✔ Le rapport à l'action qui constitue la mise en oeuvre pratique des connaissances.

✔ Le rapport à la «dimension cognitive» qui suppose la mobilisation des «ressources

intellectuelles du praticien» (Jorro, A, 2002, p. 9).

✔ Le rapport complexe entre les savoirs disciplinaires et ceux acquis dans la pratique qui

associent le savoir au savoir-faire pour définir la compétence.

✔ Le rapport à la validation des critères de compétence.

De ces types de relation peut découler un constat, celui par lequel «(…) les compétences sont un savoir d'action et de pratique (...)» (Jorro, A, 2002, p.8). Seulement il faut s'interroger sur le fait que la compétence ne suffit pas à expliquer la notion de professionnalité de l'enseignant. Il faut qu'au delà de ce qu'il sait ou sait-faire, l'enseignant puisse établir dans sa pratique une «relation éducative» qui se fonderait, non plus sur ses compétences en terme de savoir ou savoir- faire, mais en terme de gestes affectifs et présentiels; car il y a sans doute dans la professionnalité «(…) la question du climat de travail, des effets de la présence de l'enseignant auprès des élèves»(Jorro, A, 2002, p. 11).

c. La professionnalité : «une logique d'action et un agir professionnel»

La professionnalité pose un problème identitaire de l'enseignant qui souffrirait d'un manque de légitimité et de reconnaissance face «(…) aux transactions sociales qui fondent l'image du soi professionnel devant soi, devant les élèves, devant les autres collègues dans l'institution et, sur un plan plus général, dans la société» (Jorro, A, 2002, p.66). Sur le fond, deux visions s'opposent pour éclairer cette notion de professionnalité : «la logique d'action» et «l'agir professionnel» (Jorro, A,

2002). D'une part, «la logique d'action», qui confère à l'enseignant une personnalité, est une approche rationnelle de la notion de professionnalité qui structure «l'activité enseignante» dans sa fonctionnalité. D'autre part, «l'agir professionnel» consiste, non plus à programmer «l'activité enseignante», mais à l'inscrire dans «(...) la subjectivité émotive et affective (…)» (Jorro, A, 2002, p.77), qui commande le déroulement de l'activité didactique. Cette double approche de la professionnalité de l'enseignant rompt avec l'idée d'une «professionnalité héritée» (Jorro, 2002), qui serait, ce que l'enseignant aurait acquis dans sa formation initiale comme principe de base de la professionnalité. C'est dire donc que cette notion de professionnalité peut être comprise dans l'ordre du complexe et ne saurait se réduire à une logiquerationnelle qui ferait de l'enseignant professionnel celui qui tire sa légitimité de la «professionnalité héritée» d'une formation initiale certifiée que n'ont pas les autres enseignants, en l'occurrence les «vacataires» et les «contractuels». Ce qui veut dire que ceux-ci peuvent aussi légitimement revendiquer leur professionnalité par «l'agir professionnel». La professionnalité suppose aussi chez l'enseignant «(…) de partir de soi pour entamer avec le contexte dans lequel il se sent impliqué un dialogue singulier. Cette singularité agie, qui caractérise le style, révèle le rapport au monde du professionnel; rapport d'invention ou rapport de reproduction» (Jorro, A, 2002, p.81). On retiendra simplement de cette réflexion, que la professionnalité est inhérente à l'ouverture vers l'extérieur qui lui donne un caractère multidimensionnel et l'empêche d'être close ou réductrice. Il faut dire que Jorro pense que la professonnalité s'inscrit dans une «(…) perspective dialogique» (Jorro, A, 2002, p.112) au sens morinien du terme, car elle associerait à la fois : la programmation et la stratégie éthique et tactique dans l'activité didactique.

IV. LA MISE EN RELATION

Il s'agit dans cette partie de voir quelles sont les relations entre ces trois oeuvres : Morin, E (2005), Jodelet, D, (2003) et Jorro, A. (2002) et la problématique de notre recherche dans le cadre du mémoire de MR2 qu'auparavant nous essaierons de rappeler brièvement.

1. Synthèse de la problématique pratique de notre recherche

Le thème sur lequel porte l'objet de notre recherche est : La représentation, les compétences et la professionnalité des Enseignants dits «émergents» (vacataires et contractuels) dans les pratiques d'apprentissage. Mais Notre étude restera dans le cadre strict de l'école et de son environnement immédiat où s'affirment le mieux la représentation, les compétences et la professionnalité de l'enseignant dit «émergent», Nous avons alors posé l'hypothèse (que nous essayerons de vérifier dans la méthodologie de recherche) que l'idée que les enseignants dits «émergents» ne sont pas compétents ne serait pas fondée. Par conséquent, la mauvaise représentation que l'on fait d'eux serait subjective.

2. La complexité et la représentation des enseignants dits «émergents» au Sénégal

Si nous partons du principe, cher à Morin, que l'individu fait partie de la société qui fait partie de lui, nous pensons qu'il ne peut-être isolé de son environnement dans lequel il agit et s'exprime en interaction permanente avec les autres. Par conséquent, la représentation qu'il se fait de lui-même, si autonome qu'il paraisse en tant que sujet, dépend, in extenso, des interactions du monde qui l'environne. Car «Tout développement vraiment humain signifie développement conjoint des autonomies individuelles, des participations communautaires et du sentiment d'appartenance à l'espèce humaine» (Morin, E, 2000, 58). Dès lors, nous pourrions le constater, le développement ou la représentation de l'individu, qu'est l'enseignant dit «émergent» au Sénégal, ne saurait se concevoir en dehors du système à l'intérieur duquel il évolue, mais aussi sans le rapport aux autres. Ce qui pourrait découler de cette réflexion c'est que tous les possibles (idées, comportements, actions, etc,) sont envisageables dans l'interaction entre l'enseignant dit «émergent» et son «écologie», de même que dans son organisation5, En réalité, elle permettrait de s'appuyer sur les différentes catégories d'enseignants (ceux qu'on a appelés plus haut semi ou sous-professionnels et professionnels), non pas de manière séparée, mais en synergie, pour voir comment, en tant qu'enseignants dits «émergents», il est représente par rapport aux enseignants «titulaires». Car, il semblerait qu'ils vivent de profondes incertitudes et déstabilisations qui agiraient sur leurs comportements. Leur représentation déboucherait alors sur une forte stigmatisation qui pourrait les transformer, voire les renforcer. Il pourrait aussi arriver que, dans leur «inter-réactivité»6, leurs relations aux autres qui se dégradent ou se renforcent, se déstabilisent ou se stabilisent, les font

jaillir et bifurquer7 , bref les maintiennent dans des antagonismes, non pas figés, mais évolutifs et nécessaires à leurs propres représentations. Ces antagonismes ou contradictions qui rappellent le concept de «dialogique»8, au sens où ils demeurent et persistent dans la complexité; Il faut penser plutôt à l'émergence d'une pensée complexe qui repose sur «la conscience dialogique» (Morin, E. 2005) qui associerait, dans une même «inter-réactivité» des représentations des différentes catégories d'enseignants, aussi bien le fait de «s'entre-critiquer», de «s'auto - critiquer», que de «s'entre-comprendre»9 par «la conscience dialogique» (Morin, E. 2000, p.82). On pourrait même montrer que dans leur «inter-réactivité» les représentations des ces enseignants pourraient se manifester dans des postures corrélatives de complémentarité, de concurrence et d'antagonismes qui demeurent parfois persistants pour eux. D'où un aspect de l'approche systémique10 au sens où l'analyse de leur représentation se fonderait sur la théorie des comportements11 et se ferait donc dans la globalité, par rapport aux autres, sans les séparer individuellement. Car la représentation de l'enseignant «émergent» en tant qu'individu ne saurait échapper à la situation où «la conscience de notre humanité dans cette ère planétaire devrait nous conduire à une solidarité et une commisération réciproques de chacun à chacun, de tous à tous. L'éducation devra comprendre une éthique de la compréhension planétaire»(Morin, E.2000, p. 84-85). De ce fait l'enseignant dit «émergent», en tant que sujet de sa propre représentation et celle des autres, devient un produit social qui subit les influences de la culture, née de cette société, y compris du système qu'il a ou qui l'a produit, c'est-àdire l'institution scolaire.. C'est de là que, sans doute, seraient opérées les «bifurcations» nécessairesà sa transformation, notamment par un  processus de déconstruction et de reconstruction de sonidentité, son image, voire sa personnalité à travers son savoir et son  action. Ainsi, sa représentation ne pourrait échapper à l'écologie du système scolaire au Sénégal. Ce qui nécessite, pour cela, une organisation à la fois interne (par rapport à lui-même) et externe (par rapport aux autres). Ce qui

leur permettrait de jaillir profondément pour «mourir» et «renaître» afin de se faire une représentation qui ferait sens et leur donnerait leur place dans le système éducatif sénégalais. Ces enseignants auraient donc constamment avec l'environnement une interaction écologique, au moins à trois niveaux : l'action, les idées et l'esprit; C'est ce que Morin appelle «l'auto – éco -

organisation»; nous entrons là en plein dans la complexité des types de relations que l'«auto», qui serait ici désigné comme l'enseignant dit «émergent», peut avoir à organiser avec son écologie ou son environnement. Nous pourrions retenir trois relations possibles que l'enseignant pourrait avoir :La relation aux autres (écosystémique), la relation à l'action (par exemple didactique : ce qu'il fait), la relation à soi-même (l'autonomie). Nous pensons alors, à la lumière de la pensée morinienne, que

les représentations aideraient certainement à réguler, c'est -à-dire comprendre, certains dysfonctionnements du système éducatif au Sénégal à partir de leur représentation. Par ailleurs, du point de vue épistémologique, Morin a analysé la relation du sujet et de l'objet sous l'angle respectivement de «l'observateur» et de «l'observé», dans une démarche méthodologique où l'hypothèse, comme dans notre problématique de recherche consiste à vérifier la représentation des enseignants dits «émergents» à partir de prises de vue de leur activité didactique. Or, en ramenant cette démarche scientifique d'un sujet qui observe et d'un objet observé à notre problématique de recherche nous pourrons retenir que : «(...) il n' y a d'objet que par rapport à un sujet (qui observe, isole, définit, pense), et il n' y a de sujet que par rapport à un environnement

objectif ([l'institution scolaire, par exemple] qui lui permet de se reconnaître, se définir, se penser,

etc., mais d'exister» (Morin, E; 2005, p. 56-57).

3. Approche sociale de la représentation des enseignants dits «émergents»

Jodelet, D. (2003) a analysé la représentation comme étant un phénomène, sinon exclusivement, au moins essentiellement social. C'est pourquoi, nous nous appuyons sur sa théorie (que nous avons essayée de développer dans la partie qui lui est consacrée) pour soutenir l'idée que l'enseignant vacataire ou contractuel, dit «émergent» au Sénégal, ne peut se représenter ou être représenté qu'en interaction constante avec la société. En effet, il ne peut échapper, même si son action reste scolaire, à son environnement social. C'est justement, ceux qui sont en dehors du système scolaire qui juge le plus souvent l'activité didactique de l'enseignant dit «émergent» au Sénégal, avec une certaine influence pesante sur l'institution scolaire qui tient souvent compte, même subjectivement, de la représentation qu'ils font de cette catégorie d'enseignants, quand bien

même elle regorge une grande part de non-vérité. Et pour les représenter des termes émergent, catégoriels et «porteurs» de «(...) conduites de discriminations» (Jodelet, D. 2003), prompts, de manière généralement subjective à les stigmatiser et les catégoriser de sorte qu'ils adoptent une attitude récursive. Nous avons, à titre d'illustration, relevé dans le langage, commun à tous au Sénégal pour désigner ces enseignants, quelques termes ou expressions de cette nature : «corps émergents», «ailes de dinde», «non immatriculés» (NI), etc.. aussi, en soutenant l'idée qu'une représentation dépend de la perception que les autres ont du sujet représenté, Jodelet vient corroborer théoriquement l'idée que la représentation de l'enseignant dit «émergent» se justifie dans son rapport, parfois heurté, entre lui et les autres que sont les enseignants dits «titulaires», L'institution scolaire et, même parfois, les apprenants. En relevant deux éléments essentiels à la représentation : le savoir et L'action (Jodelet, D,2003), nous constatons que deux paramètres permettraient de justifier la représentation de l'enseignant «émergent» : la compétence (ce qu'il sait, et ses performances (ce qu'il fait). C'est pourquoi «(…) la réalisation des tâches intellectuelles» (Jodelet, D, 2003) jouera un rôle important dans leur représentation. Gilly, M. (In Jodelet, D. 2003) a réussi à faire le rapport entre la représentation et la relation pédagogique, à la stratégie donc mise en place par l'enseignant dit «émergent» pour réussir son activité didactique. A ce propos, il relève deux types de rapport d'ordre cognitif et «inter- relationnel» entre l'enseignant et les apprenants. Or, cette idée correspond à celle, que nous avons envisagé de développer dans notre problématique théorique, selon laquelle la représentation relèverait plus du domaine de la compétence et de la performance du sujet représenté que de sa formation initiale . Mais ce qui est plus remarquable c'est la deuxième relation que relève Gilly qui a trait à l'interaction ou l'inter - relation entre l'enseignant et les apprenants, qui dépend plus de ses qualités intrinsèques, - qui ne sont pas un savoir théorique mais pratique, strictement relationnel, - que de formation pédagogique initiale. Il ne faut pas oublier aussi les influences de l'institution scolaire sur la représentation des enseignants émergents;.Du point de vue épistémologique, en pensant que les représentations traitent «(…) d'une matière concrète, directement observable, même si l'organisation latente de ces éléments fait l'objet de reconstruction de la part du chercheur» (Jodelet, D, 2003, p.72), elle justifie notre choix méthodologique d'observer et de filmer ces enseignants dans leurs activités didactiques pour étudier leur représentations. .

4. La professionnalité et la représentation des enseignants dits «émergents»

En montrant dans sa réflexion que la professionnalité d'un enseignant n'est pas exclusivement dépendante d'une «professionnalité héritée», Jorro, A (2002) rejète une idée reçue qui serait à l'origine au Sénégal d'une représentation subjective des enseignants dits «émergents». On voit par là que la compétence professionnelle est liée au savoir et à l'action de l'enseignant qui serait indépendante de sa formation initiale certifiée par un diplôme professionnel. Par conséquent, ces enseignants dits «émergents» pourraient être considérés comme professionnels à partir de ce qu'il a appelé «l'agir professionnel» (que nous avons développé précédemment). En effet, l'expérience pratique n'est pas acquise en dehors de l'activité didactique qui demande aussi, au - delà de la «logique professionnelle», que l'enseignant puisse établir avec les apprenants une relation affective qui faciliterait l'apprentissage par une relation de confiance. Ainsi, Jorro stipule que la professionnalité de l'enseignant dépend essentiellement de sa capacité à transformer «un programme» institué en stratégies en fonction des incertitudes et du hasard qui caractérisent toute activité didactique. Or, une stratégie n'est pas acquise d'avance on l'élabore en fonction des aléas d'une activité didactique. Et, cette marque de la professionnalité on ne l'hérite pas. Car une activité didactique est souvent ponctuée de «(...) situations inattendues» et «d'imprévisibilités» à partir desquelles se construisent des stratégies de tout apprentissage.

CONCLUSION

En somme, Morin, E (2005) nous a permis de comprendre que l'organisation du monde n'est pas simple, mais complexe, qu'un mode de connaissance doit se complexifier pour éviter sa propre clôture qui tue, voire mutile la pensée. Le fait le plus remarquable c'est l'approche systémique où il a révélé, à travers les systèmes d'organisation, d'auto-organisation, d'auto-éco-organisation, comment on peut arriver à dépasser, par l'ouverture de la pensée, toutes les contradictions qui jalonnent le monde (la dialogique), contrairement à Hégel qui propose une synthèse supérieure à toute contradiction (la dialectique). Jodelet, D (2003) a montré que la représentation est, d'abord et avant tout, un phénomène social fait d'inter-relations et d'inter-individualité, voire d'interactions entre les individus vivant dansla même société. Gilly, M. (In Jodelet, D. 2003) a montré le fait que la représentation avait une relation à l'école au-delà de son caractère éminemment social. C'est Sperber, D (In Jodelet, D. 2003) qui nous donnera la dimension anthropologique de la représentation en évoquant le principe que la représentation est faite par tous, par le jeu de l'interprétation qui lui donne une part grande desubjectivité et de non-vérité; C'est Jorro, A. (2002) qui a clarifié la notion de professionnalité qui repose, selon elle, sur «la logique professionnelle» et «l'agir professionnel». En fait, elle a montré que la professionnalité n'est pas seulement liée à l'action didactique programmée mais à une relation stratégique et tactique élaborée par l'enseignant en fonction des incertitudes rencontrées dans l'action didactique quidépend, en outre, de la relation affective et émotionnelle qu'il avait établie avec les apprenants.

 

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Par THIERNO LY
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Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /Juin /2009 20:32

 

 

 

 

 

 

 

 

L’EMANCIPATION DE LA FEMME :

 

LE CAS D’UNE SI LONGUE LETTRE DE MARIAMA BA

 

MERCREDI 26 AVRIL 2006

 

QUAI DES ARTS – SAINT-LOUIS

 

Présenté par Thierno Ly Professeur de Lettres modernes

Lycée Cheikh Omar Foutiyou Tall – Saint-Louis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

Il y a deux ans, la cellule pédagogique du CEM André Peytavin m’avait demandé de porter une réflexion critique sur Une si longue lettre de Mariâma Bâ. J’avais alors dit toute ma peine d’avoir trouvé une brèche, même subjective, dans cette œuvre admirablement et inéluctablement engagée pour la défense des droits élémentaires de la femme, pendant longtemps bafoués. Aujourd’hui, il me revient de porter une analyse sur un thème aussi important et récurrent dans une si longue lettre, c’est-à-dire l’émancipation de la femme. Pour cela, je voudrais d’abord vous dire que je n’ai pas la prétention de vous présenter un travail exhaustif, mais il s’agit surtout pour moi, avec humilité, de poser des jalons d’une réflexion qui aurait, peut-être, le mérite d’avoir ouvert des axes d’analyse, voire de recherche. Ainsi, ma démarche s’articulera autour de la définition de l’émancipation de la femme, son origine et sa sémantique, et de ses manifestations dans la relation épistolaire de Ramatoulaye à Aïssatou. Il s’agira surtout de s’interroger sur les réactions psychologiques de la femme par rapport à la situation politique et sociale qui l’environne ; ses rapports aux hommes auxquels la société a conféré des pouvoirs démesurés qui les mettent socialement au-dessus de la femme. Mais permettez-moi d’abord de m’attarder, un peu, sur la sémantique de l’émancipation de la femme.

 

I.                   LA SEMANTIQUE DE L’EMANCIPATION DE LA FEMME

 

L’émancipation, pour peu qu’on essaye de lui trouver une définition, peut être mise en rapport avec le féminisme auquel elle est étroitement liée ; car tout au début de la prise de la parole par la femme, il y avait d’abord le féminisme.

1. Essai de définition

Le féminisme est, d’abord et avant tout, un mouvement idéologique progressiste, conceptualisé au 19ème siècle par Fourier et Alexandre Dumas fils, et soutenu par les partis marxistes et socialistes. Léon Abensour le définit au 20ème siècle comme un « cas d’aspiration collective vers l’égalité »1. Néanmoins, cette aspiration collective des femmes ne trouve son aboutissement que dans leurs rapports aux hommes, qui se fondent sur la dualité : Egalité et différence des sexes, qu’elles tentent de transcender dans le domaine surtout économique. A ce propos Geneviève Fraisse pense :

« S’il y a égalité de principes juridique et politique, il existe aussi dans le discours féministe une réflexion sur la pertinence de cette notion, eu égard à la différence des sexes »2.

Or dans une si longue lettre, même si le problème du féminisme – je veux dire l’émancipation de la femme – ne se pose pas par l’affrontement des sexes, il reste vrai que la quintessence thématique de l’œuvre, la vraie raison des échanges épistolaires entre Ramatoulaye et Aïssatou apparaissent sous l’angle des rapports heurtés entre les personnages féminins et masculins : Ramatoulaye et Modou, Aïssatou et Mawdo, Jacqueline et Samba Diack. En effet, la narratrice explique.

« Mon drame survient trois ans après le tien.[…] le drame prit racine en Modou même, mon mari ». (p.54.Chap.13)

On pourrait aussi mieux comprendre l’émancipation de la femme à travers l’évolution du mouvement féministe.

2. Evolution du mouvement féministe 

Déjà au 17ème siècle, le militantisme féminin commençait à se développer, avec le cercle des « femmes savantes » qui, selon Jacqueline Aubenas :

« […] du fond de leur ruelle, en compagnie de quelques beaux esprits, posaient les principes de l’égalité des sexes, des droits à l’instruction et aux plaisirs »3.

Un pas majeur venait d’être franchi, dans une société encore conservatrice, en faveur de l’émancipation de la femme par l’affirmation de ses droits les plus élémentaires, même si la notion d’égalité ou de parité n’est pas encore prononcée.

Au 18ème siècle, plus précisément lors de la révolution française de 1789, des femmes firent pression sur le roi, et rédigèrent avec Olympe de Gourges Les droits de la femme et de la citoyenneté en 17 articles.

A partir du 19ème siècle, notamment en 1830, le Saint-simonisme (4) reprend à son compte toutes les aspirations de la femme, c’est-à-dire, « l’égalité juridique et politique […], la promotion économique, la justice sociale, […] ».

Cependant les interrogations des femmes sur leurs relations aux hommes prennent surtout forme au 20ème siècle avec les écrits inédits de Simone de Beauvoir et de Betty Friedan, qui favorisèrent la résurgence du mouvement féministe après plusieurs années de mutisme.

Ces mêmes droits sont subrepticement repris dans Une si longue lettre, dès lors qu’il apparaît dans le discours de Ramatoulaye une nette volonté de s’émanciper de la tutelle de Modou, à défaut de rompre. C’est donc une prise de conscience, une nécessité de s’affirmer et de prendre la parole après dit-elle « trente années de silence ». Rappelons-nous ces quelques mots qu’Aïssatou adresse à Mawdo, son mari :

« […] le règlement intérieur de la société avec ses clivages insensés. Je ne m’y soumettrai point » (p.50, chap.12).

Cette révolte qui couve en elle, est bien la même qui lacère son amie et, qui la pousse à une position « avant gardiste » en faveur de l’émancipation de la femme. En effet, le rejet implicite de la tradition polygamique traduit son aspiration et ses velléités d’arriver à un progrès social qui dépasserait certaines considérations stéréotypées de la société sénégalaise, qui donnent des raisons à l’homme d’assujettir la femme.

Ce qui revient à dire que l’émancipation de la femme, quoiqu’on en pense, se fonde d’abord et avant tout, sur la dualité : femme / homme. Voyons à présent comment Mariâma Bâ la traduit dans son œuvre.

 

II.                L’EMANCIPATION DE LA FEMME DANS UNE SI LONGUE LETTRE

Comme Aimé Césaire le suggérait à propos du nègre, on peut dire que la femme se découvre femme au comble de l’humiliation et de l’assujettissement. En effet, dans Une si longue lettre, Mariâma Bâ, aurait-elle pris conscience de sa situation, si Modou ne l’avait pas humiliée en se mariant avec l’amie de sa propre fille ? Aurait-elle répondu par cette si longue correspondance où elle tente de noyer sa douleur, à Aïssatou qui, elle aussi, avait fini de lui confier la sienne ? Pourquoi avait-elle rappelé à Aïssatou l’histoire de Jacqueline ?

Autant d’interrogations dont les réponses se trouvent dans l’expérience commune de ces trois personnages féminins qui partagent la même humiliation dans l’œuvre. C’est donc le début d’une prise de conscience et de la parole : « cette fois, je parlerai », dit Ramatoulaye (p.85, chap.18). Une parole qui devient incisive, virulente et acerbe, et qui accuse les hommes sans complaisance. La narratrice explique comment elle se défend face à trois notables : Tamsir, Mawdo et l’Imam de la mosquée ; elle affirme :

« Ma voix connaît trente années de silence, trente années de brimades. Elle éclate violente, tantôt sarcastique, tantôt méprisante » (p.85, chap.18) ; plus loin, elle ajoute : « je prends ainsi ma revanche sur un autre jour (…) » (p.86, chap.18)

Oui ! Mais quel autre jour ! C’est celui où ces mêmes hommes, aux déclarations pleines de « fatuité », étaient venus lui annoncer ostentatoirement l’humiliation que Modou lui avait infligée. Il faut dire que l’émancipation de la femme se traduit dans le texte de Mariâma Bâ par un besoin de se libérer du joug masculin. L’image et l’idée de la femme -  objet, que les hommes ont entretenues naturellement, deviennent caduques. En réalité pour Mariama Ba :

« La femme ne doit plus être l’accessoire qui orne, l’objet que l’on déplace, (…) » (p.90, chap.19).

C’est une invitation, non seulement à une évolution des mentalités, mais aussi une injonction faite aux femmes, pour qu’elles sortent de leur mutisme, de leur passivité, en s’engageant résolument dans le  combat de l’émancipation. En fait, les exemples de Ramatoulaye, Aïssatou et Jacqueline ne sont que de simples subterfuges pour dénoncer « (…) le cas de bien d’autres femmes, méprisées, reléguées, ou échangées, dont on s’est séparé comme d’un boubou usé ou démodé » (p.62, chap.14).

C’est parce qu’elle a compris que l’homme,  pour mieux garder son ascendance sur le femme, n’a jamais et ne cessera jamais de la négliger. Il incombe donc à Mariama Bâ de prendre la parole et de la transmettre aux autres femmes privées d’opinion et de liberté, elle dit à juste titre :

« Je mesure, aux regards étonnées, la minceur de la liberté accordée à la femme » (p.76, chap.16).

Ainsi les femmes n’ont d’autres alternatives que de se regrouper en association pour former des groupes de pression. N’est-ce pas ce que préconise Daba quand elle dit :

« Je préfère mon association (…)où nous sommes utilisées selon nos compétences dans nos manifestations et organisations qui vont dans le sens de la promotion de la femme » ( p.108, chp.22).

Sous le même registre, la narratrice note :

«  Les irréversibles courants de libération de la femme qui fouettent le monde ne me laissent pas indifférente. Cet ébranlement qui viole tous les domaines, révèle et illustre nos capacités » (p.129, cap 28)

Elle s’inscrit dés lors dans une logique de confrontation, car l’émancipation signifie finalement libération, voire liberté totale, notamment lorsqu’elle affirme que » chaque femme fait de sa vie ce qu’elle souhaite »( .128, chap.27 ). L’émancipation passe alors d’une simple prise de conscience et de la parole à un véritable engagement, c’est-à-dire, l’affirmation de soi ou la conquête de nouveaux espaces.

III. L’affirmation de Soi ou La conquête de nouveaux espaces :    De L’émulation à la substitution à l’homme

La prise de conscience n’a d’impact que lorsqu’elle débouche sur l’action, l’engagement. L’émancipation procède justement de cela, de cette capacité de la femme à dire non, à porter un regard critique sur son environnement, et à aller vers la conquête des espaces nouveaux, autres que la maison. La femme, dans l’approche de Mariama Bâ doit émuler, même s’il faut quelle se substitue à l’homme dans certaines tâches.

 

  1. Le Besoin d’émulation : la conquête de l’espace politique

Sous représentée, la femme doit reconquérir, pour s’affirmer, certains espaces comme l’espace politique. Or, si dans la République, Platon définissait la politique comme l’art de bien gérer la cité, la femme a donc besoin de s’engager dans l’espace politique pour se faire une bonne place dans la cité. C’est ce que la narratrice a compris en disant à propos de la sous représentation des femmes à l’assemblée nationale :

« Quatre femmes, Daouda, quatre sur une centaine de députés. Quelle dérisoire proportion ! Même pas une représentation régionale » (p.88, chap.19).

Elle annonce, sans l’affirmer, ce qu’aujourd’hui on appelle la parité dans l’espace politique. Qui plus est, elle incite les autres femmes à l’émulation et à l’élitisme dans une société, encore conservatrice, où elles sont obligées de conquérir et de gagner leur place. En vérité, seules leurs compétences et leur valeur peuvent les hisser au sommet de la hiérarchie sociale. Hélas ! Le constat est que la femme au début des années 80 ne milite pas encore massivement pour sa promotion politique. Et Mariama Bâ de s’interroger :

« Presque vingt ans d’indépendance ! À quand la première femme ministre associée aux décisions qui orientent le devenir de notre pays ? Et cependant le militantisme et la capacité des femmes, leur engagement  désintéressé ne sont plus à démontrer. La femme a hissé plus d’un homme au pouvoir » (pp.86-90, chap.19).

Même si l’action politique est un pari redoutable pour la femme, elle doit s’y engager au nom de sa propre formation et éducation. Dans Une si longue lettre, le pari de Mariâma Bâ n’est pas de bousculer les hommes mais d’arriver à introduire la femme dans un espace où elle est jugée « (…) non en fonction du sexe, mais des critères de valeur » (p.90,chap.19). Or, cette ambition n’est réalisable que dans le recul de l’hégémonie politique des hommes auxquels les femmes devront essayer de se substituer, au moins dans l’espace social.

2- LE DEVOIR DE SUBSTITUTION : la conquête de l’espace social

L’importance et la puissance de la femme ne peuvent être mesurées qu’à l’échelle sociale ; c’est surtout dans la gestion de la famille qu’elle peut commencer à s’émanciper de la tutelle de l’homme que les traditions africaines ont intronisé en chef de famille. Il se pose ainsi la question de la limite des prérogatives de la femme dans la famille, considérée comme un maillon essentiel de la société. En effet, son rôle s’est limité, pendant longtemps, à des tâches ménagères, dites secondaires. Actuellement, elle tend à une prise en main de plusieurs charges qui étaient du ressort de l’homme. C’est pourquoi Ramatoulaye, humiliée et abandonnée, se substitue à Modou et lui prend sa place dans sa famille. N’est-ce pas là une belle conquête d’un espace social : la famille, rendue, certes, possible par la force des évènements, mais par l’aspiration à une indépendance intellectuelle et matérielle. Elle assume avec abnégation et courage, comme c’est le cas de son amie, Aïssatou, la tâche de l’homme au foyer ; tout lui revient :

« L’achat des denrées alimentaires de base me mobilisait toutes les fins du mois, (…) Mon cerveau s’exerçait à une nouvelle gymnastique financière. (…) les dates extrêmes de payement des factures d’électricité ou d’eau sollicitaient mon attention. J’étais souvent la seule femme dans une file d’attente » (p.76, chap.16).

En s’arrogeant ainsi tous les obligations du père de famille, elle a voulu, sans doute en plus de le remplacer, affirmer tout le sens de son combat qui repose sur la libération de la femme sénégalaise et du monde, encore prise dans l’engrenage de la soumission à l’homme. Elle s’attaque et conquiert un symbole, celui de la direction de la famille à laquelle les hommes tiennent tant. Mais comment la femme pourra-t-elle arriver à une indépendance intellectuelle et matérielle ? Sans doute par le travail et l’instruction ; En effet :

« la femme qui travaille a des charges doubles, aussi écrasantes les unes que les autres, lorsqu’elle ne travaille pas, elle peut assumer volontiers la tâche immense effectuée à l’ombre, pour la promotion de l’homme : Pour tout dire, affirme-t-elle, la réussite de chaque homme est assise sur un support féminin » (p.83, chap.17).

C’est, peut-être, ce qui a motivé la forte présence des personnages féminins dans l’œuvre. Les hommes sont relégués au second plan, hormis Modou ; Elle se contente seulement d’évoquer leur cupidité, leur hypocrisie, voire leur imposture, comme si elle cherchait à les affaiblir pour une humiliation à rebours qui sonnerait comme une vengeance. Il n’est plus question de céder à l’homme l’espace social, ni une autorité suprême ; la femme ne doit plus accepter de courber l’échine en acceptant en silence le pouvoir de l’homme qui la brime. Elle va même plus loin en rejetant toutes les mains d’hommes qui tentent de lui tendre une perche, même celle de Daouda qu’elle estime tant ; Elle a choisi pour apaiser son cœur et reprendre le cours de l’existence de se confier à une femme, son amie. Pourtant l’émancipation qu’elle prône n’est pas démesurée.

IV.        L’EMANCIPATION : une ambition mesurée chez Mariama Ba

Même si le texte de Mari            âma Bâ a eu le mérite de bousculer les mentalités et les consciences, par ses prises de position en faveur de la femme, il demeure clair qu’elle les exprime dans la mesure de certaines contraintes sociales et, même culturelles, acceptées et acceptables. Pour elle, s’émanciper, c’est d’abord prendre conscience de ce que la femme est, et doit être, avant ce qu’elle se fait. Naturellement, en se réalisant par la conquête de certaines libertés, elle doit tenir à l’équilibre de la société. Cela, Mariama Ba l’a fort heureusement compris ; Elle affirme par la voix de sa fille Daba :

« le pouvoir de décision restera longtemps encore aux mains des hommes (…) » (p.107, chap.22)

Ce n’est ni une résignation, encore moins un aveu d’impuissance de sa part, mais il s’agit plutôt de reconnaître, avec la force de l’humilité, la valeur de l’homme dans la société, pour mieux lui faire accepter l’émancipation de la femme, en faisant évoluer son esprit. Elle pose, en même temps, l’émancipation comme un problème de complémentarité de l’homme et de la femme, et non de confrontation :

« Je reste persuadé de l’inévitable complémentarité de l’homme et de la femme » (p.129, chap.28).

En mesurant les passions démesurées de certaines femmes qui cherchent à se libérer coûte que coûte de l’homme, Mariâma Bâ, contrairement à ce qu’on pourrait penser, conçoit l’émancipation non pas comme une exigence des temps modernes – car tout n’est pas recevable dans le modernisme – mais une évolution contrôlée des mentalités nécessaires à l’équilibre de la société. Pour cela, Ramatoulaye se confie à Aïssatou en ces termes :

« J’eus tout d’un coup peur des affluents du progrès (…) le modernisme ne peut donc être sans s’accompagner de la dégradation des mœurs » (p.112, chap.23).

La femme peut donc s’émanciper, assimiler les progrès du modernisme, se les approprier même, mais sans s’assimiler, encore moins se dissimiler et dissoudre ses propres valeurs dans le progrès. Voilà comment elle condamne la mauvaise image de l’émancipation importée de la mode occidentale :

« Je jugeais affreux le port du pantalon. (…). Le pantalon fait saillir les formes plantureuses de la négresse ; (…) Mais j’avais cédé à la ruée de cette mode qui ceignait et gênait au lieu de libérer » (p.112, chap.23)

 

A présent, permettez-moi de m’arrêter, sans conclure pour ne pas clore un débat que j’ai eu l’honneur d’introduire. Il me reste simplement à répondre à la question qui m’avait permis de suspendre l’analyse critique d’une si longue lettre, il y a deux ans : Mariama Bâ avait-elle cessé d’être femme en se faisant féministe ? Je peux en toute tranquillité dire NON !

 

Par THIERNO LY - Publié dans : littérature africaine - Communauté : discussions littéraires
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Jeudi 14 mai 2009 4 14 /05 /Mai /2009 21:07

EX : « Au reste, le domaine de la poésie est illimité. Sous le monde réel, il existe un monde idéal, qui se montre resplendissant à l’œil de ceux que des méditations graves ont accoutumés à voir dans les choses plus que les choses » Victor HUGO (1802-1885), Préface des Odes (1822)

A la lumière de cette citation, dites comment par le jeu du langage le poète arrive-t-il à dépasser le réel, et mieux, le représenter.

I.                   LA COMPREHENSION DU SUJET

a.      La lecture – imprégnation

La démarche consiste à relever et expliciter les mots difficiles et importants du sujet. On peut aussi procéder à une analyse grammaticale du sujet, notamment en dégageant le thème et le prédicat.

Le thème = ce dont on parle = le domaine de la poésie

Le prédicat = ce qu’on en (de ce dont on parle) dit = « est limité » = Du réel à l’idéal

b.      La reformulation

Dans la définition qu’il propose, Victor HUGO montre que la poésie est une création imaginative et visionnaire qui dépasse la simple réalité.

Reformulation = la poésie vise l’idéal en dépassant la réalité.

NB : On ne reformule le sujet qu’on le juge assez long et répétitif. Il s’agit d’en simplifier sa compréhension

c.       L’étude de la consigne

Elle permet d’avoir une idée  précise  de la démarche à suivre en indiquant, par exemple, l’orientation (synthétique, critique ou comparative…) que la consigne implique.

Dans ce sujet, la consigne propose une démarche qui nécessite une approche critique dont l’objet est d’expliciter d’abord la pensée de Victor Hugo dans la thèse avant de la dépasser, la nuancer ou s’y opposer (l’option à choisir dépend du candidat) dans l’Antithèse.  Le mot langage précise le domaine dans lequel le candidat doit circonscrire sa réflexion.

CONCLUSION : Il ne s’agit plus donc de réfléchir sur un domaine illimité de la poésie mais sur :

La thèse : Comment le langage permet-il au poète d’accéder à l’idéal?

L’antithèse : En quoi le langage est-il uniquement un moyen de représentation du réel ?

d.      Le contexte du sujet

Il permet au candidat de pouvoir amener le sujet dans l’introduction.

Historique : cette définition est produite au 19ème siècle

Littéraire : réel = parnasse ; idéal = symbolisme, surnaturalisme, etc.

Il est aussi possible pour le candidat de développer des idées au-delà de ce contexte. Toujours est-il qu’il doit toujours rester fidèle au thème du sujet.

II.                LA RECHERCHE DES IDEES

  1. Dans la thèse :

Argument 1

Le jeu des mots ne sert pas uniquement dans la création poétique à transfigurer le langage, il permet au poète de sonder ce qui semble, à priori, inaccessible. Ainsi se sert-il des mots pour atteindre un monde idéal qui ne représente pas forcément ce qui transparaît des apparences du monde. Le langage peut alors donner à la poésie les moyens métaphysiques de dépasser le réel.

Exemples :

-          « Ce n'est pas l'art, mais une force divine qui leur inspire leurs vers ».

Platon s’adressant aux poètes

-          « Dieu dictait, j’écrivais »

Victor Hugo

Argument2 :

L’usage que les poètes font des mots est singulier. Il ne s’agit pas pour lui de révéler leur sens commun, celui que tout le monde connait et qui réfère à une réalité objective. Or, c’est par le biais du langage qu’il peut davantage s’élever, échapper à l’emprise des banalités de la réalité du monde ambiant.

Exemples 2:

-          « La poésie est l'ambition d'un discours qui soit chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n'en porte et n'en peut porter ».

Paul Valéry (1871-1945)  Variété I et II

-          « Le poète débarrasse les mots des intentions d'autrui, (…), de telle manière qu'il perde leur lien avec certaines strates intentionnelles et certains contextes du langage. On ne doit pas sentir derrière les mots d'une œuvre poétique les images typiques et objectivées des genres (hormis le genre poétique lui-même), les visions du monde ».

Mikhaïl Bakhtine (1895-1975)  Esthétique et théorie du roman

Argument 3 :

Par le langage, le poète passe de l’ordinaire à l’extraordinaire, du banal au sublime. En effet, il fait de sorte que sa poésie soit un tissu de mots épurés à la fois de leurs consonances et de leurs significations communes et habituelles.

Exemples 3:

-           « Le poète, en composant des poèmes, use d'une langue ni vivante, ni morte, que peu de personnes parlent, que peu de personnes entendent ».

Jean Cocteau

-          “La médiocrité de notre univers ne dépend-elle pas essentiellement de notre pouvoir d’énonciation ? [...] Qu’est-ce qui me retient de brouiller l’ordre des mots, d’attenter de cette manière à l’existence toute apparente des choses ! [...]”

André Breton Point du jour (1924).

-          « Voilà le rôle de la poésie. Elle dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement. »

Cocteau (1889-1963), Le Secret professionnel

Argument 4 :   

Le langage peut aussi aider le poète à créer une œuvre qui permet de rendre audibles les silences qui peuplent la nature et, par conséquent, de lier le réel à l’idéal. Par ce moyen, son œuvre peut-être le produit d’une ascension inconsciente, de la réalité à l’irréalité. En vérité, le langage est pour le poète le lien qui unit la matière et l’esprit. 

Exemple 4 :

-          « Quand un poète vous semble obscur, cherchez bien, et ne cherchez pas loin. Il n'y a d'obscur que la merveilleuse rencontre du corps et de l'idée, qui opère la résurrection du langage. »

Alain (1868-1951), Propos de littérature

-          «  Lorsque j'étais un poète entre les hommes, j'inventais ce vers qui n'avait ni rime ni mètre, Et je le définissais dans le secret de mon cœur cette fonction double et réciproque par laquelle l'homme absorbe le monde et restitue dans l'acte suprême de l'inspiration une parole intelligible. »

Paul Claudel (1868-1955), La Ville (2e version)

-          « La poésie doit être faite par tous. Non par un. Toutes les tours d'ivoire seront démolies, toutes les paroles seront sacrées et l'homme s'étant enfin accordé à la réalité qui est sienne, n'aura plus qu'à fermer les yeux pour que s'ouvrent les portes du merveilleux. »

Paul Éluard (1895-1952)

Argument 5 :

 Le langage, comme chez les poètes surréalistes, permet de dérégler les sens et de faire parler l’inconscient du poète. Il apparaît dès lors comme l’un des moyens les plus surs pour le poète de traduire de manière brute et automatique ses illuminations et ses profondes hallucinations. 

Exemple 5 :

-          « La création poétique est d’abord une violence faite au langage. Son premier acte est de déraciner les mots. Le poète les soustrait à leurs connexions et à leurs emplois habituels. »

Octavio Paz (1914-1998), L’Arc et la Lyre (1956)

-    « À l'intérieur de ce microcosme [le poème], une logique des mots s'impose qui n'a rien à voir avec la communication linguistique normale : elle crée un code spécial, un dialecte au sein du langage qui suscite chez le lecteur le dépaysement de la narration où les surréalistes voient l'essentiel de l'expérience poétique. »

M. Riffaterre (1924-2006), La Production du texte (1979)

2.  Dans l’antithèse :

Contre argument 1 :

Pour certains le poète n’use pas toujours du langage pour atteindre un idéal ou le monde irréel, mais bien pour représenter de manière objective les manifestations concrètes du réel. Il peut ne pas chercher exclusivement dans le mot une signification particulière, mais un simple moyen décoratif dont le signifiant représenterait les beautés concrètes de l’univers.

Contre-exemple 1 :

-          « De la musique avant toute chose / Et pour cela préfère l'Impair / Plus vague et plus soluble dans l'air / Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. »

Verlaine (1844-1896), Jadis et naguère, « Art poétique »

-          « Les poètes sont des hommes qui refusent d'utiliser le langage. »

Sartre (1905-1980), Qu’est-ce que la littérature ?

Contre argument 2 :

Le langage a aussi une fonction esthétique dans la création poétique en permettant au poète, à l’image d’un peintre, de renouveler les beautés de la nature. Il ne s’agit donc plus, pour lui, de représenter ce qui se cache sous le réel mais justement de renouveler voir d’embellir ses apparences. 

Contre exemple 2 :

-          « Le poète, souvent comparé à un sculpteur, doit transformer, une matière difficile, le langage, en beauté, grâce à un patient labeur. Ce qui prime, ce n'est donc pas l'inspiration, mais le travail sur la forme. »

LAURENT ENET

Contre Argument 3 :

Par le langage le poète peut chercher l'équilibre des formes. Or, comme le soutiennent les parnassiens, celles-ci constituent l’aboutissement de tout poème. Le culte de la beauté fait que le poète use d’un langage technique dépouillé de toutes imperfections.

Contre Exemple 3

-          La poésie doit être le miroir terrestre de la Divinité, et réfléchir, par les couleurs, les sons et les rythmes, toutes les beautés de l'univers.

Madame de Staël (1766-1817), De l’Allemagne (1810) 

 

Contre Argument 4 :

Le langage n’arrive pas toujours par le jeu des mots à représenter toutes les visions du poète. Chez les surréalistes, par exemple, l’image est plus prompte à représenter l’expression intérieure du poète, le fruit de son inconscient, que le langage lui-même.

Contre Exemple 4 :

-          « L'image réconcilie les contraires, mais cette réconciliation ne peut être expliquée par des mots - sinon ceux de l'image, qui ont cessé d'être des mots. L'image est ainsi un recours désespéré contre le silence qui nous envahit chaque fois que nous tentons d'exprimer la terrible expérience de ce qui nous entoure et de nous-mêmes.»

Octavio Paz

 

 

Par THIERNO LY - Publié dans : exercices littéraires
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Samedi 9 mai 2009 6 09 /05 /Mai /2009 21:13

El Desdichado (le déshérité)

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l’Inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :

Ma seule Étoile est morte, - et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie. [2]

 

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie, [3]

La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,

Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie. [4]

 

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ? [5]

Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;

J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...  [6]

 

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron : [7]

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Gérard de Nerval, Chimères, 1854

 

Le mythe d’Orphée : la passion de l’amour d’Eurydice

Rappelons brièvement le mythe d’Orphée, plus précisément son histoire d’amour avec EURYDICE que Nerval évoque comme par similitude à son expérience propre. En effet, au retour de son voyage, Orphée, attiré par sa voix touchante, désire présider à son union avec Eurydice. Malheureusement Eurydice, environnée de nymphes, jouait dans la prairie émaillée de fleurs, quand survient la poursuite indiscrète du berger. Aristée la sépara de ses compagnes. En fuyant, elle heurte la tête d’un serpent venimeux qui lui donne la mort. Désespéré  d’une perte si sensible, le jour même de ses noces, le chantre de Thrace lance sa plainte jusqu’au ciel en invoquant les Dieux. Ceux-ci restent sourds à sa voix. Un suprême espoir  lui conseille d’implorer le farouche Pluton qui commande au peuple décoloré des ombres. Armé de sa seule Jyre, il descend par le Ténare sur les rives du Styx. A ses premiers accords plaintifs, tous, comme ceux de la terre, subissent son magistral ascendant : Cerbère et ses trois gueules observe instantanément un silence contraint ; les Erinnyes arrêtent le sifflement de leurs cheveux vipérine ; Ixion cessent de mouvoir sa roue ; Sisyphe s’assoit sur son rocher ; les Danaïdes déposent leurs urnes. Orphée a subjugué le peuple des enfers, il se jette aux pieds du trône où Pluton et Proserpine règnent : « Ô puissantes divinités, gémit-il, j’ai perdu mon Eurydice ! Exaucer  ma prière ; rendez-la moi pour quelques temps encore ou gardez moi près d’elle ; Vous jouirez ainsi de notre double trépas. ».Proserpine intercède en faveur du SUPPLIANT. Elle obtient que Eurydice revienne sur terre compléter la mesure ordinaire des années lui restant à vivre. Elle sera rendue à Orphée qui l’emmènera avec lui, mais ne devra pas la regarder avant de traverser le sombre empire. Eurydice apparaît, avance d’un pas ralenti par sa blessure. Elle approche ; Orphée lui prend la main et, détournant la tête, presse l’adorée sur son cœur. Dans le sentier étroit et rocailleux qui les conduit sur terre un court espace reste à franchir. L’endroit est en pente, les pierres inégales et arrondies, la marche hésitante et difficile. Eurydice au pied endolori fait un faux pas ; Orphée se retourne pour la soutenir. Il l’a regardée ! A-t-il seulement pu l’entrevoir qu’il ne perçoit déjà plus qu’une vague apparence soudainement évanouie dans la nuit souterraine. La douleur d’Orphée n’a plus de bornes. Une seconde fois son Eurydice lui est ravie ; pour toujours ! Il se désole ; il clame sa plainte à tous les échos ! Ses gémissements attirent les Bacchantes. Il les repousse, ne répétant qu’un seul nom : Eurydice ! Eurydice ! J’ai perdu mon Eurydice ! Les Nymphes de Bacchus, outrées de cette dédaigneuse indifférence à leur égard, poussent des hurlements effroyables, brandissent leurs  thyrses, en frappant Orphée et lui lacèrent le corps. Les Muses qu’il a si bien servies, le prennent en pitié et lui donnent une sépulture au pied de l’Olympe. Sa tête et sa Lyre, qui avaient été abandonnées au gré des flots sont recueillies par leurs soins et religieusement conservées dans l’île de Lesbos.

Ainsi, à l’image d’Orphée, Gérard de Nerval éploré, après avoir perdu sa bien aimée actrice Jenny Colon, morte en 1842, donne un nouvel essor à ses rêves mystiques. Aurélie ou Aurélia, comme il l’appelle dans certains de ses poèmes va devenir pour lui une créature Céleste (« la sainte ») qu’il compare ainsi à la vierge Marie, et qu’il pleure dans « El Desdichado ». Un sonnet plaintif où il supplie et prie le ciel, inspiré par la croyance à la métempsycose (réincarnation des âmes), afin de la retrouver. Se confondant à la fois à la lumière de la vie et aux ténèbres de la mort, le poète valse entre la consolation et l’inconsolation, visité tantôt par « l’angoisse et le désespoir », tantôt par la radieuse vision du salut obtenu, grâce à la médiation de la femme aimée et, qui semble préfiguré par les souvenirs de bonheur vécus avec la femme que le poète évoque au début du deuxième quatrain de « El Desdichado ».


Le lexique :

 -  « desdichado » : mot espagnol dérivé de « dicha » (bonheur), signifie « malheureux ». Dans le cas du poème de Nerval = « le Déshérité ».

-  Mélancolie : Le M majuscule tend à penser que c’est une référence à un tableau de Dürer

-  Le Pausilippe : En italien Posillipo = Colline de Naples

-  Pampre : Rameau de vigne

-  Phébus ou Phoebus : Nom grec latinisé d’Apollon

- Lusignan : Seigneur du Poitou qui fut aimé de la fée Mélusine, et dont les descendants devinrent rois de Chypre

- Biron : Compagnon d’armes de Henri IV, mort décapité, que Nerval se figure comme le héros d’une histoire d’amour

-  La Grotte : C’est la grotte des sirènes, à Tivoli, en Italie

 -  L’Acheron : Fleuve des enfers

1-      Le thème Général :

Ce poème se traduit par les inquiétudes du poète sur son propre sort et ses sentiments à l’égard d’une femme absente et inaccessible.

2-      Les inquiétudes du poète

a) La quête d’une identité : les indices syntaxiques

- La première personne singulière « je » laisse penser à une perspective introspective. En effet en se faisant sujet du verbe être au présent, Nerval se donne quatre attributs de manque (ténébreux, veuf, inconsolé, Prince d’Aquitaines). De même, le « je » ou le poète, sujet des verbes d’action au passé composé, c'est-à-dire d’un temps accompli, comme « rêvé », « traversé » donne à penser que Gérard de Nerval s’inscrit dans la dynamique d’un mouvement virtuel qui ne s’amorce que dans son inconscient ; il est dans une sorte d’évasion et de rêve qui lui permettent de chercher une pseudo consolation.

- Les premières personnes compléments d’objet direct ou indirect, m’ (toi qui m’as consolé…) et moi (rends-moi le Pausilippe…), expliquent mieux l’introspection du poète qui porte son action sur lui-même.

En résumé, en tant que Sujet (Je), il agit sur lui-même (m’, moi) en tant qu’objet direct et indirect.

- Les temps verbaux : Le présent des verbes (« suis », « est », « Porte », « est », etc. ) explique et accentue davantage la souffrance du poète en l’actualisant ainsi ; l’impératif (Rends-moi) est une forme de supplication du poète faite à la femme inaccessible pour d’improbables retrouvailles ; les passé composé (« as consolé », « ai rêvé », « ai (…) traversé ») renvoie à la nostalgie et le désir de revivre des moments de bonheur avec la femme aimée, même si c’est dans le rêve ; L’imparfait ( « plaisait »), le seul du texte, semble être une expression des regrets du poète qui, plongé dans ses souvenirs d’amoureux, semble verser dans la nostalgie des temps et des lieux vécus avec la femme.

- les formes interrogatives directes « suis-je » traduisent les inconstances qui habitent le poète à la quête d’une identité fugitive, par allusion à des références historiques ou mythiques : « Phébus », « Lusignan », « Biron » et « Orphée ».

Conclusion : Le poète se cherche parmi plusieurs identités diversement exprimées : soit par le  manque, soit par l’inconstance ou l’instabilité sentimentale.

b) La quête d’une consolation : Les indices stylistiques

- Les métonymies  (« mon cœur » = sentiments, « mon front » = la mémoire, plus précisément le souvenir), les métaphores de la femme (« étoile », « la sirène », « la fée », etc.,), et celles de l’amour (« la fleur », « la rose », « luth », etc.), .justifient l’idée que le poète est dans un manque et s’interroge sur son avenir sentimental qui laisse entrevoir la mélancolie.

- les comparaisons faites à des références historiques et mythiques comme « Lusignan », « Biron », « Orphée », permettent au poète de s’affirmer comme un amant perdu et profondément éploré qui souffre de la perte irréversible de la femme aimée mais, qui tente, malgré tout, de franchir les limites du possible à l’image des références historiques évoquées ci-dessus, et des allusions à l’au-delà de la vie : « dans la nuit du tombeau », « la grotte », « l'Achéron », « Ténébreux ». Le poète tente vainement de conjurer la mort et de se forger une vraie consolation, même au comble du rêve délirant.

- le paradoxisme « Soleil noir » permet au poète de manifester ses contradictions sentimentales.

LES INDICES LEXICAUX ; les champs lexicaux

-Les figures féminines : « Étoile », « Reine », « sirène », « Sainte », « Fée » = Sublimation de la femme perdue, comparée à des modèles symboliques de la femme qui s’opposent ; Si, par exemple, la « reine » incarne une générosité naturelle, légendaire comme d’une épouse accessible, la « sirène » et la « fée » sont des figures inaccessibles. C’est comme si le poète laisser cohabiter dans les deux tercets une symétrie de l’espoir et du désespoir.

-  La nature : « Soleil », « nuit », « Pausilippe », « me »r, « fleur », « treille », « Pampre », « Rose », « Grotte » = exaltation lyrique qui traduit une volonté du poète de combler sa solitude dans l’évocation d’une nature vivante où tout est communion et unité : « Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie. ».

Le manque ou la douleur : « Veuf », « Inconsolé », « abolie », « morte », « Mélancolie », etc.= Souffrance

CONCLUSION

Ainsi La Nostalgie et la quête d’une identité propre sont deux caractéristiques fondamentales de la poésie romantique, ainsi que la convoitise de la femme aimée et inaccessible la source d’une introspection douloureuse et mélancolique.

 

 

Par THIERNO LY - Publié dans : Poésie française
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Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 01:53

I.                   Essai de définition

            La tâche qui consiste à définir la poésie est une entreprise à la fois difficile et redoutable. En vérité, le terme « poésie » est un vaste champ polysémique dont l’étude requiert la maîtrise de certains rapports qui sous-tendent toute création et, plus particulièrement la création poétique ; Il s’agit des rapports étymologiques, langagiers, esthétiques, musicaux, voire métaphysiques.

  1. LES RAPPORTS ETYMOLOGIQUES

            A l’origine, le mot « poésie » émane d’un registre technique du langage grec; en effet, le verbe « Poiein », qui lui donne son premier sens, signifiait « fabriquer » ou « produire ». Pour autant, la poésie ne se résume pas à une création technique, mais elle est d’abord un art du langage qui permet au poète, par sa créativité, de représenter intuitivement les beautés réelles qui l’environnent.

            Dans la mythologie grecque, la poésie relève du mythe des muses qui transmettent, par l’intermédiaire de CALLIOPE (muse de la poésie épique), à Orphée le pouvoir magique de soumettre par sa Lyre et sa musique mystique de sa cithare toutes les créatures de la nature. La poésie devient alors une musique sublime et magique qui rétablit l’harmonie entre les choses et les êtres, le visible et l’invisible. A ce sujet, Daniel Vaillant dans La poésie : Initiation aux méthodes d’analyse des textes poétiques, affirme : « Orphée donne au poète trois de ses attributs traditionnels : la puissance magique, l’aptitude à ressentir et à exprimer les sentiments les plus intimes (notamment l’amour), et la solitude maudite ».

            Dans sa Poétique, Aristote (4ème siècle avt JC) pense que la poésie repose sur l’art de la mimèsis. Cependant, à l’imitation Aristote convient qu’il faut ajouter le rythme qui relève de la nature humaine ; Il affirme : « l’instinct d’imitation étant naturel en nous ainsi la mélodie et le rythme (car il est évident que les mètres ne sont que des parties des rythmes) dans le principe ceux qui étaient le mieux doués à cet égard firent petit à petit des progrès et la poésie naquit de leur improvisation ». ce qui fit du langage le lien entre les choses et les êtres, celui qui rompt l’incommunicabilité de l’univers. Par le jeu du langage , du signifiant et des signifiés, la poésie dévoile et révèle les mystères du monde.

  1. POESIE ET LANGAGE

            La poésie nécessite l’usage d’un langage peu banal, voire supérieur; car de l’idée du philosophe Alain, le langage unit «le corps à l’idée» dont la sublime rencontre est pour le poète une merveilleuse source d’inspiration. C’est que le langage confère à la poésie sa beauté, par les sonorités des signifiants et, aussi, par la polysémie des signifiés. Reprenant une idée de Ronsard, Daniel Vaillant explique : «la beauté du langage choisi représente au poème ce qu’une bague précieuse est à la main d’un seigneur». C’est donc le langage, par sa richesse, qui éclaire les points obscurs de la création poétique; dans son Art poétique (1674), Boileau résume la fonction médiatrice du langage en deux vers: «Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement / Et les mots pour le dire arrive aisément». le poète est donc l’artiste qui rend audible l’usage du langage qui fait renaître et sortir le langage de sa banalité quotidienne. Le mot ou le signe qui est le constituant fondamental du langage réfère à une réalité concrète dont le poète s’inspire pour transfigurer ou transformer le langage en réalités abstraites. C’est ainsi que Shelley dans Défense de la poésie, dit: «Parce que le langage est lui-même de la poésie, être poète, c’est saisir le vrai et le beau, en un mot le lien qui existe dans la relation établie d’abord entre l’existence et la perception, puis entre la perception et l’expression». Paul Valery , lui, ne pense pas le contraire quand il dit que le poète « boit aux sources du langage»

  1. POESIE ET MUSIQUE

            L’idée que la poésie est un chant relève d’un dogme primitif qui voudrait qu'elle fût cette extraordinaire musique qui éveilla le monde. En effet, comme le préconisait Victor Hugo : «la première parole n’est qu’un Hymne»; de même, Stéphane Mallarmé soutiendra : «(…) la poésie, proche l’idée , est Musique, par excellence» dans quant au livre, 1885. Il faut noter que la musique poétique repose sur le rythme qui dépend de «la parole» et de la transcription langagière des silences, des sonorités, des vibrations et, des souffles des êtres et des choses de la nature. En réalité, la musique donne à la poésie une dimension surnaturelle (cf: le surnaturalisme baudelairien) et supérieure; «Car, ce n’est pas de sonorités élémentaires  par les cuivres, les cordes, les bois, indéniablement mais de l’intellectuelle parole (…) que doit résulter en tant que l’ensemble des rapports existant dans tout, la musique », ajoute Stéphane Mallarmé (Crise de vers, 1896). La musique est donc pour la poésie une expression  métaphorique de sonorités d’harmonies et de mélodies qui donnent à la création poétique la possibilité de représenter les vibrations de la Nature, le souffle de nos cœurs, ainsi que le silence de l’univers; Elle permet ainsi au poète  d’entendre l’inaudible. Néanmoins, on ne peut mieux comprendre, ni saisir la musique qu’à travers les sonorités que nous offre l’usage mélodique et harmonique des mots; d’où l’importance de l’étude de la versification.

  1. POESIE ET VERSIFICATION

            Pour mieux comprendre la relation entre la poésie et la versification, il est important de connaître certaines notions de base qui relèvent de la versification et fondent la poétique d’un texte.


 

  1. LE VERS: il est déterminé par le nombre de syllabes qui en constituent le mètre.

Ex1:   On – cher – chait – un – guer – rier, - tu – ne – fus - qu’un – bou - cher   

             1     2          3        4       5        6       7    8      9        10      11     12

           Ma – gloi - re est – de – chan – ter – le – char – me – de - l’ab – sen - te

             1       2        3         4       5        6      7       8        9    10    11      12     0

                                                                      Léopold Sédar Senghor

            Ces vers composés de 12 syllabes sont dits alexandrin ou Dodécasyllabe

            Remarque: Dans le décompte des syllabes, chaque voyelle prononcée distinctement est considérée comme syllabe, excepté le « e » muet, au contact d’une voyelle ou d’un « h » aspiré et en finale de vers, qui n’est pas décompté comme syllabe.

Ex2 : En – sai - son – sè - che, - tels – des – a – ca – ci - as

           1     2      3      4     5        6        7     8     9    10  11

          J’ai - mé - moi - re - de - Lan - za - le - trou - ba - dour

           1      2      3        4    5       6     7    8       9     10    11 
 Ces vers composés de 11 syllabes sont dits Hendécasyllabes

Ex3 : Je – pen – se  à – toi – Prin – ces – se – de – bel - borg

           1    2         3        4         5       6      7     8     9      10

          Tu – fleu – ri – ras – au – jar – din – de – mon - cœur

            1      2      3      4     5      6      7      8        9      10

                                     Léopold Sédar Senghor
  Ces vers composés de 10 syllabes sont dits Décasyllabes

Ex4 : Sor – ci – er – qui – di – ra – la – vic – toi - re

            1       2     3       4       5      6     7       8       9      0

          Dia – lo – gue – à – u – ne – lieue - d’hon - neur

            1       2       3       4     5     6        7           8          9

Ces vers composés de 9 syllabes sont dits Ennéasyllabes

Ex5 : Com - ment?- Pas – un – mot – de – re - gret

             1         2          3        4        5         6     7      8

          Je - n’ai – ha - ï – que - l’op – pres - sion

           1      2        3    4       5       6          7        8

Ces vers composés de 8 syllabes sont dits Octosyllabes

          REMARQUE : lorsque l’unité métrique (nombre de syllabes dans le vers) du vers est brisée par le prolongement du souffle poétique, notamment la césure finale au-delà de douze syllabes, on parle de versets.

Ex1 : De – gran – des – pau – mes – a – ve – nan – tes - m’ou – vrent – les – voies - du

           1      2        3       4        5      6    7      8       9       10         11       12     13     14

          Son – ge in – sa – tia - ble

           15     16         17    18   0

                                             Saint-John Perse, « Amers », 1957

Ex2 :  Je-vo-yais-dans-un-son-ge-tous-les-pays-aux-coins

          1   2    3      4     5    6   7     8   9    10    11    12

           De - l’ho - ri- zon – sou – mis – à - la- rè – gle  à - l’é - quer – re et- au- com - pas

          13     14    15   16     17     18    19  20 21     22       23    24      25      26   27     28
                                             Léopold Sédar Senghor, Chaka

  1. Les particularités dans le décompte du vers 

            Pour bien maîtriser le décompte du vers il est important de tenir compte du cas du « e » muet ou atone, placé entre une voyelle et une consonne, et celui de diérèse ou synérèse.

ü  le « e » muet ou atone

            Lorsque le « e » muet ou atone est placé entre une voyelle et une consonne, il est élidé et ne compte pas comme une syllabe puisqu’il n’est pas prononcé.

  Ex :   il – es – sai e - ra

            1    2      3     0    4 

 

ü  la diérèse et la synérèse

            Lorsque deux voyelles contiguës ou diphtongue sont prononcées distinctement et compte pour deux syllabes pour le respect de l’unité métrique de la strophe, on parle de diérèse; Lorsque, au contraire, elles sont prononcées en une seule émission de voix, on parle de Synérèse.

  Ex :   Et – pu – is - que – vous – vo - yez – mon – â - me – tout – en – ti – ère   (Synérèse)

            1         2         3        4        5      6        7       8    9      10       11     12       0

           Sei - gneur, - ne – per – dez - plus – me – na – ce – ni – pri – è – re      (Diérèse)

             1       2        3      4       5       6       7       8      9    10   11   12    0

 

  1. Les strophes

            C'est un ensemble de deux ou plusieurs vers séparés des autres par un espace blanc et partageant la même idée. Les principales strophes sont : le distique (deux vers), le tercet (trois vers), le quatrain ( quatre vers), le quintil ( cinq vers), le sizain (six vers), le septain (sept vers), l'Octain (huit vers), le Neuvain (neuf vers), le dizain (dix vers).

  1. LA RIME

            Elle peut être définie comme le retour de sonorités finales de deux ou plusieurs vers; On peut même dire qu’elle est le retour à la fin de deux ou plusieurs vers d’un même phonème ou plus.

 Ex : bu et lu, placé à la fin de deux vers distincts ont en commun le phonème [y] qui peut en constituer une rime.

         Remarque: Certains critiques littéraires pensent que le retour du même son consonantique ne peut pas  constituer une rime.

Ex : Balle et Bulle, ayant en commun le son consonantique [l], ne peuvent pas rimer.

            Une rime se distingue par son genre, sa qualité et sa disposition :

ü  Le genre de la rime

Lorsqu’une rime se termine par un  e  muet, on dit qu’elle féminine, dans le cas contraire on parle de rime masculine.

ü  La qualité de la rime

Ø  Une rime est dite pauvre lorsqu’elle n’est composée que d’un seul son vocalique.

Ø  Une rime est dite suffisante, lorsqu’elle est composée de deux sons

Ø  une rime est dite riche lorsqu'elle contient trois sons et plus

Remarque: Certains parlent de rime plus que riche lorsque qu'elle contient plus de trois sons. 

ü  La disposition des rimes

            Les rimes sont disposées de trois manières:

u  Elles sont dites plates ou suivies lorsqu'elles sont disposées comme suit: AA/BB

u  Elles sont dites embrassées lorsqu'elles sont disposées comme suit : ABBA/ABBA

u  Elles sont dites croisées lorsqu'elles sont disposées comme suit : ABAB/ABAB

5. Poésie et rythme

            Le rythme est généralement défini comme le retour à intervalle régulier de l'accent tonique; Or, chaque accent tonique du groupe grammatical correspond à une coupe syllabique à l'intérieur du vers; d'où la notion de rythme métrique.

            a. Rythme et mètre

            lorsque le vers compte plus de 8 syllabes; il peut être divisé par une coupe métrique qu'on appelle Césure.

            Ex: L'alexandrin binaire

   Ma – gloi -  re est -  de – chan – ter  //  la – beau – té – de – l'ab – sen - te 

     1        2          3         4        5       6   +  7      8        9    10    11     12     0

                     HEMISTICHE            Césure                HEMISTICHE

            Commentaires: Dans cet alexandrin de Senghor, composé à la manière des classiques, l'accent tonique d'intensité porte sur la dernière syllabe du verbe chanter et celle du vers. Le vers est ainsi divisé en deux parties égales par la Césure ; chaque partie est appelée Hémistiche. On parle alors de rythme binaire.

Ex : La césure dans le décasyllabe

è  Le rythme majeur

Le – vent – se – lè - ve!... / Il – faut – ten – ter – de – vi - vre  (Paul Valery)

 1      2        3      4    0          5     6       7      8       9     10   0

            4                     +                           6                         

è  Le rythme mineur

            Et – l'a – mer – tu - me est – dou – ce, // et – l'es – prit - clair   (Paul Valery)

            1      2       3       4         5          6      0     7     8       9       10     

                           6                                          +             4

è  Le rythme médiane

J'ai – dit – à – mon - coeur ,  // à – mon – fai – ble - coeur   (Alfred de Musset)

1       2       3      4       5           6     7         8       9      10

             5                           +                5

Nb : On peut aussi parler de rythme binaire

è  L'enjambement

            Lorsqu'un groupe grammatical déborde l'unité métrique d'un vers ou d'un hémistiche, on parle d'enjambement.

                          EX1: L’enjambement final

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime  (Paul Verlaine)

                           EX2:   L'enjambement interne

(...) Si que, pour arracher // à mon frère la vie, (...)

                                       Césure

è  Les types d'enjambement: le rejet et le contre rejet

            Lorsque dans un enjambement la plus petite partie du groupe grammatical déborde le vers on parle de Rejet. Par contre, s'il s'agit de la grande partie de l'unité grammaticale on parle de Contre Rejet

EX1 :     Le Rejet

            Qu'à tire – d'aile elles fuient les chaleurs de nos querelles

Intestines

EX2: Le contre rejet

                        Douces colonnes, aux

                        Chapeaux garnis de jour    (Paul Valery)

 

            REMARQUE : Au 19ème siècle, certains poètes, notamment romantiques et symbolistes, vont bouleverser le rythme binaire de l'alexandrin en créant des rythmes particuliers ou en décalant la césure.

EX1:  Le trimètre : quand l'alexandrin est divisé en trois coupes égales

Sa – brez – le - droit, - sa – brez – l'hon - neur, - sa -brez – la – loi

 1      2        3      4       5      6          7         8       9   10     11   12

            4                  +                    4                +             4

 

je – fais – sou - vent - ce – rê - ve é – tran - ge et – pé – né - trant  (Victor Hugo)

 1     2        3       4       5     6      7        8         9        10    11    12

                4              +               4                 +                 4

EX2 : Le décalage de la césure : elle ne divis pas l'alexandrin en deux parties égales (les symbolistes).

Ja – mais – nous – ne – tra – vail – le – rons, - Ô – flots – de – feux (Rimbaud)

 1       2          3      4      5       6      7       8       9      10     11    12

                                 8                                  +                4

b.  Rythme et mètre

            Le rythme peut, au delà du mètre, être déterminé par l'accent d'intensité qui porte sur la dernière syllabe du noyau du groupe grammatical ou sur l'avant dernière syllabe si le noyau  du groupe grammatical se termine par un « e » muet. Chaque accent tonique correspond à une pause légère qu'on appelle souffle ou coupe, ou forte qu'on appelle Césure.

EX1: Le rythme symétrique

Pleu – rez, -/ doux – al – cy – ons, -// Ô - vous, -/oi – seaux – sa - crés// (Chénier)

                  1        2         3      4     5       6    //    7        8     9       10      11   12

        2         +                 4            //        2         +                 4

 

EX2 :  Le tétramètre

Ah! - Tout – doux, - / lais - sez – moi, // -  de – grâ – ce,/ -  res – pi – rer / 
  1         2          3     /   4        5       6    /     7      8      9 /     10    11   12 /

Nb: Ce vers peut aussi être considéré comme un rythme binaire dans le cas où on le lit en marquant uniquement une pause à la sixième syllabe.

par Thierno Ly

Professeur de lettres modernes au Lyc ée Cheikh Omar Foutiyou Tall de Saint-Louis

Doctorant à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis

Par THIERNO LY - Publié dans : littérature française :"
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Jeudi 7 mai 2009 4 07 /05 /Mai /2009 03:38

II.    Évolution de la poésie: de la renaissance au surréalisme

            Avant l'avènement de la renaissance la poésie a connu une évolution particulière, notamment au moyen âge, qu'il est important de rappeler.

1. l'art poétique avant la renaissance

            Déjà dans l'antiquité gréco-latine, précisément au 6ème siècle avant JC, quelques 27000 vers épiques qui composent l'Iliade (histoire de la guerre de troie  autour du personnage d'Achille) et l'Odyssée (le retour périlleux d'Ulysse à la conquête de la toison) sont attribués à Homère.

            Au 8ème siècle, le poète Hésiode réunissait à travers la théogonie la généalogie des dieux qui explique l'origine du monde. La poésie devient, après ces siècles, lyrique, à travers des vers élégiaques et satiriques, notamment ceux qui  composent les odes de Pindare; avec Sophocle et Euripide se développait la poésie tragique et dramatique, pendant que Aristophane composait des vers comiques. Ensuite, la poésie fut structurée en quatre catégories: épique, didactique, lyrique, et dramatique.

            Les poètes latins allaient davantage promouvoir la poésie satirique, épique et lyrique, à travers Virgile qui avait su élever le style, et Horace le simplifier avec sa poésie mineure faite d'épîtres et de satire.

            Au moyen âge, la poésie légère et mondaine se distingue par sa musique et sa déclamation interprétée par des jongleurs. Avec les troubadours, elle célébrait l'amour qui influencera les premiers poètes de la renaissance.

2.      La poésie de la renaissance

                        a. les principes de l'art poétique au 16ème siècle

            Portant encore quelques empreintes de la poésie du moyen âge, elle se distingue surtout par l'imitation des formes poétiques gréco-latines, notamment l'Ode de Pindare et le sonnet de Plutarque. A cela s'ajoute le renouvellement et le perfectionnement de la langue française; Ce qui favorise une prolixité verbale excessive et variée qui se fonde sur un art poétique prônant la rigueur de la démarche et la fécondité des idées.

            La première école poétique est formée par Clément Marot qui agite l'idée d'un art poétique basé sur la simplicité et la courtoisie du langage. Sa poésie reste encore limitée à la cour et cherchait le raffinement, le plaisir, la discrétion dans le langage. Cette époque marotique garde encore les formes poétiques du moyen âge telles que la ballade, le rondeau, et celles imitées des anciens gréco-latins comme le sonnet (voire les formes poétiques fixes) dont on dit qu'il est le précurseur au 16ème siècle. Cependant, le caractère médiéval, frivole, et parfois courtois de la poésie fait que sont art poétique est qualifié de mineur.

            Arrive ensuite la génération Lyonnaise, composée de Maurice Scève, Louise Labbé, etc., et qui progressivement va promouvoir l'abandon des formes poétiques du moyen âge. Elle sert de transition vers la pléiade qui permit de renouveler l'art poétique au 16ème Siècle.      Dans l'histoire de la littérature, la Pléiade est le nom donné à un groupe de sept poètes que sont  Pierre de Ronsard, Joachim Du Bellay, Rémi Belleau, Etienne Jodelle, Jean Antoine de Baîf, Pontus de Thiard ou Thyard, Jacques Peletiers du Mans qui sera remplacé, à son décès, par Jean Dinemandi dit Dorat; Mais avant de s'appeler la Pléiade, ce groupe de génies de la langue française s'appelait la Brigade lorsqu'elle fut fondée au collège Coqueret que dirigeait Jean Dinemandi dit Dorat. Dans leur art poétique, ils se fixent trois règles: le renouvellement de la poésie, l'abandon des formes poétiques médiévales, et l'imitation des anciens gréco-latins. Ils introduisent aussi dans l'art poétique la notion de beauté et d'embellissement dont leurs prédécesseurs ne se souciaient point. Cette conception esthétique de l'art poétique les poussa à renouveler la langue française en l'enrichissant de mots nouveaux.

            b. Les formes poétiques fixes au 16ème siècle

            Il y a plusieurs formes poétiques fixes dont les principales sont:

ü  Le rondeau: forme poétique du moyen âge, il est construit sur trois strophes avec un refrain repris d'une strophe à une autre.

ü  La ballade: elle est construite sur trois strophes dont le nombre de vers dépend du nombre de syllabes de chaque vers.

ü  Le pantoum: c'est un poème formé de quatre quatrains, caractérisé par des rimes croisées. Il est construit de telle sorte que le deuxième et le quatrième vers d'une strophe  forment le premier et le troisième vers de la strophe suivante.

ü  L'ode: c'est une forme poétique construite sur un nombre indéterminé de strophes isométriques.

ü  Le sonnet: Principale forme poétique du seixième siècle, le sonnet est un poème de quatorze vers répartis en deux quatrains et deux tercets dont les rimes sont disposées comme suit :

            ABBA/ABBA/CCD/EED OU CCD/EDE  = SONNET RÉGULIER

            ABAB/ABAB/  CCD/EED OU CCD/EDE = SONNET IRRÉGULIER           

3.      La poésie classique

            Maîtres à penser de l'art poétique du 17ème siècle, Boileau et Malherbe définissent les règles fondamentales de la poésie classique en marquant leur différence avec l'époque de la renaissance, notamment chez Boileau qui dans l'Art poétique (1674), formule la critique suivante : «Ronsard qui le (Marot) suivit (...) brouilla les pistes, fit un art à sa mode, (...) vit dans l'âge suivant, par un retour grotesque tomber de ses grands mots le faste pédantesque» (cité par Daniel Vaillant dans La poésie, imitation aux méthodes d'analyse des textes poétiques); Malherbe, quant à lui, préconise l'épuration du caractère trivial du langage poétique et condamne la préciosité excessive des poètes de la pléiade, ainsi que le jeu verbal essentiellement dominé par la première personne singulière. Au plan thématique, la poésie s'oriente de plus en plus vers l'idéalisme, la métaphysique (Pascal et Bossuet), le burlesque (Molière), le tragique (Corneille et Racine), le mondain (cf. Les fables de la Fontaine). Cette poésie garde encore un héritage formel, fondé sur l'imitation des anciens gréco-latins, notamment l'écriture en Alexandrin, malgré quelques différences d'appréciation sur la notion de rime, de souffle et d'enjambement qui relèvent désormais de la maîtrise de la syntaxe. Car l'enjambement étant interdit dans l'art poétique classique, le groupe rythmique correspond désormais au groupe syntaxique. Les formes fixes les plus prisées sont l'Ode que Boileau définit comme suit: « l'ode, (...) élevant son vol ambitieux, entretient dans ses vers commerce avec les dieux »; Et l'Ode héroîque qui, de l'idée de MALHERBE exalte les hauts faits guerriers des personnages historiques.

4.      La poésie du 18ème siècle

            Communément appelé siècle des lumières par l'esprit philosophique, académique et critique qui le caractérisait, le dix huitième siècle ne se distingue pas trop dans l'art poétique. En effet, les velléités de Voltaire de susciter la verve héroïque et épique, dans Henriade ne connaissent pas une grande diffusion, même si Dznis Diderot tente de promouvoir la prose philosophique qui tourne à l'expression dramatique de la sensibilité humaine (cf. De la poésie dramatique, 1759). D'autres poètes comme André Chénier, rapportent l'inspiration poétique à la science (cf. Fontanes rime Un Essai sur l'astronomie). C'est le début aussi d'une création poétique fondée sur l'art de la description qui annonce, avant la lettre, le Parnasse..

5.      La poésie du 19ème siècle: le romantisme, le Parnasse, le symbolisme

                        a. La poésie romantique

            Le romantisme peut être considéré comme un courant littéraire qui relève d'une vision de l'homme et de ses rapports à lui-même et au monde. Une vision qui établit des relations  de sensibilité étroites entre  le poète et son moi propre. Par ailleurs, il se fonde sur une esthétique qui s'oppose fondamentalement au classicisme; sous le romantisme, le poète est libéré de toute contrainte, notamment dans le domaine du théâtre où le drame romantique brise la règle des trois unités qui était la base du théâtre classique. C'est ainsi que dans la préface de Cromwell, Victor Hugo pose comme principe du théâtre romantique l'abandon de la règle des unités de temps et de lieu ou d'espace, et la conservation de l'unité d'action que le dramaturge, contrairement aux classiques, peut modifier en adjoignant à l'action principale des actions secondaires. Cependant, l'échec du drame romantique, notamment la représentation de Hernani de Victor Hugo en 1830 orienta les écrivains romantiques à se consacrer davantage à la poésie plus expressives du lyrisme personnel et du goût de la nature.

            Il faut noter que déjà en 1820, Alphonse De Lamartine écrit Les Méditations considérées comme une somme de confessions méditatives qui fondent les rapports de sensibilité qui lient le poète à la nature. De même, Victor Hugo, Alfred de Musset, Alfred de Vigny et Sainte Beuve conçoivent la poésie comme une esthétique du rêve, une écriture pure, simple et métaphorique. Seulement de l'inspiration découle la source  du sentiment et non de la raison, Et l'introspection ou l'expression du moi demeure un principe fondamental de l'esthétique romantique.

Néanmoins, l'excès du lyrisme personnel poussa alors certains d'entre-eux à se lasser du culte du moi pour embrasser celui de la forme et du beau, C'est le début du Parnasse

                        b. La poésie parnassienne

                                                                                    C'est en 1866, date de publication du recueil collectif le Parnasse Contemporain qu'il faut situer la naissance du mouvement. En effet, l'incompréhension de l'esthétique classique et romantique pousse Théophile Gautier à penser que le beau précède l'utile dans toute création littéraire, car disait-il: « Il n' y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien; tout ce qui est utile est laid » (Préface de Mademoiselle De Maupin, 1834). Comme lui, Leconte de Lisle, considéré comme le maître à penser du mouvement, et d'autres poètes fondent les principes de la poésie parnassienne sur le rejet de l'utile et le refus de chercher une prétendue vérité; il s'agit plutôt pour eux d'entretenir le culte de la forme savamment travaillée, la quête d'une beauté éblouissante, d'une extrême rigueur et précision, pour créer une poésie ornementale et monumentale. Leur langage trop recherché, vise un éclat qui donne parfois l'impression d'une poésie trop compacte et dense qui se caractérise par son impersonnalité. Néanmoins, l'intrusion du surnaturalisme Baudelérien, qui libère l'inspiration et dissimule le réel, de l'attitude Rimbaldienne, qui éloigne la poésie du domaine de la conscience mais le rapproche de celui de l'illumination, et de la conception Mallarméenne, qui fait de la poésie une esthétique de l'intelligence qui relève d'une quête supérieure, donne naissance au symbolisme.    

            c. La poésie symbolisme

            le surnaturalisme, l'illumination, l'ascension sont autant d'expression qui ont fait émerger dans la deuxième moitié du dix neuvième siècle, une poésie qui, comme un moyen d'expression métaphysique, cherche à dire l'indicible. Il s'agit désormais de suggérer la réalité par des allusions symboliques qui évitent de nommer l'objet de la création. Stéphane Mallarmé dit à ce propos : « Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est fait de discerner peu à peu; le suggérer, voilà le rêve ». Autre trait spécifique du symbolisme, c'est l'accompagnement musical dans la poésie; Paul Verlaine pense qu'il faut « De la musique avant toute chose », et s'adressant aux poètes, il ajoute: « Que tu n'ailles point / choisir tes mots sans quelque méprise / Rien de plus cher que la chanson grise / où l'indécis au précis se joint » (Art Poétique, 1874). Vers la fin du dix huitième siècle, certains poètes qui fréquentaient des peintres et artistes cubistes, font de la poésie une reproduction typographique du psychisme du poète, notamment les CALIGRAMMES de Guillaume Apollinaire, ainsi le surréalisme commence à prendre forme.

6.      La poésie du 20ème siècle: le surréalisme

            On situe généralement la naissance du surréalisme aux alentours de la première guerre mondiale, mais vers la fin du dix neuvième siècle des prémices annonçaient déjà la place de l'inconscient dans la création poétique.

a)      Inconscient et langage poétique

            Dans une célèbre lettre adressée à Georges Izambard, le 13 mai 1871, Arthur Rimbaud disait: « (...) et je me suis reconnu poète. Ce n'est pas du tout ma faute. C'est faux de dire: je pense; on devrait dire on me pense ». Cette réflexion pose la question de l'état psychique du poète , de ses rapports à lui-même qu'il ne peut saisir par sa raison ou sa conscience, mais plutôt, par leur dérèglement ou leur dysfonctionnement. Ainsi donc, par l'inconscient qui libère l'inspiration poétique de toute contrainte, le poète sonde l'inaccessible, en poussant son imagination au delà du rêve, et s'efface au profit des « discordances de son âme ». La poésie relève alors d'un dysfonctionnement psychique qui se manifeste dans l'écriture par l'automaticité du langage, le seul moyen de traduire le dérèglement de l'esprit lorsque le poète est sous l'emprise de son inconscient. Si le langage de l'inconscient chez Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé et Charles Baudelaire relève respectivement de l'illumination de l'esprit, de la force de l'idée et du surnaturalisme, tout de l'esprit, chez les surréalistes converge vers l'état hallucinatoire et hypnotique du poète. En surpassant ainsi le réel, le poète ne cherche-t-il pas à instaurer un langage psychanalytique dont la finalité est l'irrationalité; d'où le surréalisme.

b)     SÉMANTIQUE DU SURRELISME

            Dans Le Manifeste du surréalisme, André Breton définit le surréalisme comme un « automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée en l'absence de tout contrôle par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ». Dès lors, la compréhension du terme  surréalisme relève de plusieurs domaines, à priori insaisissables et, dont la convergence peut laisser supposer qu'il a un rapport étroit avec les mécanismes de l'esprit et de la pensée. En réalité, il procède d'un fonctionnement irrationnel de l'esprit au moment où toutes les censures (religion, culture, traditions, lois, etc...) se sont abaissées et peuvent être considérées, si elles sont effectivement exprimées par un poète dans un état inconscient et hypnotique, ou du moins ce qui lui ressemble, comme relevant de sa stricte volonté de placer son texte, même parfois référentiel, au dessus ou dessous de la réalité. On constate alors que le domaine qu'explore le poète surréaliste est vaste; il ne peut être délimité ni dans le temps ni dans l'espace. Il n'est, par conséquent,  que le résultat d'une association inédite d'images dont le but essentiel est de créer des sensations. Dans tous les cas, comme le suggère André Breton, qui le résume en trois principes: l'automatisme psychique, la liberté d'écriture, et l'absence de préoccupation esthétique ou de visée morale. Sous l'influence d'Arthur Rimbaud, de Stéphane Mallarmé et de Guillaume Apollinaire, André Breton théorisa l'idée que le surréalisme doit libérer l'homme du rationalisme de la culture occidentale qu'il considère comme dépassée. Ainsi, faire de l'inconscient la source de l'inspiration poétique relève d'un héritage freudien qui allait donner aux surréalistes la possibilité de proposer le rêve à l'état d'éveil, l'hypnose, le merveilleux et le sensationnel comme un moyen d'écriture.

 

c)      La technique de l'écriture surréaliste

            fortement influencée par les arts plastiques et la peinture, l'écriture surréaliste se fonde essentiellement sur une tradition picturale qui fait du rêve, du fantastique des moyens de parturition automatique de l'inconscient. C'est que du rêve découle un foisonnement d'images, à l'origine distantes, que le poète tente d'associer pour créer une sensation inédite. C'est aussi une manière de libérer l'art poétique de toute contrainte formelle et conventionnelle, car le dessin du pète surréaliste est, non de représenter le rêve, mais d'explorer leur inconscient. L'esprit, ainsi libéré, le poète surréaliste trouve un moyen de s'élever en tant qu'humain en développant l'idée qu'il n' y a pas de sujets tabou  dans le domaine de la création. C'est pourquoi, les thèmes développés sont: la religion, la morale, la justice, la destinée humaine, et  le sexe, etc. Cependant, l'amour est une source d'inspiration inaltérable dans la poésie surréaliste, tant et si bien que le poète en fait une représentation passionnée. A ce sujet, André Breton raconte dans Nadja (1928) sa relation sentimentale avec cette femme qu'elle appelle « la femme aux yeux de fougère ». De même, Paul Eluard exalte et sublime la femme tant aimée « Gala » qu'il compare à une muse. Mais le thème de la passion amoureuse est intimement liée à ce qu'on pouvait appeler «un érotisme déroutant » que Breton reprend sous le vocable  d'« 'érotique voilé » pour « périphraser » le poète.

            La poésie surréaliste n'est pas donc une représentation essentiellement esthétique de l'univers ambiant mais l'expression d'une beauté qui naît d'une association inédite et hasardeuse d'images magiques. C'est ainsi que l'auteur de Les chants de Maldoror, Isidor Ducasse, habituellement appelé le comte de Lautréamont, définit la poésie surréaliste comme « la rencontre fortuite d'une machine à coudre et d'un parapluie sur une table de dissection ».

d)      La conclusion

            Le surréalisme apparaît ainsi comme un mouvement artistique et littéraire révolutionnaire qui découle d'une conviction exprimée par André Breton et Phillipe Soupault, dont la base est l'écriture automatique. Leur idée c'est de produire des textes des images éblouissantes qui sont associées pour donner une forte intuition et des sensations hallucinatoires. Parmi les surréalistes les plus connus nous pouvons retenir André Breton, Louis Aragon, Phillipe Soupault, Guillaume Apollinaire, etc...

par Thierno Ly

Professeur de lettres modernes au Lyc ée Cheikh Omar Foutiyou Tall de Saint-Louis

Doctorant à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis

Par THIERNO LY - Publié dans : littérature française :"
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Vendredi 27 février 2009 5 27 /02 /Fév /2009 01:45
I.Essai de définition
Depuis Aristote qui le définit comme « un art qui se sert seulement du discours » jusqu'à Hegel qui le classe parmi « Les genres du langage verbal [qui se servent de] la parole, le langage », le théâtre a longtemps été considéré comme un discours textuel. Mais au 17ème siècle certains dramaturges commencent, en dehors de l'Europe, à soumettre le texte à la scène. Toujours est - il que le théâtre est un genre qui a toujours été placé entre le discours et la scène. Cet équilibre entre le texte et la scène est une illusion, une contradiction même du spectateur qui feint de comprendre une histoire qu'elle n'a pas lue et, qu'il aurait dû lire. A ce propos Bernard Dort pense : « Le théâtre fait de l'action une illusion et transforme, parfois, l'illusion en action. Son fonctionnement repose également sur le texte et sur la scène. Le texte est, par définition, durable, il s'offre à la relecture et à la répétition, il raconte; la scène, elle, est éphémère, elle reproduit mais ne répète jamais de façon identique, elle représente».
La définition la plus particulière, c'est Gordon Graig qui la donne au 20ème siècle ; Pour lui : le théâtre n'est « ni le jeu des acteurs, ni la pièce, ni la mise en scène, ni la danse [...], mais il est formé [...] du geste qui est l'âme du jeu ; des mots qui sont le corps de la pièce ; des lignes et des couleurs qui sont l'existence même du décor; du rythme qui est l'essence de la danse ». A partir de ce moment la théâtralité d'un texte ne s'apprécie plus que par la représentation scénique qui donne au discours tout son sens. Seulement le théâtre, au-delà de sa bivalence Texte/Scène, est avant tout un art de la « mimésis » du grec miméomai qui signifie imiter.
En réalité, l'étymologie du mot permet mieux de régler le problème de définition. En effet, le mot théâtre vient du grec Théaomai qui signifie « regarder avec attention, avoir des visions ». Ce qui confirme que la base du théâtre est la représentation scénique qui reflète le réel par la ponctualité des actions ; or le texte ou le discours en constitue l'aspect fictionnel ou imaginaire. Le théâtre est donc un genre qui implique un spectateur qui regarde (un regardant) et un acteur qui imite, agit, et qui est regardé. Le spectateur et l'acteur communiquent à travers les éléments suivants : un langage verbal et non verbal, une intrigue ou action dramatique qui constitue la structure interne de la dramaturgie, les actes, les scènes et les tableaux qui en constituent la structure externe.
II.Le théâtre : écriture et spécificité
Parce que le théâtre est une écriture indépendante, il se distingue par son langage particulier qui s'appuie sur une double énonciation : oral/écrit, et une double réception : lecteur/Spectateur.
1.Le langage théâtral
On peut l'étudier à travers le langage verbal, non verbal et paraverbal
a.Le langage verbal
La dramaturgie se fondant d'abord sur l'oral et l'écrit, le dramaturge ne peut s'abstenir d'un code verbal pour écrire ou représenter son texte. Et le caractère double de son énonciation fait qu'il est avant tout un système de communication qui répond aux conventions de la langue de production. Ce discours verbal se présente souvent sous forme de dialogues entre le lecteur et le dramaturge, ou l'acteur et le spectateur ; Un dialogue perceptible aussi à travers les didascalies (ou indications verbales à propos de la représentation scénique). On note deux types de didascalies : les didascalies internes qui renvoient à l'espace, au temps et à la psychologie des personnages et les didascalies externes constituées d'un ensemble d'indications en dehors du texte.
b.Le langage non verbal
L'une des caractéristiques du théâtre étant la représentation scénique, le langage de la scène (non verbal et paraverbal) diffère du langage du texte (verbal). C'est pourquoi le théâtre par le jeu de la scène ou de l'acteur utilise un langage codé qui se distingue par l'absence d'un code verbal. C'est ainsi que les échanges entre le spectateur et l'acteur peuvent se faire par le regard ; L'acteur peut alors s'exprimer par des gestes, des signes, des accessoires comme les costumes, le décor qui peut faire l'économie de la description des lieux, ou le mimétisme, etc..
c. Le langage paraverbal
Si le regard peut-être considéré en théâtre comme un langage non verbal, les sons qui alertent le sens auditif du spectateur lui permettent aussi de recevoir un message transverbal, voire paraverbal. Il s'agit surtout des déclamations, des indices vocaux (rires, pleurs, cris, etc.) et le décor sonore (bruitage, musique en sourdine).
2.Les formes du discours théâtral
Le dialogue est la principale forme du langage théâtral. Il est souvent considéré comme un ensemble de répliques qui peuvent être opposées (Stichomythie) ou présentées sous forme de tirade (longue réplique). Lorsqu'une action d'un personnage ne peut pas être représentée, le dramaturge peut se servir du récit, notamment par le monologue (lorsqu'un personnage parle seul sur la scène) ou l'Aparté (lorsqu'il tient un discours que les autres n'entendent pas sur la scène). Il est aussi possible qu'un personnage s'adresse directement aux spectateurs, on parle alors d'adresse directe au public.
3.La structure de la dramaturgie
Elle peut-être constituée de la structure interne au texte et de la structure externe au texte ou la composition scénique.
a.La structure interne au texte
Le théâtre est essentiellement composé des éléments suivants :
L'exposition : elle peut être considérée comme la situation initiale de la pièce. Elle donne des indications sur les personnages, les lieux, le temps, et parfois même sur l'intrigue.
L'action : elle se caractérise par les entraves au nœud de l'intrigue qui relèvent ou non du gré du héros, les évènements ou péripéties, les coups de théâtre qui sont des changements brusques et imprévus qui relancent le suspens. Elle est divisée en actes qui regroupent un ensemble de scènes ; une Scène est définie en fonction de l'entrée ou de la sortie des personnages.
Le dénouement : il correspond à la situation finale de la pièce où la dernière entrave est supprimée et fixe le sort du héros.
Nb : dans le théâtre moderne les actes et les scènes sont remplacés par des tableaux
b.La structure externe au texte : le lieu théâtral
Le lieu théâtral est constitué des éléments suivants:
L'espace est le lieu principal où se déroulent toutes les actions. Il est au moins composé d'une scène, du décor, des acteurs et du public.
La scène est le lieu particulier où se déroule le jeu des acteurs qui peuvent s'y succéder. Elle varie selon les actions et le décor.
Le décor est constitué d'un ensemble d'ornements sur l'environnement de la scène. Il peut-être constitué de sons, de lumières, etc.
Les acteurs sont des personnes qui représentent des personnages du texte théâtral pour donner à la fiction une illusion de la réalité. Bernard Dort dit à propos de l'acteur : « Au moment même où il est sur le point de se dissoudre dans la fiction scénique, son corps et sa voix sont là pour nous rappeler qu'il est irréductible à toute métamorphose achevée.»
Le public est composé des spectateurs de classes sociales diverses, même si jusqu'au 17ème les spectateurs appartenaient à la haute classe : l'aristocratie et la bourgeoisie.

III.Les principales formes théâtrales
Dans son évolution à travers les siècles le théâtre a connu plusieurs formes dont les principales sont : la tragédie et la comédie, ainsi que d'autres formes tirées de celles-ci.
1.Les formes archaïques
Le théâtre grec est intimement lié à un espace et un thème sérieux (cf. le théâtre joué dans un temple), de même que le théâtre au moyen âge (cf. intérieur d'église puis parvis). Cependant on pourra constater que ces formes archaïques vont progressivement abandonner leur aspect religieux pour être fondé sur la simple représentation d'une fiction fabuleuse qui a plus une fonction socio-politique que religieuse. Le théâtre romain tentera de reprendre les formes de la tragédie grecque, mais les spectateurs retiendront plus leurs caractères exotiques que leurs aspects dramatiques.
2.La tragédie
a.Essai de définition
L'origine du terme est incertaine ; On fait remonter le mot tragédie à l'étymologie du grec tragos qui signifie « le bouc » et ôïdé qui renvoie au « chant », le terme peut donc se comprendre comme « le chant du bouc » littéralement. Mais au 4ème siècle avant J.C, le philosophe grec Aristote le définissait comme une « imitation d'une action de caractère élevé et complète {...] faite par des personnages en action et non au moyen d'un récit, et qui suscitant pitié et, crainte opère la purgation (purification) propre à de pareilles émotions ». Au 17ème siècle Pierre Corneille la considère comme un théâtre qui « se propose de soulever l'admiration du spectateur par l'étalage de la forme morale de l'homme supérieur qui s'affirme dans les victoires répétées de la volonté sur les passions »
b.Les principes
Les principales règles de la tragédie sont :
La vraisemblance : la tragédie doit préserver l'illusion de la réalité en faisant correspondre le temps de la fiction à celui de la représentation ; Car l'imitation de la réalité doit être proche de la vérité.
Le respect de la règle des trois unités : l'unité de temps (la pièce ne doit pas dépasser 24 h), l'unité de lieu (l'action se déroule dans le même espace), l'unité d'action (une seule action est possible).
La bienséance : le héros doit être vertueux, le langage précieux, la représentation de certaines actions indécentes est bannie (sexualité, violences physiques, injures, etc.) pour ne pas choquer le public.
Les personnages et le public : ils sont issus de l'aristocratie ou de la haute bourgeoisie. Dans la fiction du texte théâtral, ils peuvent être tirés de l'histoire ou de la légende.
Le temps de l'histoire ; il se situe dans l'époque de la mythologie grecque ou l'antiquité romaine. Il peut parfois faire allusion à un référent biblique.
c.Sa composition
L'action dramatique comme comique est composée de 3 étapes :
L'exposition : elle présente les personnages et l'histoire dramatique. Elle doit être concise, précise et vraisemblable.
Le nœud de l'action : l'action se déroule généralement en trois phases : obstacles au héros, péripéties ou enchaînements des actions, et les coups de théâtre.
Le dénouement : il est souvent malheureux et douloureux (mort, folie, tentative de suicide, etc., suscitant ainsi la pitié et la compassion du public. Il doit être rapide et est considéré comme l'aboutissement logique de l'action dramatique.
NB : la pièce tragique est composée de cinq actes constitués d'un nombre indéterminé de scènes.
d.Sa fonction
Racine dégage le but principal du théâtre en ces termes : « la principale règle est de plaire et de toucher ». Mais elle a aussi une valeur morale qui vise à instruire le public par l'exemple de la terreur, la pitié, l'honneur, le courage, le vertu, etc.. En outre, la véritable fonction du théâtre est Cathartique, c'est-à-dire purgatif ou libérateur ; Le spectateur en prenant l'exemple d'un personnage, victime mortelle de sa propre passion, apprendra sans doute à maîtriser les siennes.
3.La comédie
a.Essai de définition
Pratiquée pour la première fois en Grèce, l'origine du terme remonte à l'étymologie Comœdia qui renvoie au « chant du Cômos (nom donné Dionysos dans la mythologie grecque) ». Aristote l'oppose à la tragédie et la définit comme « l'imitation des hommes de qualité morale inférieure, non en toute espèce de vice, mais dans le domaine du risible, lequel est une partie du laid ». Déjà le dramaturge grec, Ménandre l'appréciait comme le genre de la peinture des comportements psychologiques de l'homme. Au 5ème siècle avant J.C, Aristophane le classait parmi les genres politiques et satiriques. Au 17ème, elle conserve plus ou moins les mêmes principes que la tragédie.
b.Les principes
La comédie conserve les mêmes règles que la tragédie avec les différences suivantes :
Les personnages et le public : ils appartiennent à la basse ou moyenne classe sociale. Ce sont des hommes du peuple et de la bourgeoisie
Le temps de l'histoire : il se situe dans l'époque contemporaine. Il fait allusion à une histoire inventée ou tirée de la vie quotidienne.
c.Sa composition
Voir la composition de la tragédie.
d.Sa fonction
Molière pense que le but principal de la comédie est de plaire : « Je voudrais bien savoir si le grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire ». Elle a aussi un but moral et didactique, car les latins disent « Castigat ridendo mores » (« corriger les mœurs par le rire »), On présente aux hommes leurs vices pour les pousser à mieux les corriger.
NB : Vers la fin du 17ème siècle, certains dramaturges ont tenté de réconcilier la tragédie et la comédie en donnant naissance à la tragi-comédie. Ce sous - genre obéit à la fois aux principes des deux genres, mais se distingue par le fait que l'action dramatique reste grave (tragédie) alors le dénouement est heureux (comédie).
4.Le drame bourgeois
Diderot est le créateur du drame bourgeois. Avec Le Fils naturel (1751) et Le Père de famille (1758), il vise l'idéal et cherche « à rendre la vertu aimable et le vice odieux ». Pour lui, le théâtre doit être une représentation simple et naturelle des choses. Et le jeu des acteurs doit être contrôlé par la raison et non par les sens. Il pense que le drame bourgeois est considéré comme un théâtre qui est fait « pour attendrir et moraliser la bourgeoisie et le peuple en leur présentant un tableau touchant de leurs propres aventures et de leur propre milieu »
5.Le drame romantique
a.Essai de définition
Dans la préface de Cromwell, Victor Hugo définit le drame romantique comme un théâtre « qui fond sous un même souffle le sublime et le grotesque ». Il dira même que «le drame c'est la vie, qu'il est vaste et variée comme elle, qu'il est fait de rire et de larmes [...] ».
b.Les caractéristiques du drame romantique
Les principes du drame romantique sont : l'abandon des unités de temps et d'espace, et la conservation de l'unité d'action. Le langage prosaïque s'il peut - être utilisé doit l'être de manière simple et naturelle. L'innovation apportée à l'unité d'action par les romantiques, c'est qu'on peut désormais joindre à l'action principale des actions secondaires.
Le drame romantique est avant tout un théâtre historique ; il tire donc sa source du passé ; Les péripéties de l'action doivent donner l'impression de la vie ou du vécu ; Leur durée n'a pas de limite, car les évènements peuvent se dérouler sur des années. Il permet le mélange des sujets tragiques et comiques.


Par THIERNO LY
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Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /Fév /2009 02:56

I. PRESENTATION DE L'AUTEUR
A Biographie et Bibliographie

Ahmadou Kourouma est né en 1927 à Boundiali, dans le nord de la Côte d'Ivoire, d'un père à la fois commerçant, cultivateur et chasseur et, d'une mère restée très attachée à la tradition Malinké. Il grandit auprès de son oncle Nankoro sous la colonisation française. Il est enrôlé durant trois ans comme tirailleur sénégalais en Indochine. A son retour en 1960 il travaille dans les assurances. En 1963, il est accusé de complot contre le président Houphouët-Boigny et se retrouve au chômage. Offusqué par les arrestations de proches, il défend par l'écriture ses compatriotes opprimés et s'insurge contre le régime d'Houphouët-Boigny. Après la représentation de sa seule et unique pièce de théâtre, Le diseur de vérité (1974), il est contraint à l'exil pendant près de vingt années. Eloigné de son pays et de son peuple, il peine à retrouver le style de ses débuts, parce qu'il " ne pensait plus en malinké mais en français " ; ce qui explique que Monné, outrages et défis, qui évoque les 150 ans de colonisation de son pays ne paraît qu'en 1990. De retour en Côte d'Ivoire en 1994, il publie, En attendant le vote des bêtes sauvages en 1998, qui traite de la période de la guerre froide alors que son dernier roman, Allah n'est pas obligé paru en 2000 raconte la vie d'un enfant soldat. Contraint à l'exil au début de l'année 2003 à cause des déviations du régime de Laurent Gbagbo, Ahmadou Kourouma milite pour le retour de la paix en Côte d'Ivoire. Il meurt le jeudi 11 décembre 2003 à Lyon à l'âge de 76 ans.

B Style de Kourouma
1. Le langage de Kourouma

L'ampleur politique des ouvrages d'Ahmadou Kourouma a été soutenue par un extraordinaire travail sur la langue, " l'aboutissement de toute une recherche sociologique, d'une imprégnation dans la culture et la langue de mon pays " (Ahmadou Kourouma, « Le magazine littéraire n°390 », septembre 2000). En cherchant à " malinkiser " le français pour traduire la façon d'agir et de penser des Africains, il adopte une écriture réellement originale dont l'humour est indiscutablement présent, rendant ainsi " supportables les horreurs " qu'il est amené à relater.
En outre, Kourouma chamboule la structure classique de la langue française par une appropriation personnelle et culturelle : « la malinkisation ».

2. L'idéologie de Kourouma

Elle se fonde essentiellement sur la notion de « bâtardise »que Kourouma utilise comme un dogme philosophique dans son œuvre. C'est une simple ironisation de l'illégitimité, car le bâtard est exclu traditionnellement de la société. Cette notion reflète les contradictions internes d'une société ivoirienne, voire africaine, en crise politique, économique, sociale et culturelle permanente, sous les « soleils des indépendances ». En particulier, Kourouma en donne une acception trilogique : la corruption, l'acculturation, et la désintégration du tissu social. En réalité, chez lui, la corruption relève d'abord de la nature physique, biologique et morale. A cela s'ajoute ce que Harris Mémel Fotê appelle « les contre-valeurs dans l'ordre moral. A voir l'insolence, (...), à voir l'indécence, démoniaque des marabouts (viol de Abdoulaye sur Salimata), à voir l'mmodestie des jeunes (...), à rappeler les tortures dont les Etats affligent les prisonniers politiques d'aujourd'hui, on identifie les normes de la contre-morale nouvelle : profanation de tout ce qui est sacré, désennoblissement de la personne humaine, déshonneur et mensonge, violence et cruauté ».Essai sur les Soleils des indépendances (pp.57-58). En somme l'idéologie de Kourouma s'appuie sur une métaphysique de la bâtardise qui se conçoit, chez lui, de manière iconoclaste, voire révoltante, sceptique et finaliste. Il reste simplement à noter le syncrétisme tacite entre la religion musulmane et les résidus du paganisme qui donne une idée de la conviction religieuse de Kourouma qui ne s'affirme pas de manière claire dans l'oeuvre.

II. L'œuvre
A Le résumé de l'œuvre

Les Soleils des indépendances évoque ces années où l'Afrique décide de prendre en main son destin. La décolonisation est pleine d'espoir, mais les africains déchantent très vite face au cortège de désillusions qui l'accompagne. Les bouleversements politiques survenus en Afrique dans les années soixante ont modifié un système établi depuis des générations, mais le désarroi des populations semble encore grandir, tout comme la misère qui règne partout. La promesse de jours meilleurs disparaît rapidement et le désenchantement est à la mesure des espoirs entretenus. Si l'action du roman est transposée dans un pays imaginaire, la république de la Côte des Ebènes, on reconnaît sans peine la référence à la Côte-d'Ivoire d'Houphouët-Boigny qui instaure une démocratie de façade avec son parti unique, l'organisation d'élections truquées et une justice corrompue sous le contrôle du pouvoir. Pour se protéger de « la damnation qui pousse aux fesses du nègre », pour se prémunir de la misère quotidienne on s'en remet aux divinités. On croit à Allah mais on n'oublie pas les traditions occultes et animistes ou païennes. Si ce syncrétisme étonnant cherche à conjurer les malheurs qui continuent à s'abattre sur l'Afrique, c'est le sort réservé à la femme qui afflige encore davantage. Symbolisant la tragique condition de la femme africaine, Salimata subit, résignée, l'excision, le viol d'un féticheur, la honte de la stérilité, l'indifférence de son mari, puis la difficile cohabitation avec une seconde épouse. La description du combat entre les deux femmes jalouses qui s'arrachant les vêtements pour montrer, ici, « la matrice ratatinée d'une stérile » et, là, « la chose pourrie et incommensurable d'une putaine », illustre bien l'écriture imagée d'Ahmadou Kourouma qui fait une grande place aux proverbes et aux expressions malinké.

B Les personnages

Fama : le héros du récit, malgré ses déboires, reste attaché aux traditions de sa tribu et continue à porter les costumes d'antan. Il est le dernier descendant des Doumbouya, la famille régnante du Horodougou, et est désormais contraint à la misère. Fama est parti vivre dans la capitale, loin du pays de ses ancêtres, avec son épouse Salimata qui ne peut malheureusement lui donner un enfant. Un jour, il apprend une nouvelle étonnante : son cousin Lacina, prince de Horodougou, vient de décéder et il est appelé à lui succéder. Il décide de faire son devoir et prend le chemin de Togobala. Pendant le voyage, on lui parle du temps où les Doumbouya étaient encensés, admirés. Arrivé à destination, il constate que tout a bien changé ; le village est délabré et ses habitants sont devenus fort âgés, mais il est heureux tout de même d'être revenu sur les terres de ses ancêtres. Lacina lui a légué en héritage quatre veuves, dont Mariam, une ravissante jeune femme qui, il l'espère, pourra enfin donner un enfant au prince du Horodougou qu'il est devenu. S'il est devenu maintenant chef traditionnel du Horodougou, le parti unique du gouvernement des Ebènes n'en est pas pour autant ravi. Pour un motif futile, il se retrouve emprisonné. Là commence pour lui une vie de galère qui représente symboliquement le drame quotidien des africains au - delà des ivoiriens, en plus de sa vie conjugale houleuse avec sa femme Salimata.

 Salimata est une femme sans limite dans la bonté du cœur. Elle a les dents régulières, très blanches et une peau d'ébène. Elle provoque le désir. Le fait d'avoir une autre femme sous son toit la rend hystérique. Les années passées n'ont en rien affaibli son charme et sa beauté. Dans sa jeunesse, elle a été violée par le marabout Tiécoura et, maintenant, elle fait ce qu'elle peut pour subsister... Elle comblerait son mari si seulement elle n'était pas stérile. Les prières d'Allah, les fétiches, les sacrifices... rien ne permet de leur donner le droit d'être parents. Ce qui, peut-être, a fait naître en elle un sentiment de jalousie vis à vis de Mariam, une femme que a héritée de son cousin décédé Lacina au nom du principe du Lévirat.

 Mariam, la seconde épouse de Fama, est la cause de l'hystérie de Salimata. Elle est belle, ensorcelante et très charmante : la femme parfaite pour le reste des jours d'un homme. Dans ses yeux vifs, on peut lire la tendresse et le tempérament d'une femme prête à servir. Elle est bien plus belle et séduisante que Salimata, que son mari délaisse. Malgré son caractère bien trempé, elle est toujours souriante.

 Tiécoura, est un marabout féticheur, à l'air effrayant, répugnant et sauvage. Son regard ressemble à celui du buffle noir de savane et ses cheveux tressés sont chargés d'amulettes et hantés par une nuée de mouches qui provoquent la nausée et l'horreur. Inspirant la peur, il a le nez élargi, avec des narines séparées par des rigoles profondes. Il porte des boucles d'oreilles de cuivre et a un cou collé à l'épaule par des carcans de sortilège. Ses lèvres sont ramassées, boudeuses et sa démarche est peu assurée. C'est peut-être ce qui rapproche son portrait de celui de Balla.

 Balla, le vieil affranchi aveugle, est un homme gros et gras. Il porte toujours des vêtements de chasseur et son pas est hésitant. Des essaims de mouches tournent autour de son visage boursouflé, jusque dans le creux des yeux et des oreilles. Ses cheveux tressés et chargés de gris-gris lui donnent un air grotesque qui n'enlève rien à la crainte qui émane de lui. Il se compare lui-même à un vieux chien ou à une hyène solitaire.

III. Le cadre spatio-temporel

Si l'action de son premier roman, Les soleils des indépendances (1968), se déroule dans un pays appelé la République de la Côte des Ebènes, personne n'est dupe, la réalité suggérée est bien celle de la Côte d'Ivoire. Seulement l'univers géographique est étendu ; à ce propos Ch.G. Wondji affirme : « l'univers géographique dans lequel évolue les différents personnages et les différentes actions de ce roman, est caractérisé par sa grande extension donc la multiplicité interne et la variété. ». Mais on peut surtout étudier le cadre spatial à travers la ville, le village, la prison, et le cadre temporel à travers les périodes de la colonisation, des indépendances.

. Le cadre temporel
1. Le temps chronologique

Dans la première partie du roman (9-57), le temps est régulier : le récit commence par le 7ème jour des funérailles de feu Ibrahima Koné ; une journée (de prière et de funérailles) réduite aux 5 moments de la prières : l'aube, l'après midi (deux prières), le crépuscule, le soir. Ensuite le narrateur suspend le temps chronologique (chap.4) à partir de midi de la troisième journée du récit, où le temps semble se figer. Il n'y a presque aucune indication temporelle jusqu'à la 4ème journée où le temps chronologique reprend et correspond à une étape du voyage de Fama vers Togobala et Bindia. A la 5ème journée, au matin, Fama reprend son voyage et passe la nuit de la 6ème journée à Togobala dans le Horodougou. A partir de ce moment le temps devient confus et vague ; le décompte des jours n'est plus possible, il se résume à 23 soleils qui se couchent répartis de manière imprécise dans les quarante jours des funérailles de feu Ibrahima Koné.
Il y a aussi la nuit qui correspond au temps de la souffrance et de la torture dans les différentes prisons fréquentées après son arrestation. En réalité, le héros n'a plus aucune notion du temps en prison : « un matin, on comptait qu'on y (les prisons) avait vécu depuis des années ; le soir, on trouvait qu'on y était arrivé depuis des semaines seulement ».
2. Les paradoxes du temps verbal : parallélisme entre le passé et l'actualité du héros

Dans les Soleils des indépendances le temps connaît des distorsions entre les références à un passé, voire à un passé lointain et plus ou moins lointain, et même immédiat, et le présent actuel du héros, c'est-à-dire la période des indépendances.
Le passé lointain correspond au temps mythique, celui des origines et des traditions africaines dont Fama se réclame.
Le passé plus ou moins lointain renvoie au temps historique, celui de la gloire des Malinkés et de leur fierté, mais aussi celui du négoce florissant pour eux.
Le passé immédiat est celui de la résistance contre le colonisateur pour laquelle Fama s'est sacrifié.
Le présent actuel de Fama, c'est celui de l'expérience douloureuse et de la réalité tragique des indépendances pour lui ; c'est le temps de la « bâtardise ».

3. Le temps des saisons

L'Harmattan connote « la sécheresse, la faim, la peur, l'insécurité » (cf. « Temps et Espace » par Gérard D. LEZOU, Essai sur les soleils des indépendances) ; Cette saison est comparée aux déboires de Fama et explique sa tragédie : « [Fama est] stérile comme le roc, la poussière et l'harmattan »
L'orage et la pluie annoncent la souffrance. En effet, la symbolique du soleil, surchauffé et suffocant, qui succède à la pluie orageuse, est le moment de la tragédie de Salimata (l'épouse de Fama), « volée, violée et maltraitée sur la place publique » (cf. « Temps et Espace » par Gérard D. LEZOU, Essai sur les soleils des indépendances)
NB : Il faut noter que le temps peut être analysé comme un dédoublement des itinéraires parallèles de Fama et de son épouse Salimata. En vérité, tout le temps du récit des Soleils des indépendances se lit suivant une chronologie mortuaire : de la mort de son oncle KONE Ibrahima qui débute le récit, à celle de Fama qui l'achève, en passant par celle de son cousin Lacina qui en constitue une sorte de pause narrative durant laquelle le héros semble se complaire à une intronisation princière éphémère. Mais le temps, pour qu'il soit bien compris, se déploie dans un cadre spatial, référentiel eu non référentiel.

A. Le cadre non référentiel

Il s'agit de tous les espaces, suggérés dans le roman, qui ne font pas référence à la réalité socioculturelle de l'auteur ; on l'appelle aussi le cadre mythique.
Nous avons dans le texte de Kourouma « [...] l'ourébi, loin dans l'inexploré de la brousse, au creux d'une montagne où naissait une source fraîche, [...] », où Balla le vieux chasseur savant rencontra un buffle - génie. Cet espace est aussi symbolique qui donne au roman de Kourouma un caractère merveilleux et fabulatoire qui rappelle le mythe ou le conte (cf. le récit de Balla, pp 129-131).

B. Le cadre spatial référentiel
                                     VOIR SCHEMA CI-DESSOUS

Nb : Salimata fait le chemin inverse de Fama et le retrouve dans le quartier du marché de Treichville ; Gérard Lezou affirme : « l'espace urbain circonscrit par ces deux personnages est un quartier d'Abidjan, Treichville, relié au quartier commercial, le Plateau par le pont Houphouët Boigny »

Par THIERNO LY - Publié dans : littérature africaine - Communauté : discussions littéraires
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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /Fév /2009 18:36


I. DEFINITION

Genre protéiforme et fruit de l'imagination, le roman est considéré comme un long récit en prose qui se distingue par la présentation de personnages, de faits, de milieux donnés comme réels et à partir desquels une histoire est inventée, réinventée ou reconstituée par le romancier.

II. LA STRUCTURE DU ROMAN

Les éléments constitutifs du roman sont généralement le cadre spatio-temporel, les personnages, le récit et le modèle narratif.

1. LE CADRE SPATIO-TEMPOREL

C'est l'élément par lequel le romancier donne à son histoire inventée ou réinventée et au processus métamorphique du référent réel, un caractère de vraisemblance qui inscrit son texte dans une perspective référentielle. Il permet alors au personnage d'évoluer dans l'illusion de la vérité. L'espace dans le roman peut être présenté comme, soit un lieu ouvert (cf. Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne), soit un lieu fermé (cf. La pension Vauquer dans Le père Goriot de Honoré de Balzac). Toujours est-il que l'espace donne un sens au texte et peut révéler le comportement d'un ou de plusieurs personnages (cf. la physiognomonie : science qui étudie le comportement des hommes par le milieu). Il occupe donc plusieurs fonctions dans le roman selon l'histoire racontée. Par exemple dans La peste d'Albert Camus, l'espace ouvert de la mer symbolise la pureté et l'espoir ; dans L'étranger, par contre, elle est le lieu du drame et de la fatalité.
Le temps peut être précisément indiqué dans le roman, comme dans le roman historique où les évènements et les péripéties de l'action suivent une chronologie plus ou moins exacte. Dans le roman de fiction, par contre, le temps est à dessein présenté de manière anachronique. Ainsi est-il galvaudé et ne suit-il pas l'ordre chronologique ; dans ce cas le récit est ponctué d'analepses et de prolepses. Dans Les tambours de la mémoire de Boubacar Boris Diop, comme dans certaines fictions romanesques, il est souvent occulté ; on parle alors d'Ellipse. Une longue histoire peut aussi être racontée en peu de temps, tandis qu'une courte histoire peut l'être en un temps long, on parle de vitesse narrative à échelle variable.

2. LES PERSONNAGES

Le roman est un genre qui a la particularité de présenter un nombre indéterminé de personnages qu'il est possible d'étudier en deux catégories :

 Les personnages centraux ou héros accomplissent des actions essentielles et indispensables au récit ; ce sont les principaux sujets (cf. Schéma actantiel de Greimas).
 Les personnages secondaires accomplissent des tâches considérées comme accessoires par rapport à celles des sujets. Ils peuvent s'opposer ou non aux sujets, mais leurs actions ne sont pas prépondérantes à l'évolution normale du récit.
Dans un roman, les personnages peuvent aussi être étudiés à travers leurs caractéristiques et fonctions dans le récit.

a. LES CARACTERISTIQUES DES PERSONNAGES

Le personnage peut être identifié dans le texte romanesque par son portrait physique, moral ou psychologique ; ou encore à travers le dialogue (ce qu'il dit), le monologue (ce qu'il pense), et le récit (ce qu'il fait)

b. LES FONCTIONS DES PERSONNAGES

Les actions des personnages dans un roman sont étudiées à partir de leurs fonctions narratives. Greimas a étudié dans sa sémantique structurale, les 6 fonctions narratives essentielles à la description des relations entre les personnages dans le roman, à travers son schéma actantiel.
Le schéma actantiel de Greimas

 La relation entre les personnages est tellement étroite - comme on peut le noter dans le schéma ci-dessus - qu'un personnage peut être à la fois Sujet et Objet, ou Sujet et Destinataire.

3. Le récit
Même si les fonctions narratives sont importantes dans le roman, on peut les étudier sans les personnages. Les actions peuvent donc s'enchaîner de manière indépendante dans le récit qui apparaît dès lors comme une succession d'évènements qui ne sont pas forcément chronologiques Celles-ci peuvent tourner autour d'un évènement central vers lequel convergent toutes les autres actions accomplies. Le récit peut être étudié en 5 phases :

                                                    L'exemple de la structure quinaire


 

 

4. LE MODELE NARRATIF
Il se distingue essentiellement par le statut du narrateur et son point de vue par rapport à l'histoire qu'il raconte.
a. Le statut du narrateur
Le narrateur est considéré dans le roman comme celui à qui le romancier a choisi de concéder l'initiative de la parole. Il peut choisir d'être présent (homodiégétique), d'être absent (hétérodiégétique) par rapport à l'histoire qu'il raconte. Mais ce degré de présence du narrateur dans le texte dépend de son emprise sur le récit, de sa relation à l'histoire ; s'il a l'initiative totale de la parole, on dit qu'il est extradiégétique ou le narrateur principal ; Si, par contre, il n'est sollicité que partiellement ou ne prend la parole que de temps en temps, on dit qu'il est un narrateur secondaire ou intradiégétique. En vérité, on ne peut mieux le distinguer dans un roman que par ses marques énonciatives, soient les premières personnes singulière et plurielle, soient les troisièmes personnes singulière et plurielle.

VOIR CI - DESSOUS SCHEMA ILLUSTRATIF DU STATUT DU NARRATEUR

Sources : Gérard Genette, Figures


b. LE POINT DE VUE DU NARRATEUR OU LA FOCALISATION
La focalisation dépend de l'énonciation ; Elle établit la relation entre le narrateur et la réalité de l'histoire racontée. Il existe trois types de focalisation :
 La focalisation O : Gérard Genette l'appelle aussi le regard de Dieu ; Le narrateur est alors omniscient ou omniprésent dans le récit dont il maîtrise toutes les péripéties. Il sait tout de l'histoire qu'il raconte et en dit même plus que les personnages n'en savent. NARRATEUR › PERSONNAGES
 LA FOCALISATION INTERNE : c'est le regard du témoin objectif, qui raconte tout juste ce que les personnages savent. NARRATEUR = PERSONNAGE
 LA FOCALISATION EXTERNE : le narrateur en dit moins que les personnages ne savent de l'histoire. NARRATEUR ‹ PERSONNAGES.

III. EVOLUTION DU GENRE ROMANESQUE

Le roman a connu une évolution notoire à travers les siècles ; ce qui a favorisé le développement de plusieurs types de roman.
1. Historique du genre

Si dans l'antiquité le roman était totalement absent de la production intellectuelle, c'est dû en partie au développement des récits oraux, notamment l'épopée et les histoires mythologiques. Néanmoins sur les traces de la chanson de geste qui supplée au poème épique antique, le roman commence à partir du 12ème siècle à intéresser les hommes cultivés du Moyen-Âge (Ex : Jean de Paris au 14ème siècle). Aux 16ème et 17ème siècle, le triomphe de la nouvelle, du conte et surtout de la poésie classique, relègue le roman au second plan de la production intellectuelle, malgré les récits de Gargantua et de Pantagruel, écrits par François de Rabelais, et les romans idéalistes de Honoré d'Urfé comme L'astrée, et de Mlle de Scudery comme Le grand Cyrus. Au 18ème siècle, l'esprit critique et la volonté de s'émanciper de la rigidité des règles classiques libèrent l'esprit de toutes contraintes formelles. On assiste alors à une émergence timide du genre avec Lesage, Voltaire, Diderot, et l'Abbé Prévost avec son célèbre roman Manon Lescaut. En réalité, c'est le 19ème siècle qui consacre la prépondérance du genre avec Honoré de Balzac, Victor Hugo, Gustave Flaubert, Emile Zola et les autres « puisque le romancier peut faire siens tous les sujets et toutes les idées et qu'il est par nature l'historien des mœurs et le peintre des caractères », affirme Pierre Chardon dans Expliquez-moi...Balzac. Quant au 20ème siècle, le roman connaît un renouvellement esthétique, notamment avec l'avènement du nouveau roman.

2. L'évolution du genre

Mis à part le roman chevaleresque du moyen âge, les romans idéalistes et satiriques ou réalistes de l'époque baroque, l'évolution du genre a donné les types de roman suivants :

 Le roman d'initiation : il traite de l'itinéraire de l'apprentissage d'un personnage au contact d'un monde extérieur. Ex : L'éducation sentimentale de Gustave Flaubert

 Le roman autobiographique : il constitue un récit à la première personne où l'auteur retrace sa vie. Ex : Les confessions de Jean Jacques Rousseau, Les mots de Jean Paul Sartre.

 Le roman picaresque : il retrace les aventures des marginaux et donne une appréhension singulière du monde. Ex : Gil Blas de Santillane de Lesage.

 Le roman d'aventures fait voyager des personnages vers d'autres horizons autour d'une action. Ex : Le tour du monde en quatre vingt jours de Jules Verne.

 Le roman historique : il situe l'action dans une perspective temporelle antérieure à celle de l'auteur.

 Le roman policier ; il attire l'attention du lecteur sur une action basée sur des investigations, des indices, des analyses psychologiques. EX : Gérard de Villiers

 Le roman de science-fiction : il situe l'action sur l'avenir de l'humanité par le biais de l'évolution scientifique. Il offre une vision soit pessimiste, soit optimiste du monde.

 Le nouveau roman : il se démarque des procédés narratifs habituels en neutralisant le personnage au profit du réel (un objet, un moment, etc.). Ex : Robbe Grillet

Par THIERNO LY - Publié dans : littérature française :" - Communauté : discussions littéraires
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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /Fév /2009 02:14

Sujet : Mallarmé s’adressant aux poètes s’écrie : « Ö vos propres ennemis ! Pourquoi  encenser et prêcher vous-mêmes cette impiété la vulgarisation de l’art ? Que les masses lisent la morale, mais de grâce ne leur donnez pas notre poésie à gâter ».

Quelle réflexion vous inspire cette déclaration ?

I.                   La compréhension du sujet

a.      Les mots-clés

-         Propres ennemis = les poètes

-         Encenser et prêcher : Véhiculer, développer, transmettre, etc.

-         Impiété= la vulgarisation de l’art comme l’expression de la morale

b.     Les différentes idées du sujet

-         Pourquoi les poètes développent-ils la morale ? = les poètes ne doivent pas se soucier de morale

-         La morale est l’affaire des peuples

-         La morale déprécie l’inspiration poétique

c.      La reformulation du sujet

Mallarmé pose dans sa déclaration la problématique liée à la relation entre Poésie et Morale. Pour lui, les poètes ne doivent pas se soucier de morale car elle empêche l’inspiration poétique. Donc on peut reformuler la pensée de Mallarmé en ces termes suivants : la morale déprécie la poésie.

d.     La consigne

Quelle réflexion vous inspire  cette déclaration ?

Dans cette consigne, le terme réflexion invite le candidat à donner son point de vue ou son opinion sur la problématique du sujet ; ce qui laisse penser à une démarche critique où il sera question de :

-         Une thèse : expliciter l’idée que la morale déprécie la poésie ou les poètes ne doivent pas se soucier de morale

-         Une antithèse : le candidat a plusieurs possibilités dans une antithèse ; il peut réfuter catégoriquement, nuancer ou compléter la problématique du sujet. Nous pouvons retenir l’option qui consistera à relativiser les propos de MALLARME. Par conséquent, on pourra développer l’idée que la morale peut avoir un apport positif dans la création poétique ou que la morale peut être une source d’inspiration poétique.

-         Une synthèse : Certes la morale peut empêcher l’inspiration poétique, mais elle peut avoir un intérêt positif pour les poètes.

 

II.                PROPOSITION D'UNE rédaction du devoir

 


Les poètes ont souvent cherché à comprendre la source de leur inspiration et donner une conception de leur art. Certains parmi eux ont longtemps pensé qu’ils recevaient leur parole d’une force supérieure comme les muses. En vérité, la conception poétique a beaucoup évolué embrassant ainsi tous les domaines de la connaissance, même si Mallarmé semble dire que la poésie exclut la morale de son champ d’exploration, ou que la morale déprécie la poésie. Toujours est-il que sa réflexion suscite deux interrogations : pourquoi les poètes ne doivent-ils pas se soucier de morale dans leur œuvre ? La morale peut-elle être source d’inspiration poétique ?

Parce que pour lui la morale est affaire du peuple, Mallarmé semble la placer dans le domaine de l’ordinaire et du banal ; Or, la poésie s’inscrit dans un autre registre, celui d’une création non pas amorale ou immorale, mais qui ne doit pas accorder trop d’importance à la morale. Si donc les poètes ne prospectent pas, ni n’explorent le domaine de la morale, il paraît essentiel de délimiter au contraire le domaine d’investigation dans lequel ils inscrivent leur création. Il faut dire que si la morale empêche l’inspiration poétique, c’est parce qu’elle est coercitive et contraignante ; D’où la nécessité de libérer la poésie de toute contrainte. A ce sujet EDGAR ALLAN Poe dans Le principe de la poésie affirme : «  [La poésie] n'a aucun rapport ni avec le devoir ni avec la vérité. ». Elle peut alors être considérée comme une source d’inspiration spontanée et parfois improvisée et qui ne souffre d’aucune contrainte morale ou ne vise une utilité quelconque, sinon de maintenir  le poète dans une profonde imagination, dans le rêve, bref dans l’abstraction. Cette conception de la poésie est surtout développée chez les romantiques dont l’épanchement lyrique et l’expression des sentiments sont libres. De plus, chez les parnassiens la poésie ne cherche pas à être utile ou ne vise pas une finalité morale, elle est surtout un moyen de représentation et de renouvellement des beautés de la nature. Ainsi donc la poésie peut certes être considérée comme une création qui réfute toute contrainte morale, mais il n’empêche qu’elle ne saurait complètement se soustraire à la morale au moins en tant qu’utilité politique et sociale.

Même s’il reste vrai que certains poètes conçoivent la poésie en dehors de toute morale, d’autres par contre la considère comme un moyen d’éducation et d’engagement politique et social.  La morale résulte donc d’une utilité particulière comme par exemple dans les domaines politique et social. C’est ainsi qu’au 17 ème siècle les fables de Jean de la fontaine constituent une illustration parfaite de cette poésie qui est intimement liée  à la morale. Or La fable accède en même temps au rang de genre poétique qui s'adresse à l'«honnête homme», amateur de littérature morale. Il s'agissait de déterminer le rôle du poète, son utilité sociale : être le guide inspiré découvrant les liens invisibles entre le moi et l'univers ou plutôt le chantre des combats dans l'arène sociale. L'histoire de la poésie reste dès lors liée, au-delà du lyrisme personnel illustré par du Bellay, Baudelaire, Rimbaud, à l’engagement dans les préoccupations de l'époque comme avec Agrippa d’Aubigné, Boileau, Chénier, les poètes de la Résistance. Pour Victor Hugo, par exemple, le vrai rôle du poète est de « réveiller le peuple».

En définitive on peut retenir que même si les poètes ne doivent pas trop se soucier de morale, la poésie au contraire reste pour certains d’eux intimement liée à celle-ci. On peut comprendre ou penser que la poésie soit conçue comme une inspiration imaginative qui se soustrait à toute contrainte morale, mais cela ne suffit pas pour écarter la création poétique de toute utilité morale.